GUILELS EMIL (1916-1985)

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Lorsque, au début des années1960, les artistes soviétiques commencèrent à se produire de façon moins épisodique en Occident, le monde du piano fut bouleversé par la découverte de deux géants dont on ignorait presque tout auparavant, Sviatoslav Richter et Emil Guilels. Tous deux imposaient une vision nouvelle de l'instrument, une approche étonnamment variée, reposant autant sur le timbre que sur la puissance, avec, chez Guilels, une rigueur et un recul face au texte contrastant avec le romantisme exacerbé de Richter. Les générations encore habituées aux excès des pianistes néo-romantiques n'y virent que froideur. Pourtant, à leur manière, Richter et Guilels révolutionnaient l'interprétation pianistique. Né à Odessa le 19 octobre 1916 dans une famille d'employés où l'on pratiquait la musique, Emil Grigorievitch Guilels travaille le piano à l'institut de musique de sa ville natale avec Yakov Tkatch, un élève de Raoul Pugno, et Berthe Ringold, formée à l'école viennoise. Il entre au conservatoire d'Odessa en 1929 où il étudie avec Bertha Reingbald et il obtient son diplôme en 1935. Il donne ses premiers concerts à Odessa en 1929. Arthur Rubinstein, qui l'entend lors d'une tournée de concerts en U.R.S.S., dit de lui : « S'il vient un jour aux États-Unis, je n'ai plus qu'à faire mes paquets. » En 1931, Guilels remporte le concours réservé aux pianistes ukrainiens et, deux ans plus tard, le concours de piano de Moscou. Il se fixe dans la capitale soviétique en 1935 où il sera pendant trois ans l'élève de Heinrich Neuhaus au conservatoire. Formé dans la tradition des écoles française et viennoise, il est confronté à une troisième approche de son instrument face à l'un des plus prestigieux pédagogues que le piano ait connus (Neuhaus sera aussi le professeur de Richter et de Radu Lupu). Guilels découvre alors la filiation qui le relie, selon ses propres termes, « au paradis de la maîtrise pianistique » qui avait vu le jour en Russie à la fin du xixe siècle autour des frères Rubinstein, d'Alexandre Siloti, Konstantin Igoumnov, Alexandre Goldenweiser et Felix Blumenfeld. Cette notion de « maîtrise pianistique » restera déterminante pour lui, et constituera le but de sa démarche pianistique, toujours en quête d'une perfection que les années dépouilleront des ornements superflus. À Moscou, il étudie également la philosophie, l'histoire et les sciences avant de remporter, en 1936, le deuxième prix au concours international de Vienne et, en 1938, le premier prix au concours international Eugène Ysaÿe à Bruxelles. Sa carrière, d'abord nationale, le conduit hors de son pays dès l'arrêt des hostilités : en Europe, à la fin des années1940, aux États-Unis en 1955, où il est le premier artiste soviétique invité depuis la guerre. Membre du parti dès 1942, il reçoit le prix Staline en 1946 et est nommé professeur au conservatoire de Moscou en 1951 (il y enseignait déjà depuis 1938). En 1954, il devient artiste du peuple de l'U.R.S.S. Membre de l'Ordre de Lénine (1961 et 1966), il reçoit le prix Lénine en 1966. En France, il est fait commandeur du mérite culturel et artistique en 1967. Sa sœur, la violoniste Élisabeth Guilels (1919-1982), avait épousé Leonid Kogan, et sa propre fille Elena (1948-1996) sera durant ses dernières années sa partenaire dans les œuvres à deux pianos ou pour piano à quatre mains. Une santé précaire ralentit ses activités — de fréquents incidents cardiaques l'obligent à annuler de nombreux concerts — et il se consacre alors davantage à l'enseignement au cours de ses dix dernières années, limitant le nombre de ses concerts à une soixantaine par an. C'est un infarctus qui le terrassera à Moscou le 14 octobre 1985.

Emil Guilels

Photographie : Emil Guilels

Le pianiste russe Emil Guilels (1916-1985), en 1967. 

Crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images

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Homme énigmatique, Guilels ne se livrait pas facilement. Rares sont ceux qui ont percé sa personnalité et qui comptaient parmi ses amis. Soupçonneux par nature, il attendait de ses proches une confiance totale et la même exigence qu'il avait envers lui-même. Le visage bourru que révèlent maintes photos et qu'il arborait en entrant en scène trahit ce mécontentement perpétuel de lui-même. Remarquable analyste, il décelait d'emblée les défauts, chez lui comme chez ses partenaires, qu'il savait choisir aussi exigeants que lui : Leonid Kogan et [...]

Guilels, Rostropovitch et Kogan

Photographie : Guilels, Rostropovitch et Kogan

Le violoniste soviétique Leonid Kogan (1924-1982), à droite, joue aux échecs avec le violoncelliste Mstislav Rostropovitch, sous le regard d'Emil Guilels (1916-1985), à Londres, en 1959. 

Crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images

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  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Alain PÂRIS, « GUILELS EMIL - (1916-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/emil-guilels/