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STARCK PHILIPPE (1949- )

Né à Paris en 1949, fils d'un constructeur d'avions, le designer et architecte d’intérieur Philippe Starck est un produit de l'enseignement libre : études secondaires à l'institution Sainte-Croix de Neuilly puis cours d'architecture intérieure à l'école Camondo. Dès 1969, il se fait connaître par un projet de maison gonflable et le couturier Pierre Cardin l'engage pour créer une gamme de mobilier. L'attention des noctambules parisiens lui est accordée, dix ans plus tard ; par sa décoration des Bains-Douches, il prouve un savoir-faire qu'il manifeste ensuite jusqu'aux États-Unis.

<em>W.W. Stool</em>, P. Starck

W.W. Stool, P. Starck

C'est la réalisation du café Costes – aujourd'hui disparu – place des Innocents, en bordure de l'emplacement des anciennes Halles de Paris, qui apporte à Philippe Starck une réputation dont toutes les revues d'art se font l'écho. À trente-cinq ans, il prend place parmi les stars du nouveau design et manifeste une activité vibrionnante qu'il place au-delà de l'architecture et du design. Ces deux disciplines ne l'intéressent pas, non plus que le débat entre la forme et la matière. Ce qui le passionne, affirme-t-il, « c'est de créer des signes forts, des surprises ». Cependant, à la différence de nombre de ses confrères tenant de semblables propos, il ne heurte pas ses clients par des outrances à la façon d'Ettore Sottsass ou de Gaetano Pesce. En 1982, il est chargé de meubler les appartements privés de l'Élysée ; en 1984, il aménage des salles à la Cité des sciences de La Villette. La même année, c'est le mobilier urbain de Nîmes – dont le maire est Jean Bousquet, le couturier Cacharel – qu'il reprend entièrement. Il reçoit divers prix en France et à l'étranger où il construit : un immeuble de bureaux et une brasserie à Tōkyō (1987), un hôtel à New York (1988).

Subitement, vers 1985, Starck se convertit à « l'art social », celui que Victor Hugo appelait de ses vœux en 1864 : « Quelques purs amants de l'Art, écrivait en effet le poète, écartent cette formule, le Beau utile, craignant que l'Utile ne déforme le Beau. Or l'Utile, loin de circonscrire le sublime, le grandit. Un service de plus, c'est une beauté de plus. » Tous les créateurs de l'Art nouveau souscriront à cette déclaration et on croirait les entendre en écoutant Philippe Starck annoncer : « Ma vocation a toujours été de donner le mieux pour tout le monde. » En 1900, un tel discours ne pouvait parvenir jusqu'aux consommateurs les plus humbles, car les catalogues des Grands Magasins parisiens s'adressaient plutôt aux classes moyennes. La hausse du niveau de vie, depuis les Trente Glorieuses, a élargi, dans de notables proportions, le nombre de clients potentiels, ce dont ont profité les maisons de vente par correspondance, telles que La Redoute et Les Trois Suisses.

Philippe Starck va saisir une opportunité que Prisunic avait tenté d'exploiter dans les années 1970 en sollicitant des designers déjà célèbres. Gae Aulenti, Terence Conran, Joe Colombo, Marc Held conçurent alors des séries complètes qui ne trouvèrent pas leur clientèle malgré des prix très étudiés. Mais les temps ont changé et les nouveautés de l'ameublement ne rencontrent plus l'aversion qui leur avait été manifestée jusque-là dans la société française.

Voici donc Philippe Starck devenu le chantre d'un objet dont les designers n'avaient jamais vraiment modifié la forme, presque identique depuis son apparition au xvie siècle, à savoir la brosse à dents. Avec lui, ce modeste outil va se transformer en sculpture : car c'est l'interprétation d'un oiseau de Brancusi que l'on plante dans un support perforé en forme de tronc conique. Dans la salle de bains, nouvel espace ludique et non plus clinique, chacun doit trouver de beaux objets.[...]

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Écrit par

  • : professeur émérite à l'École d'architecture de Paris-Belleville
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

<em>W.W. Stool</em>, P. Starck

W.W. Stool, P. Starck

Autres références

  • DESIGN

    • Écrit par Christine COLIN
    • 8 028 mots
    • 1 média
    Dans les années 1990, certains designers, à commencer par le FrançaisPhilippe Starck ou l'Anglais Jasper Morrison, confrontés à la surabondance des objets, ont travaillé à nouveau la notion de type. La standardisation ayant souvent produit des types trop éloignés de la tradition pour être acceptés...