PSYCHANALYSE (théories et pratiques)

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Perspectives actuelles

Comment cette double exigence sur la cure et sur l'institution psychanalytiques peut-elle se réaliser dans la situation actuelle ?

L'Association psychanalytique internationale (A.P.I.), regroupant les associations de psychanalyse, a été fondée en 1910, à Nuremberg, par Freud. Elle regroupe actuellement soixante-six sociétés dans cinquante pays et comprend plus de 10 000 adhérents. Mais depuis lors, la situation a beaucoup évolué.

En France, deux associations font partie de l'A.P.I. : la Société psychanalytique de Paris (S.P.P.) et l'Association psychanalytique de France (A.P.F.). De nombreuses associations se réfèrent essentiellement à l'œuvre de Jacques Lacan qui, en quelque sorte, a refondé la psychanalyse en France. Plusieurs de ces associations ont aussi une dimension internationale, notamment l'École de la Cause freudienne, avec la fille et le gendre de Lacan (Judith et Jacques-Alain Miller). On peut citer également l'Association lacanienne internationale (A.L.I.), fondée par Charles Melman, ainsi que l'Espace analytique, fondé par Maud Mannoni, qui a développé un réseau international. Le lacanisme rencontre cependant plus de difficultés à s'implanter dans le monde anglo-saxon.

Psychanalyse et totalitarisme

Une première remarque s'impose. La psychanalyse ne peut survivre ou exister dans les pays totalitaires (nazisme et communisme) où elle est éradiquée, dans la mesure où dans les pays régis par « des formations de foule, les névroses individuelles veulent et peuvent disparaître » (Freud, Psychologie des foules et analyse du moi, 1923, chap. X). Tout ordre collectif qui vise à la formation totale de l'individu fait obstacle à tout processus de subjectivation.

La condition d'existence pour la psychanalyse et les psychanalystes implique un régime fondé sur la séparation entre la sphère de l'État et les sphères de la société civile et de la vie privée. Dans et par la foule, un corps ou une psyché en « indivision » avec un autre, un idéal, une idéologie, échappe à la névrose, c'est-à-dire à l'individuation et à la séparation. À corps séparés, psychés séparées : les pensées séparées, personnelles, renvoient non à un discours collectif, mais à une histoire individuelle que l'on peut se réapproprier, dans un mouvement de remémoration, condition d'une subjectivation. C'est le grand et principal symptôme que Freud repère dans Le Malaise dans la culture (1929, chap. VII).

Scissions et dissidences

Les nombreuses scissions et dissidences qu'a connues le mouvement psychanalytique ne sont pas étrangères à ce symptôme majeur de la culture, repéré par Freud : se fuir soi-même dans une indivision avec autrui, comme l'exprime Hölderlin, quand il évoque un monde déserté par les dieux, dans la seconde version du poème intitulé Mnemosyne : « Nous sommes un signe sans interprétation. » Être en attente d'interprétation, c'est précisément la tentation et la fascination totalitaires.

La première forme de scission, c'est la volonté de transmettre par les voies du transfert ce qui ne peut l'être que par l'analyse du transfert, y compris l'analyse du transfert sur la théorie analytique. Le transfert sur la théorie analytique admet implicitement que le lien de l'analyste à l'analysant, comme le lien de maître à élève, repose sur une théorie commune partagée. Une telle position est proche de la scriptura sola qui est la seule institution que puissent reconnaître les fondamentalistes : pas d'histoire, pas de tradition, pas de mémoire commune à interpréter. Chacun est seul face à l'analyste qui seul peut fonder ma subjectivité solipsiste dans une asocialité qui méconnaît le temps de l'histoire. C'est le temps du mythe qui ne peut en aucun cas s'analyser, puisqu'il assigne aux humains leur place dans le monde. Winnicott s'explique ainsi par rapport au système de Melanie Klein, dans une lettre à Joan Rivière : « Vous laissiez entendre que le système de pensée avait tout recouvert, de telle sorte qu'il n'y avait plus rien à faire qu'à élargir l'application de ses théories. » (D. W. Winnicott, Lettre du 3 février 1956, Lettres vives, Gallimard). La scriptura sola se situe dans un horizon de fin du monde, il n'y a plus à penser, il n'y a qu'à commenter le dernier texte.

L'autre forme de scission ou de dissidence psy [...]

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Écrit par :

  • : psychanalyste, membre d'Espace analytique, secrétaire général de l'Association internationale d'histoire de la psychanalyse

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Pour citer l’article

Jacques SÉDAT, « PSYCHANALYSE (théories et pratiques) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/psychanalyse-theories-et-pratiques/