PURUṢA

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Parmi les présupposés qui règlent le cours de la réflexion philosophique indienne se trouve l'affirmation qu'à l'existence phénoménale, seule accessible à nos sens, s'oppose une essence à la fois transcendante et immanente. Ainsi dans les upaniṣad et chez les philosophes du Vedānta lit-on que le brahman (l'« absolu »), unique, immuable, transcende la māyā (« déploiement prestigieux de la réalité »), en laquelle pourtant il est partout présent (et, par exemple, chez l'homme en tant qu'ātman, « âme »).

D'autres upaniṣad, la Bhagavad-Gītā et les tenants du Sāṁkhya (autre darśana orthodoxe) préfèrent utiliser le terme védique de puruṣa (« mâle », « homme ») pour désigner le Principe. Cela leur permet de souligner que la manifestation de la māyā n'est « illusoire » que dans la mesure où elle est phénoménale. Les vivants, les choses, l'univers « existent » effectivement en tant que modalités d'une substance éternelle, que la tradition brahmanique nomme prakṛti : (« nature »). Dans la mesure même où elle est éternelle, la Nature fait couple avec le Principe comme l'épouse avec l'époux ; ainsi la Prakṛti apparaît-elle comme la parèdre du Puruṣa, sa « puissance » ou śakti. En ce mythe prennent racine des conceptions propres au tantrisme, qui voit dans la Déesse (Devī) l'« incarnation » de la Prakṛti : Śiva, impassible, médite sur le Kailāsa (montagne mythique où le dieu séjourne), cependant que Pārvatī, son épouse, organise la magnificience existentielle, la māyā. Le mâle (puruṣa) est le Principe de toutes choses, mais la responsabilité du déploiement de l'univers incombe à la puissance-femme (śakti), qui est, en quelque sorte, la première hypostase de l'Absolu.

—  Jean VARENNE

Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Lyon-III

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Pour citer l’article

Jean VARENNE, « PURUṢA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/purusa/