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POÉSIES, Stéphane Mallarmé Fiche de lecture

<em>Stéphane Mallarmé</em>, É. Manet

Stéphane Mallarmé, É. Manet

Les quarante-neuf pièces qui composent les Poésies de Stéphane Mallarmé (1842-1898), dont le titre dans sa simplicité désigne sans l'éclairer la nature seulement et radicalement poétique, indépendamment de tout thème ou discours « qui parlerait trop haut », ont marqué la modernité d'une empreinte si forte que l'idée même de poésie s'en est trouvée changée. Tant de poètes se réclament de ce recueil, tant de critiques ont commenté, avec passion, chaque mystère de ces vers : il semble qu'on ait rarement assisté à un tel événement dans l'histoire de la littérature. Rien cependant, lorsque le recueil paraît dans son premier état entre 1887 (trente-cinq poèmes tirés à peu d'exemplaires) et 1899 (l'ensemble définitif établi cinq ans plus tôt, publié à Bruxelles par Deman), ne peut laisser deviner cette influence et cet effet. L'auteur rassemble sur le tard des poèmes dispersés en revue ou conservés pour soi-même, et cette « autobiographie poétique » (B. Marchal) allie le sonnet à l'alexandrin, l'octosyllabe au rondel sans revendiquer explicitement la moindre innovation formelle. La version finale de l'œuvre est par ailleurs posthume. Il faut attendre 1913 pour qu'une série augmentée (jusqu'à une soixantaine de pièces) paraisse aux éditions de la Nouvelle Revue française.

Un livre qui se clôt sur lui-même

Le parcours de la vie, des vers baudelairiens de la jeunesse jusqu'aux méditations abstraites de la toute dernière période, s'identifie si fermement, si absolument au parcours de l'écriture que le dernier poème referme le « bouquin ». De ce mouvement anthologique se dégage pour le lecteur une surprenante tension : chaque fragment le sollicite de son étrangeté solitaire, appuyée sur une syntaxe particulière, une irrégularité spéciale, une rime insolite constamment renouvelée, et cependant de rondel en sonnet, de chanson bas en hommage, de tombeau en éventail, de placet en dédicace, une aventure paraît se jouer qui repose sur fort peu d'éléments : la parole, la mort, le désir et l'amitié échangent leurs instances, selon des modalités toujours recomposées. Qui plus est, le ton ajoute à cette unité disparate, par l'alternance du grave et du futile, de l'abstraction et du trivial, le sérieux le plus pur n'étant jamais éloigné de l'humour.

Entre le Salut liminaire et Mes Bouquins refermés sur le nom de Paphos, les mots rares et les syntaxes les plus osées côtoient le plus banal lexique et les métriques les plus régulières qui soient, en neuf cahiers ou sections, que vient compléter, en un clin d'œil « aux scoliastes futurs », une bibliographie des éditions originales de chaque pièce : Premiers Poèmes d'esprit baudelairien (Le Guignon, Apparition, où figure le fameux « C'était le jour béni de ton premier baiser »), extraits Du Parnasse satyrique et Du Parnasse contemporain (Renouveau, L'Azur, jusqu'au Don du poème : « Je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idumée »), enfin ces Autres Poèmes où prennent place notamment les trois séquences d'Hérodiade, puis L'Après-Midi d'un faune (églogue), et la Prose pour Des Esseintes : « Hyperbole, de ma mémoire/ Triomphalement ne sais-tu/ Te lever, aujourd'hui grimoire/ Dans un livre de fer vêtu : Car j'installe, par la science,/ L'hymne des cœurs spirituels/ En l'œuvre de ma patience,/ Atlas, herbiers et rituels. » Cette quatrième partie s'achève sur un dernier Éventail offert à Méry Laurent. Viennent ensuite des Feuillets d'Album, suivis de Chansons bas, de Plusieurs Sonnets, enfin d'une longue suite d'Hommages et Tombeaux, avant que le recueil ne se referme sur lui-même en égrénant poèmes et sonnets sans titres « d'une verrerie éphémère », dont l'orphique[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences à l'université de Pau et des pays de l'Adour, faculté de Bayonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

<em>Stéphane Mallarmé</em>, É. Manet

Stéphane Mallarmé, É. Manet

Autres références

  • RIEN (philosophie)

    • Écrit par Jean GREISCH
    • 1 252 mots

    « Non, rien de rien, non, je ne regrette rien... » : tout le monde, ou presque, connaît la chanson d'Édith Piaf. Quel sort les penseurs doivent-ils réserver au « rien » ? S'agit-il d'un signifiant vide, indicible et impensable, voire d'une puissance de mystification, qui entraîne la ...

Voir aussi