LABORIE PIERRE (1936-2017)

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L’œuvre de l’historien Pierre Laborie est fondamentale pour comprendre les attitudes des Français entre 1940 et 1944 et, plus encore, pour interpréter les représentations qui en ont été données depuis la Libération.

Pierre Laborie est né le 4 janvier 1936 à Bagnac-sur-Célé (Lot), dans une région marquée par la politique de terreur menée par l’armée allemande contre les résistants en 1944. C’est d’abord à elle qu’il consacre ses recherches alors qu’il enseigne l’histoire et la géographie en lycée, puis à l’école normale de Cahors. Il publie ses premiers articles dans la revue du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale dont il est devenu le correspondant pour le Lot en 1968. Il soutient en 1978, sous la direction de Jacques Godechot, une thèse de troisième cycle, publiée en 1980 sous le titre Résistants, vichyssois et autres. L’évolution de l’opinion et des comportements dans le Lot de 1939 à 1944. Influencé par une formation à la linguistique, il s’affirme par là comme l’analyste de l’opinion publique dans la complexité de sa construction et la diversité de ses facettes, loin de l’image simpliste que l’on en donne généralement. Il montre ses ambivalences, la non-pertinence des cloisonnements catégoriques et la nécessité de ne pas séparer l’événement de la façon dont il est perçu.

Autant de thèmes qu’il développe par la suite, en particulier dans l’ouvrage tiré de sa thèse d’État en 1990, L’Opinion française sous Vichy. Il prend à contre-pied les discours qui se complaisent dans la fausse équivalence entre Résistance et collaboration ou qui, par réaction à la légende rose de la Résistance, prétendent que les Français ont été presque tous pétainistes, au mieux « attentistes », voire s’accommodant de la collaboration. Décrivant l’évolution et la complexité des comportements entre 1940 et 1944, il met en évidence la profondeur de la crise d’identité nationale que connaissait la France à la veille de la guerre, éclairant ainsi les années qu’il préfère qualifier de « troubles » plutôt que de « noires ». Le « penser double » ou l’« agir double » sont au cœur des études de cas et des textes plus synthétiques qu’il rassemble dans Les Français des années troubles (2001).

Membre de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) qui, à ses débuts en 1980, engage des enquêtes novatrices, notamment sur la « mémoire » des années de guerre ou sur « Vichy et les Français », Pierre Laborie, peu satisfait qu’on s’en tienne là, est à l’origine – avec d’autres universitaires et des chercheurs de l’IHTP – d’une série de colloques sur « La Résistance et les Français » visant à historiciser un phénomène majeur, partagé entre l’héroïsation qui l’entoure encore et la dévalorisation qu’il commence à connaître. La Résistance, processus social et culturel global, reste incompréhensible si elle n’est pas mise en rapport avec les divers aspects de « l’imaginaire social » de l’époque et les formes multiples de rejets, d’oppositions, de contournements qui parcourent la population dans son ensemble, soit ce qu’il propose de désigner comme une « société du non-consentement ». C’est ce qu’il reprend dans des articles de fond du Dictionnaire historique de la Résistance (2006) sur la définition de la Résistance, sa mémoire, ses liens avec l’opinion, sa vision de l’avenir ou son rapport à la mort.

Devenu professeur à l’université de Toulouse-Le Mirail où il a été recruté comme assistant en 1978, Pierre Laborie est élu directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) en 1998. Nourri par sa lecture de philosophes ou d’écrivains (Camus, Claude Mauriac, Jankélévitch, Mounier, Vernant…), attentif aux problèmes posés par l’écriture de l’histoire, ses silences et ses usages, il peut y confronter, comme à Toulouse, ses analyses et ses méthodes avec celles d’historiens de temps plus anciens (Nicole Loraux, Arlette Farge) ou de sciences sociales proches. Toujours soucieux de distance critique, Pierre Laborie est trop fin connaisseur des phénomènes d’opinion et de leur construction pour ne pas s’inquiéter du discours devenu dominant à la fin du xxe siècle qui prétend dire la vérité des années de guerre en prenant pour base la représentation que l’on s’en est faite dans les années 1970. Cette représentation est articulée autour d’un « mythe résistancialiste » qui aura [...]

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OCCUPATION (FRANCE) - Mémoires et débats

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  • Laurent DOUZOU
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Dans le chapitre « Une vision plus complexe au début du XXIe siècle »  : […] Le tableau dessiné par Robert Paxton est corrigé et complété par la publication des actes du colloque tenu en 1990 sur Vichy et les Français (sous la direction de Jean-Pierre Azéma et François Bédarida) et par la publication, la même année, de L'Opinion publique sous Vichy par Pierre Laborie. De plus, même si Philippe Burrin, qui publie en 1995 La France à l'heure allemande , continue dans une v […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Marie GUILLON, « LABORIE PIERRE - (1936-2017) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-laborie/