PAUL KLEE, LA COLLECTION D'ERNST BEYELER (exposition)

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Décédé en février 2010, Ernst Beyeler fut un marchand légendaire et l'un des deux initiateurs de la foire de Bâle qui compte encore aujourd'hui comme l'une des très grandes manifestations internationales concernant l'art moderne et contemporain. En amateur passionné, il aura par ailleurs rassemblé au cours de sa carrière une impressionnante collection devenue une fondation à Riehen près de Bâle (Suisse), installée dans un bâtiment dessiné par Renzo Piano. Si Ernst Beyeler s'est attaché à réunir un ensemble conséquent de pièces de Matisse, Picasso, Mondrian Léger, Giacometti, Calder, Rothko ou encore Klee, il a toujours montré une attirance marquée pour la production tardive de ces artistes. En ce qui concerne les dernières œuvres de Paul Klee, le marchand disait : « elles ont connu une intensification extraordinaire [...] Passant de la musique de chambre à une expressivité tragique, à un regard dramatique sur d'autres mondes ». Organisée conjointement par la Fondation, le musée d'Orsay et le musée de l'Orangerie, l'exposition, loin d'être exhaustive, regroupe vingt-six pièces qui mettent en évidence cette dernière période de l'artiste. Quelques œuvres antérieures permettent d'apprécier le cheminement du peintre de 1910 à sa mort en 1940.

Artiste particulièrement prolixe, Paul Klee (1879-1940), qui fut un excellent violoniste, s'est approprié un système singulier de notations proche de l'écriture musicale comme de l'écriture mathématique. En 1920, il écrivait : « L'art pur suppose la coïncidence visible de l'esprit du contenu avec l'expression des éléments de forme et celle de l'organisme formel. Et dans un organisme, l'articulation des parties concourant à l'ensemble repose sur des rapports manifestes, basés sur des nombres simples. » En inventant tout au long de sa carrière les moyens plastiques nécessaires à la transcription de ses visions, il entendait ainsi donner corps à ses idées, mettant en image un univers poétique, entre abstraction et figuration, qui se situe en marge de tous les courants artistiques. À la date de 1902, alors qu'il n'a que vingt-trois ans, on peut lire dans son Journal : « Presque insupportable est la pensée de devoir vivre dans une époque d'épigones [...] Désormais j'essaie dans la pratique de faire abstraction de tout ceci et de construire modestement, sans regarder ni à droite, ni à gauche. » Paul Klee, à ses débuts, a cependant regardé Picasso et Robert Delaunay, dont il a traduit l'essai sur la lumière. Il s'est lié d'amitié avec Kandinsky et a participé à Munich à la deuxième exposition du Blaue Reiter. Cependant, c'est en 1914, lors d'un voyage en Tunisie, que se cristallise l'ensemble de ses recherches et que l'œuvre de l'artiste aborde un tournant décisif. « La couleur me possède, écrit-il, la couleur et moi sommes un. Je suis peintre. » Si, au début de l'exposition une petite aquarelle, datée de 1912, montre le goût de Klee pour la construction d'un espace pictural parfaitement lisible, une autre aquarelle intitulée La lune est là, haute et resplendissante (1916), dévoile une structure abstraite organisée directement à partir de la couleur et ponctuée cependant de signes allusifs, qu'il s'agisse de la lune ou de motifs végétaux. La lune que l'on retrouve dans ce Paysage du Passé (1918) ou, tentant de distancer le réel, le peintre livre une œuvre dont le romantisme et la mélancolie, voulue par l'époque, semblent omniprésents.

En 1920, Klee devient l'un des enseignants du Bauhaus fondé par Gropius. Ses cours lui permettent de concrétiser ses recherches théoriques et son œuvre conjugue désormais intuition et construction, subjectivité et objectivité. Si certaines de ses œuvres paraissent parfois à la limite de l'abstraction, leur géométrie souple et « la légèreté, la grâce, le charme et la finesse » qu'évoque Aragon leur permettent d'échapper à tout dogmatisme pur et dur. En 1931, le peintre est nommé professeur à l'académie de Dusseldorf. Cependant très vite, devant la montée du nazisme, il est obligé de quitter l'Allemagne et s'installe chez son père à Berne (Suisse). Malade, il lui reste sept ans à vivre, mais sa production ne baisse pas pour autant. Le trait noir s'est épaissi et cerne largement aussi bien un morceau de nature (Tiges, 1938) que d'étranges personnages (Sorcières de la forêt, 1938). Les visions existentielles de l'artiste jaillissent à un ryth [...]

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Maïten BOUISSET, « PAUL KLEE, LA COLLECTION D'ERNST BEYELER (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-klee-la-collection-d-ernst-beyeler-exposition/