SOLLERS PHILIPPE (1936- )

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Philippe Sollers est né à Bordeaux le 28 novembre 1936. Hanté par une question somme toute traditionnelle : Qui suis-je ?, il apparaît, dès son premier texte, Le Défi jusqu'à Paradis et au Portrait du joueur, comme un des écrivains contemporains les plus prolifiques quant à la réponse. De l'esthétisme valéryen à l'engagement au côté du Parti communiste français, puis du maoïsme à l'extériorité de l'artiste baudelairien revendiquant le droit de se contredire, Sollers n'a cessé de multiplier les images de lui-même. Par ailleurs, son itinéraire a longtemps été indissociable de celui de la revue Tel Quel où, à partir de 1960, Sollers et ses amis aidèrent à la relecture de Sade, Bataille, Artaud, Lautréamont..., ou firent écho aux écrits de Barthes, Derrida, Lacan, aux travaux de Julia Kristeva qui firent mieux connaître en France ceux des formalistes russes (Théorie de la littérature, 1966).

Philippe Sollers

Photographie : Philippe Sollers

Le projet littéraire de l'écrivain français Philippe Sollers est celui d'une autobiographie totale, où la conscience et la peinture de soi structurent le langage. 

Crédits : Eric Fougere/ VIP Images/ Corbis/ Getty Images

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Il semble que le projet global de Philippe Sollers soit celui d'une autobiographie totale, à la fois éclatée et totalisante, fondée sur la substitution du langage comme fiction (somme de fictions, d'histoires et d'Histoire, lieu d'une multiple expérience : psychique, physique, idéologique, etc.) à l'illusion du Je comme « instance unaire », imposée, figure de la Loi, de la société, du dogme, du déjà-dit, etc. C'est pour cette raison que Sollers fut amené un temps à récuser ses premiers textes (Le Défi, 1957 ; Une curieuse solitude, 1958 ; Le Parc, 1961), qu'il considéra comme liés inconsciemment à l'« idéologie dominante », et, à la limite, non écrits, puisque selon sa formule, « qui n'écrit pas est écrit ».

C'est avec Drame (1965), salué par un article de Barthes, que se précise cette mise en question de l'unité du sujet dans et par le langage : l'écriture, qui est un geste, n'exprime pas le sujet mais le traverse, lui ôte tout centre et toute origine, révèle ce qui dans le Je vient du Il, du On, du Nous. Projet dont Logiques (1968) fera la théorie en désignant et en commentant les pères de la « rupture » moderne : Lautréamont et Mallarmé, Artaud et Bataille, mais aussi Marx et Freud.

À partir de 1968, et avec Nombres, se déclare la liaison de l'activité signifiante (l'écrivain est un producteur du texte), du matérialisme historique et du projet de transformation politique et sociale. Le texte apparaît comme une scène où se jouent le conflit de l'individu et de la masse, de l'Occident et de l'Orient. Alors que la Chine fait irruption dans les mentalités et dans la politique, Sollers va accompagner ce mouvement dans sa propre production. Il est tout près de cette forme lyrique et épique, de cette forme au-delà de toute structure, qui va éclater dans Lois (1972), puis dans H (1973). À la mise en scène de l'écriture succèdent la problématique de la voix, un attachement plus grand au rythme, à l'accentuation, à la musique polyphonique qui fait définitivement, et symboliquement, éclater les limites du sujet. C'est ici que Sollers réalise vraiment son projet d'autobiographie totale, exprimant à la fois l'extériorité intériorisée des discours sociaux, mythes, textes sacrés, écritures diverses de la Loi, et le flux de la pulsion : cris, chuchotements, dialogues, invectives, etc. « Sans Freud, je n'écris pas. » Si l'écriture est en effet une sorte de cure qui dénoue les nœuds du sujet social, elle devient aussi une « contre-parole » où s'exerce, selon une « hallucination réglée », le polylinguisme selon Bakhtine. Paradis (1981)continue dans cette voie de la « délivrance » par laquelle le sujet-écrit se situe désormais partout plutôt que nulle part. Commencé en 1974, il fait l'objet de parutions régulières dans Tel Quel. Dans ce « polylogue extérieur », le texte cesse de tenir sa logique de la ponctuation pour lui préférer l'ordre musical de séquences purement rythmiques. En même temps, il permet de suivre l'évolution de Sollers, depuis le matérialisme prochinois des années 1970 jusqu'à l'intérêt pour les formes du sacré, et plus particulièrement le judaïsme et le catholicisme. L'entreprise se poursuivra en 1986, avec Paradis II. Cependant, Tel Quel cesse de paraître à l'hiver de 1982. Un an plus tard, Sollers fonde L'Infini aux éditions Denoël. Son entrée aux éditions Gallimard est marquée par une nouvelle série romanesque, qui commence sous le signe de Céline, avec les chroniques de Femmes (1983), et se poursuit avec le [...]

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  • : agrégé de l'Université, docteur ès lettres, écrivain

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Pour citer l’article

Daniel OSTER, « SOLLERS PHILIPPE (1936- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/philippe-sollers/