POSSIBILISME, géographie

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Au-delà du piège de l'école des Annales

En effet, paradoxalement, ce n'est pas Vidal lui-même mais l'historien Lucien Febvre qui, dans La Terre et l'évolution humaine (1922), pour caractériser l'approche de celui-ci, l'a qualifiée de possibiliste. Selon lui, elle était la seule voie raisonnable face au déterminisme qu'il dénonçait chez Friedrich Ratzel, l'inspirateur de la géographie humaine, et face au sociologisme qu'incarnaient pour lui François Simiand et la plupart des durkheimiens. Febvre inscrivait la pensée de Vidal dans la même rupture épistémologique qu'il constatait chez Henri Berr en histoire, mais surtout en biologie dans les travaux de Lucien Cuénot, et qui consacraient l'importance accordée au hasard face au credo mécaniste. Grâce à l'approche vidalienne, il paraissait possible, en géographie, d'éliminer une fois pour toutes le recours au déterminisme du milieu naturel pour expliquer l'évolution des sociétés. Or l'historien fait de la pensée vidalienne un modèle unique, voire relativement isolé à l'intérieur même de son école. Et ce à tel point que les plus beaux travaux de géographie humaine se rapprochent, selon lui, de ce qu'il faudrait faire... en histoire. Car l'ouvrage de Febvre, il ne faut pas l'oublier, travaille aussi la conception de la future école des Annales. Après tout, semble-t-il suggérer, la pensée vidalienne est trop sérieuse pour la laisser aux géographes, trop embourbés dans le déterminisme.

Le piège s'est en partie refermé sur la pensée géographique. Si, grâce à Vidal et quelques-uns des travaux qu'il a inspirés en géographie (tels ceux de Camille Vallaux sur l'État ou de Raoul Blanchard sur Grenoble) le possibilisme a trouvé ses lettres de noblesse, c'est plutôt en histoire qu'il devait, selon Febvre, donner ses fruits les [...]


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Écrit par :

  • : professeur, Laboratoire société-environnement-territoire, C.N.R.S. et université de Pau
  • : professeur à l'université de Grenoble-I, Institut de géographie alpine

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DÉTERMINISME, géographie

  • Écrit par 
  • Vincent BERDOULAY, 
  • Olivier SOUBEYRAN
  •  • 1 556 mots

Dans le chapitre « L'ambiguïté des géographes »  : […] On pourrait dire que deux attitudes, à l'œuvre dans la réalité des travaux (les thèses, les monographies régionales, les articles), ont travaillé l'école française de géographie jusqu'à la fin des années 1960. D'un coté, et de façon dominante, le déterminisme a été utilisé comme un modèle réductionniste de la connaissance géographique : on considère que la réalité géographique peut se comprendre […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/determinisme-geographie/#i_41454

VIDAL DE LA BLACHE PAUL (1845-1918)

  • Écrit par 
  • Isabelle LEFORT
  •  • 1 012 mots

Considéré comme le « père fondateur » de l'école française de géographie, Paul Vidal de La Blache a publié des ouvrages –  T ableau de la géographie de la France (1903, réédité jusqu'en 1994), l' Atlas d 'histoire et de g éographie (1894) – qui restent des marqueurs […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-vidal-de-la-blache/#i_41454

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Pour citer l’article

Vincent BERDOULAY, Olivier SOUBEYRAN, « POSSIBILISME, géographie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/possibilisme-geographie/