EST-OUEST RELATIONS

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Confrontation et crises imbriquées (1980-1983)

Tout comme à l'époque de la guerre froide (1947-1953), puis lors de la deuxième crise de Berlin (1958-1961), l'affrontement Est-Ouest se recentre sur l'Europe entre 1979 et 1983. Après les grandes manœuvres périphériques des années 1970, la confrontation se déroule à nouveau sur son terrain initial.

Si les deux crises de Berlin ont été voulues, mises en scène par Moscou, les intentions soviétiques restent plus obscures dans l'affaire des euromissiles. À partir de 1977, l'U.R.S.S. installe, sur ses territoires européen et asiatique, des missiles d'un nouveau type : les SS-20, fusées mobiles, dotées de trois têtes nucléaires, ayant une portée de 5 000 kilomètres. En 1987, le déploiement achevé, les SS-20 sont au nombre de 441, les deux tiers dirigés vers l'Europe occidentale, un tiers vers la Chine et le Japon.

Moscou présente l'opération comme une modernisation, il s'agit de remplacer des SS-4 et SS-5 périmés. Du côté ouest-européen, l'inquiétude se nourrit de deux éléments : la puissance et la précision des SS-20 qui peuvent anéantir les centres nerveux de l'Europe occidentale, matérialisant de manière spectaculaire la possibilité d'un chantage nucléaire permanent ; en outre, les SS-20 ne constituent qu'un des volets du considérable renforcement de la force militaire et géostratégique soviétique, sous l'ère Brejnev. La sonnette d'alarme est tirée, en 1977, par le chancelier ouest-allemand, Helmut Schmidt.

Le déroulement de la crise, entre 1979 et 1983, met en lumière à la fois la permanence de l'antagonisme Est-Ouest et le poids des transformations ou des équivoques charriées par la détente.

Pour les gouvernements ouest-européens, et surtout pour celui de Bonn, il s'agit, face à la novation des SS-20, d'obtenir la réaffirmation de l'engagement américain à leurs côtés, tout en ne fermant pas la porte au dialogue avec Moscou. D'où, d'un côté, le thème du « couplage » ou du « découplage » : afin d'interdire tout risque d'éloignement des États-Unis, il est essentiel que ces derniers ripostent à la menace des SS-20 par l'installation d'armes nouvelles en Europe. D'où, d'un autre côté, la double décision de l'O.T.A.N. du 12 décembre 1979, qui arrête les principes de la « modernisation » occidentale à partir de 1983 (déploiement de Pershing-2 et de missiles de croisière), mais ajoute que « les besoins de l'O.T.A.N. (dans ce type d'armes) seront examinés en fonction des résultats concrets obtenus par la négociation avec l'Union soviétique ». La double décision et surtout l'échéance de 1983 fournissent à l'U.R.S.S. la meilleure des incitations à exploiter le délai fixé pour aviver les tergiversations occidentales et empêcher la mise en place des fusées américaines. Aux États-Unis, l'administration Carter, malmenée par un monde qu'elle appréhende mal, subit, dans cette affaire, les pressions de ses alliés.

En outre, la crise des euromissiles, à travers les manifestations pacifistes, fait des opinions publiques un enjeu qu'il faut rassurer ou inquiéter. Cela n'est certes pas nouveau : déjà l'Appel de Stockholm (1950) recueillait 273 millions de signatures (dont 115 soviétiques) contre la peste atomique et « pour la paix ». L'effervescence antinucléaire de 1981-1983 (tant aux États-Unis qu'en Europe occidentale) entraîne la mise en doute de la dissuasion : les moyens nucléaires, présentés, depuis les années 1950, comme la garantie d'un non-affrontement, d'une compétition pacifique entre l'Est et l'Ouest, apparaissent, pour certains, comme porteurs d'un risque de catastrophe majeure (« Plutôt rouge que mort »). C'est d'abord en Allemagne fédérale, lieu d'une éventuelle bataille européenne, que se développe cette peur de l'atome aussi bien militaire que civil. Tout au long des années 1980, l'abolition des armes nucléaires (discours Reagan sur « la guerre des étoiles » en mars 1983, plan Gorbatchev en janvier 1986) s'impose comme horizon rhétorique des rapports Est-Ouest, permettant les surenchères en matière de désarmement.

De 1979 à 1983, la crise des euromissiles, rythmée par la fièvre pacifiste, s'organise autour des négociations américano-soviétiques sur ces forces nucléaires intermédiaires (Genève, nov. 1981-nov. 1983) et d'initiatives visant à peser sur les opinions : tandis que le président Reagan lance l'option zéro (démantèlement des SS-20, non-déploiement [...]

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Défilé militaire du 1er mai

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Prisonniers de guerre égyptiens

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Négociations S.A.L.T., 1974

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Andreï Sakharov

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  • : professeur à la faculté des sciences ju-ridiques de l'université de Paris-X
  • : conseiller des Affaires étrangères, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, chargé de mission à l'Institut français des relations internationales

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Pour citer l’article

Jacques HUNTZINGER, Philippe MOREAU DEFARGES, « EST-OUEST RELATIONS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/relations-est-ouest/