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POSSIBILISME, géographie

Le possibilisme est un terme utilisé pour désigner l'approche des relations entre la société et la nature, proposée par Paul Vidal de La Blache (1845-1918), fondateur de ce qu'il est convenu d'appeler l'École française de géographie, qui a joui d'une grande renommée internationale pendant la première moitié du xxe siècle. Il s'agit d'une approche riche, fertile et de portée toujours actuelle. Quoique la démarche ait été poursuivie par quelques disciples directs (comme Jean Brunhes), le possibilisme vidalien a souffert, y compris au sein de l'École française de géographie, des luttes intra et interdisciplinaires. Tout particulièrement, sa portée a été restreinte, d'une part, en raison de son détournement au profit de la discipline historique et, d'autre part, par sa mise en opposition au déterminisme.

Au-delà du piège de l'école des Annales

En effet, paradoxalement, ce n'est pas Vidal lui-même mais l'historien Lucien Febvre qui, dans La Terre et l'évolution humaine (1922), pour caractériser l'approche de celui-ci, l'a qualifiée de possibiliste. Selon lui, elle était la seule voie raisonnable face au déterminisme qu'il dénonçait chez Friedrich Ratzel, l'inspirateur de la géographie humaine, et face au sociologisme qu'incarnaient pour lui François Simiand et la plupart des durkheimiens. Febvre inscrivait la pensée de Vidal dans la même rupture épistémologique qu'il constatait chez Henri Berr en histoire, mais surtout en biologie dans les travaux de Lucien Cuénot, et qui consacraient l'importance accordée au hasard face au credo mécaniste. Grâce à l'approche vidalienne, il paraissait possible, en géographie, d'éliminer une fois pour toutes le recours au déterminisme du milieu naturel pour expliquer l'évolution des sociétés. Or l'historien fait de la pensée vidalienne un modèle unique, voire relativement isolé à l'intérieur même de son école. Et ce à tel point que les plus beaux travaux de géographie humaine se rapprochent, selon lui, de ce qu'il faudrait faire... en histoire. Car l'ouvrage de Febvre, il ne faut pas l'oublier, travaille aussi la conception de la future école des Annales. Après tout, semble-t-il suggérer, la pensée vidalienne est trop sérieuse pour la laisser aux géographes, trop embourbés dans le déterminisme.

Le piège s'est en partie refermé sur la pensée géographique. Si, grâce à Vidal et quelques-uns des travaux qu'il a inspirés en géographie (tels ceux de Camille Vallaux sur l'État ou de Raoul Blanchard sur Grenoble) le possibilisme a trouvé ses lettres de noblesse, c'est plutôt en histoire qu'il devait, selon Febvre, donner ses fruits les plus précieux. Ne restait plus alors au géographe qu'à se cantonner dans l'identification des conditions initiales du libre déploiement des activités humaines.

Or, en retournant véritablement aux sources propres du possibilisme, c'est-à-dire à Vidal, on voit clairement qu'il ne se présente pas en opposition au déterminisme. Ce géographe se déclare tout autant intéressé à saisir la façon dont l'homme prend l'initiative de modifier la surface de la terre, qu'à repérer, malgré les difficultés de la tâche, les influences de celle-ci sur le devenir et l'organisation des sociétés. Contrairement à ce qui est souvent avancé, le possibilisme vidalien ne correspond pas à la position radicale selon laquelle l'homme est libre de modifier la nature et s'affranchit de son conditionnement. En fait, la réalité que Vidal tente d'appréhender, c'est le milieu, complexe biophysique et social, qui caractérise toute société, quel que soit son degré de développement technique. Certes, si ce dernier est avancé, il devient plus difficile de cerner l'entrelacs des phénomènes naturels et humains, mais ceux-ci demeurent tout aussi importants[...]

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Écrit par

  • : professeur, Laboratoire société-environnement-territoire, C.N.R.S. et université de Pau
  • : professeur à l'université de Grenoble-I, Institut de géographie alpine

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • DÉTERMINISME, géographie

    • Écrit par Vincent BERDOULAY, Olivier SOUBEYRAN
    • 1 562 mots
    ...se saisir des contingences des lois de la nature, de manière à ce que celle-ci obéisse à des déterminismes que permettent les progrès de la technique. Cette approche, qualifiée de possibiliste par Lucien Febvre (La Terre et l'évolution humaine, 1922), est utilisée par cet historien pour mener...
  • VIDAL DE LA BLACHE PAUL (1845-1918)

    • Écrit par Isabelle LEFORT
    • 1 008 mots

    Considéré comme le « père fondateur » de l'école française de géographie, Paul Vidal de La Blache a publié des ouvrages – Tableau de la géographie de la France (1903, réédité jusqu'en 1994), l'Atlas d'histoire et de géographie (1894) – qui restent des marqueurs...

Voir aussi