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LUPU RADU (1945-2022)

Radu Lupu - crédits : Hiroyuki Ito/ Getty Images

Radu Lupu

Aussi rare sur l'estrade que devant les micros, Radu Lupu fut un pianiste d'une espèce peu commune. Éternel insatisfait en quête d'une insaisissable perfection sonore et d'une absolue sincérité de l'expression, l'interprète s'était enfermé peu à peu dans le silence, au grand dam d'admirateurs qui vouaient un véritable culte à un musicien entré de son vivant dans la légende.

Radu Lupu naît à Galaţi (Roumanie) le 30 novembre 1945. Il commence à l'âge de six ans l'étude du piano, dans sa ville natale, avec Lia Busuioceanu, et donne dès l'âge de douze ans son premier récital public avec un programme qui inclut certaines de ses propres compositions. Il est diplômé de l'École des arts populaires de Braşov. Au Conservatoire de Bucarest, il poursuit sa formation avec Florica Musicescu – auparavant professeur de Dinu Lipatti – et Cella Delavrancea. Parallèlement, il étudie l'harmonie, le contrepoint et la composition avec Victor Bickerich, organiste à Galaţi. Il obtient en 1961 une bourse qui lui permet d'aller se perfectionner au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou. Il y bénéficie, de 1963 à 1964, des leçons du célèbre pédagogue Heinrich Neuhaus – le maître d'Emil Guilels et de Sviatoslav Richter – puis, à la mort de ce dernier, des conseils de son fils, Stanislas Neuhaus, et de Galina Eguiazarova jusqu'en 1969. D'emblée, Radu Lupu remporte de prestigieux concours internationaux : premiers prix aux concours de Fort Worth (1966), de Bucarest (1967) et de Leeds (1969).

Ses débuts américains – avec l'Orchestre de Cleveland dès 1972, puis avec les orchestres symphoniques de Chicago et San Francisco – lancent une carrière qui s'annonce des plus brillantes. Les chefs d'orchestre les plus réputés le réclament : Daniel Barenboim, Carlo Maria Giulini, Herbert von Karajan, Zubin Mehta, Seiji Ozawa, André Previn, Edo De Waart, Lawrence Foster. Il offre au public londonien, en véritable descendant d'Artur Schnabel, d'Edwin Fischer et de Clifford Curzon, une interprétation mémorable de toutes les sonates de Schubert. Mais, victime d'une inquiétude dévorante, cet intransigeant perfectionniste espace peu à peu ses concerts et ses enregistrements, réalisés pour la plupart chez Decca.

Un phrasé aussi simple qu'impérial, une maîtrise totale du clavier, un éventail de couleurs et un toucher d'une grande richesse, un legato magique ainsi qu'une remarquable gestion des plans sonores sont mis au service d'un lyrisme intime qui sait éviter tout autant la grandiloquence que les effets gratuits. S'il joue en concert Debussy, Janáček et Bartók, Radu Lupu ne s'aventure guère dans la musique du xxe siècle. On ne dénombre en effet à ce jour que deux créations : le Deuxième Concerto pour piano (1975) d'André Tchaïkowsky, qui lui est dédié, et L'Icône paradoxale (1996) de Gérard Grisey. Son répertoire, relativement étroit, se concentre sur les périodes classique et romantique.

Il enregistre quelques prestations essentielles avec orchestre : une brassée de concertos de Mozart (K. 414, K. 467 ainsi que les partitions pour deux et trois pianos avec Murray Perahia), une intégrale des concertos de Beethoven, le Premier Concerto de Brahms, ainsi que les concertos de Grieg et Schumann. La musique de chambre convient idéalement à son tempérament pudique : Mozart et Schubert, avec les pianistes Murray Perahia et Daniel Barenboim ou le violoniste Szymon Goldberg ; la musique française (Franck, Debussy, Ravel), avec la violoniste Kyung-wha Chun et le Melos Ensemble ; les lieder et mélodies, avec la soprano Barbara Hendricks. Mais c'est par la confidence solitaire que ce musicien d'exception nous conduit à la pure émotion : un bouquet de pages signées Beethoven (les sonates « Pathétique », « Clair[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Radu Lupu - crédits : Hiroyuki Ito/ Getty Images

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