PEAU D'ÂNE

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Pour échapper au désir incestueux de son père, Peau d'Âne exige de lui des robes de plus en plus somptueuses, puis s'enfuit, déguisée en souillon. Peau d'Âne est l'un des contes les plus anciens et les plus aimés du répertoire populaire. Cité dès 1547 par Noël du Fail sous le titre de Cuir d'Anette, il est attesté par Molière en 1673 (Le Malade imaginaire) et par La Fontaine en 1678 (Le Pouvoir des fables, VIII, 4). Charles Perrault en écrit une version rimée destinée à montrer que les contes des Modernes valent bien ceux des Anciens et publie ces 591 vers à la suite de Griselidis et des Souhaits ridicules, sous le titre de Contes en vers (1694).

L'interprétation mythologique a cru reconnaître dans ce père incestueux le Soleil dévorant ses enfants ; les ritualistes ont voulu voir en Peau d'Âne la reine du carnaval dont les fêtes sont expressément évoquées dans la version de Perrault. Les folkloristes contemporains rattachent avec raison le conte au cycle de Cendrillon, avec lequel il communique souvent par le motif des trois robes ou par celui de l'épreuve finale, et lui donnent le numéro 510 B dans la classification internationale Aarne-Thompson.

La version adaptée par Perrault est la seule qui associe le trait de la peau d'âne à celui de l'âne crottant de l'or qui appartient à un autre conte, La Serviette, l'âne et le bâton (no 563), contamination ingénieuse puisque le sacrifice de cet âne prodigieux prouve que le roi est prêt à tout pour satisfaire sa passion. Le récit s'oriente souvent vers le burlesque ; la moquerie s'exerce aux dépens de la féerie, de l'amour et surtout des femmes.

L'épisode de la bague cachée dans la pâtisserie que prépare Peau d'Âne à l'intention du prince serait à l'origine de la coutume du gâteau des Rois. Le conte en vers de Charles Perrault est rarement publié de nos jours. Il est remplacé, dans les éditions destinées aux enfants, par une traduction en prose du texte original, version anonyme et apocryphe parue pour la première fois en 1787 dans l'édition Lamy et accompagnée d'une Épître à Mlle Éléonore de Lubert, femme de lettres du xviiie siècle.

—  Marc SORIANO

Écrit par :

  • : docteur ès lettres et sciences humaines, professeur émérite à l'université de Paris-VII-Jussieu

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PERRAULT CHARLES (1628-1703)

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  • Marc SORIANO
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Pour citer l’article

Marc SORIANO, « PEAU D'ÂNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 août 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/peau-d-ane/