REVENUS ET PATRIMOINE DES MÉNAGES, France

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En matière de revenus et de patrimoine, le ménage – entendu au sens de l'ensemble des individus vivant sous un même toit – constitue une unité plus pertinente que l'individu. La chose s'entend d'elle-même en ce qui concerne le patrimoine dont, dans sa dimension immobilière au moins (qui est, de loin, la plus importante pour l'immense majorité des ménages), les différents membres du ménage jouissent de manière conjointe et souvent indivise. Ce choix s'impose aussi pour ce qui concerne les revenus qui, s'ils sont perçus individuellement, font cependant fréquemment l'objet d'une mise en commun au moins partielle pour faire face aux charges communes, lesquelles bénéficient de surcroît des économies d'échelle inhérente à la vie en ménage. C'est cette perspective que retiennent couramment les études statistiques portant sur les disparités de revenus et de patrimoine.

Les inégalités de revenus

On appelle revenu disponible d'un ménage l'ensemble de ses revenus (revenus d'activité, revenus patrimoniaux, revenus sociaux ou de transfert), déduction faite des prélèvements obligatoires (impôts directs et cotisations sociales) que le ménage et ses membres doivent acquitter. Pour tenir compte de la taille et de la composition du ménage, on rapporte ce revenu au nombre des unités de consommation dont il se compose, en établissant une échelle de consommation. La plus courante est l'échelle dite d'Oxford qui attribue une unité au premier adulte, 0,7 unité par adulte supplémentaire et 0,5 unité par enfant (jusqu'à 15 ans). Le revenu disponible par unité de consommation fournit ainsi un indice de son niveau de vie, au sens courant de l'expression.

Comment ont évolué les niveaux de vie relatifs des ménages des différentes catégories sociales depuis le milieu des années 1980 ? En particulier, qu'en est-il de la perception devenue commune d'une aggravation des inégalités sociales en la matière ?

Les données issues de l'enquête menée par l'I.N.S.E.E. sur les budgets des ménages en 1994-1995, rapportées au résultat des deux précédentes enquêtes du même type menées respectivement cinq et dix ans auparavant, ont bien confirmé l'hypothèse que la décennie de 1980 a représenté un point d'inflexion dans l'évolution des inégalités de niveau de vie entre catégories sociales. Le tableau 1 condense l'essentiel de ces résultats.

Certes, on peut regretter que les données relatives aux chefs d'entreprise n'aient pas été publiées sous le prétexte que, « trop peu nombreux dans les diverses enquêtes budget, l'évolution des résultats qui les concernent n'est pas significative ». Car ce que ce tableau révèle, c'est combien les inégalités de niveau de vie se sont accrues en dix ans, la hiérarchie s'étant essentiellement ouverte par le haut.

Chez les salariés, seuls les ménages de cadre ont vu leur niveau de vie s'accroître, celui des autres catégories stagnant, voire baissant comme pour les ouvriers non qualifiés, qui ont connu une paupérisation absolue sur l'ensemble de la période. Le rapport entre le niveau de vie moyen d'un ménage de cadre et celui d'un ménage d'ouvrier est ainsi passé de 2,44 à 2,85 en dix ans.

Parmi les indépendants, la situation de toutes les catégories s'est au contraire améliorée. Y compris les agriculteurs, dont le niveau de vie a pourtant chuté dans un premier temps, leur redressement s'étant payé du prix de la disparition des exploitations les moins rentables ; leur situation relative s'est cependant dégradée par rapport à la moyenne des indépendants. Ce sont les ménages exerçant des professions libérales qui ont réalisé la meilleure performance, en accroissant leur niveau de vie de près de 40 p. 100 en dix ans en termes réels !

La situation des retraités s'est elle aussi globalement améliorée, poursuivant le mouvement antérieur en ce sens : leur niveau de vie moyen semble désormais dépasser celui des actifs, du fait de pensions de retraite plus élevées, d'un taux d'activité féminine antérieure plus important, d'une plus grande fréquence de vie en couple permettant de cumuler deux pensions de retraite, mais avec de fortes disparités au sein d'une catégorie qui reste très hétérogène. En définitive, sur la période, le rapport entre les catégories extrêmes (professions libérales/ouvriers non qualifiés) est passé de 2,9 à 4,2.

D'autres indicateurs de disparité de niveau de vie, [...]

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France : évolution des revenus par catégorie sociale

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France : valeur des patrimoines par catégorie sociale et par revenu

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France : comparaison des structures patrimoniales par catégorie sociale

France : comparaison des structures patrimoniales par catégorie sociale
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Écrit par :

  • : professeur de sociologie à l'université de Haute-Alsace, Mulhouse
  • : professeur de sociologie à l'université Marc-Bloch, Strasbourg

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Pour citer l’article

Alain BIHR, Roland PFEFFERKORN, « REVENUS ET PATRIMOINE DES MÉNAGES, France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/revenus-et-patrimoine-des-menages-france/