GRASSI PAOLO (1919-1981)

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Né à Milan, le 30 octobre 1919, d'un père originaire des Pouilles, et d'une mère issue d'une famille bavaroise établie dans la région de Parme, Paolo Grassi aborde le théâtre par le biais de la critique dramatique, à l'âge de dix-sept ans, puis dirige et organise des spectacles, des tournées (la compagnie Ninchi-Turniati en 1940 ; le Palcoscenico, groupe expérimental, en 1941) et édite une collection de textes de théâtre. De 1945 à 1947, il tient la chronique dramatique de l'Avanti, le quotidien socialiste, étend son activité d'organisateur culturel et met en scène, pour la dernière fois, un spectacle (Jours d'octobre de Georg Kaiser).

En mai 1947, Giorgio Strehler et lui fondent le premier teatro stabile italien : le Piccolo Teatro de Milan. Il en est le directeur, avec Strehler jusqu'en 1969, puis seul. De 1972 à 1976, il est surintendant de la Scala de Milan. De 1977 à 1979, il occupe les fonctions de président-directeur général de la R.A.I. à Rome. Puis il revient à Milan où il prend la tête d'une maison d'édition, Electa. Il meurt dans une clinique de Londres, le 14 mars 1981, à l'âge de soixante et un ans.

Metteur en scène, critique dramatique, éditeur de pièces, directeur de collections d'essais consacrés à la scène, organisateur de spectacles, Paolo Grassi ne vécut que pour le théâtre. Mais son œuvre, ce fut, avant tout, le Piccolo Teatro. Lorsque, après de longues négociations avec la municipalité de Milan, Giorgio Strehler et lui, qui se connaissaient depuis des années, le fondèrent, ils entendaient doter l'Italie, sortie du fascisme, d'un nouveau théâtre : une compagnie « stable » – par opposition aux troupes itinérantes encore de règle. Celle-ci devait non seulement présenter un vaste répertoire dans des réalisations de qualité mais encore constituer un « service public » culturel. Depuis lors, une telle ambition est devenue commune : le Piccolo Teatro a été l'une des premières institutions théâtrales à la formuler et à la réaliser. Mais le Piccolo Teatro est resté un modèle et un point de référence.

Paolo Grassi a très vite compris le talent de Strehler. Il s'est effacé devant lui : il a renoncé à une carrière de metteur en scène et il a tout fait pour que Strehler puisse travailler comme il l'entendait. Sans Grassi, Strehler n'eût, sans doute, pas été Strehler. Et Grassi a été bien plus qu'un directeur administratif du Piccolo Teatro. Cet organisateur était aussi un homme de culture et un militant socialiste. Il voulait un théâtre ouvert sur la société, et il a toujours essayé de faire venir au Piccolo un public « populaire ». Il entendait aussi que ce théâtre maintînt contre vents et marées, ce que Strehler appela, dans son hommage funèbre, « notre rêve d'une société différente, plus humaine, plus solidaire ». Aussi avait-il ses partis pris : ses choix et ses refus. Il se méfiait de la mode ; il s'opposait à l'avant-gardisme et à l'expérimentalisme des petits groupes ; il vénérait Brecht et le « théâtre épique ». Le répertoire et la pratique du Piccolo Teatro l'expriment tout entier : Grassi a été le héraut d'un théâtre à la fois national et progressiste, artistique et civique.

Surintendant de la Scala, il a aussi ouvert les portes de ce temple de l'art lyrique sur la cité. Avec le chef d'orchestre Claudio Abbado et, de nouveau, avec Strehler, qu'il y a fait revenir, il a transformé la Scala en un théâtre d'opéra vraiment moderne, tant par les œuvres présentées (on lui doit la création de Al gran sole carico d'amore de Luigi Nono) que par la cohérence et le niveau artistique des spectacles (par exemple le Simon Boccanegra de Verdi-Strehler-Abbado). Mais Grassi était déjà un homme usé par un labeur forcené. Des intrigues l'amenèrent à démissionner de la Scala.

Devenu président-directeur général de la radio et de la télévision italiennes (la R.A.I.), il se sentit exilé à Rome : il y occupait des fonctions prestigieuses, mais ses pouvoirs étaient plus fictifs que réels. Surtout, le théâtre lui manquait. Il contribua, certes, à promouvoir des retransmissions télévisées de théâtre ou d'opéra et à financer de grands films, dont le Molière d'Ariane Mnouchkine. Mais, à la R.A.I., il ne s'est jamais senti chez lui, comme il l'avait été à la Scala et, surtout, au Piccolo. C'est que, pour cet homme d'action et de culture, pour ce « citoyen », comme il aimait à se nommer, il fallait que, au centre du monde, il y eût, toujours, une scène.

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  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle (études théâtrales), professeur au Conservatoire national supérieur d'art dramatique (dramaturgie)

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Pour citer l’article

Bernard DORT, « GRASSI PAOLO - (1919-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paolo-grassi/