NERUDA PABLO (1904-1973)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

« Des rêves pareils à des cavaliers noirs »

Sous un titre d'ombre et de mélancolie, Crépusculaire est bien une œuvre de jeunesse ; l'auteur n'a pas vingt ans ; une langueur diffuse donne à ce recueil disparate une tonalité en harmonie avec le modernisme hérité de Rubén Darío. Dès l'année suivante, avec ses Vingt Poèmes d'amour et une chanson désespérée (Veinte Poemas de amor y una canción desesperada), Neruda affirme son génie dans l'expression de l'érotisme charnel, dans l'exaltation de la femme et de la jouissance, auxquelles se mêlent en contrepoint les échos de la mort. À cette époque, l'esprit du poète est fasciné par les appels des profondeurs. Tentative de l'homme infini (Tentativa del hombre infinito, 1926) et surtout Le Frondeur enthousiaste (El Hondero entusiasta, 1933) rendent compte de ce vertige de l'imagination tentée, à la suite des grands voyants, comme William Blake, Rimbaud, Lautréamont ou André Breton, de percer le mystère, d'élucider le monde, de révéler le cœur des choses. Dans L'Habitant et son espérance (El Habitante y su esperanza) et Anneaux (Anillos, 1926), Neruda abandonne le vers pour la prose. Mais un lyrisme brûlant emporte ces récits de passions, de crimes, de vengeances où l'auteur semble poursuivre indéfiniment le sillage de souvenirs qui s'éloignent toujours. La même quête des contours d'une mémoire sans rivages se prolonge, à travers l'évocation de voyages, de paysages, d'états d'âme ou de nouvelles amours, dans les deux premiers recueils de Résidence sur la terre (Residencia en la tierra, 1933 et 1935). La nature, et sa luxuriance exotique découverte en Asie, semble de plus en plus participer au destin intime du poète, dont ces deux livres traduisent le cheminement indécis, les détours obscurs ou lumineux. Mais ce cours sinueux, brusquement, va prendre une orientation imprévue. Troisième Résidence (Tercera Residencia, 1947) révèle cette transformation. Après les remous des Furies et des peines (Furias y penas, 1937), Neruda y inclut le chant de la guerre civile espagnole : Espagne au cœur (España en el corazón, 1938) ainsi que le Chant à Stalingrad (Canto a Estalingrado, 1942). Une prise de conscience nouvelle s'est faite chez lui : la poésie aussi peut être une arme dans le combat des hommes pour la justice.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Médias de l’article

Pablo Neruda

Pablo Neruda
Crédits : Hulton Getty

photographie

Coups d'État au Chili et en Argentine, 1973 et 1976

Coups d'État au Chili et en Argentine, 1973 et 1976
Crédits : Pathé

vidéo

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur émérite des Universités, membre correspondant de la Real Academia Española
  • : agrégée de l'Université, maître assistante à l'université de Paris-IV-Sorbonne

Classification

Autres références

«  NERUDA PABLO (1904-1973)  » est également traité dans :

AMÉRIQUE LATINE - Littérature hispano-américaine

  • Écrit par 
  • Albert BENSOUSSAN, 
  • Michel BERVEILLER, 
  • François DELPRAT, 
  • Jean-Marie SAINT-LU
  •  • 16 294 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Vingt ans de plénitude »  : […] Les années 1960-1980 vont marquer un véritable moment de grâce. L'axe littéraire du monde hispanique semble bien alors se déplacer de l'Espagne vers l'Amérique centrale et méridionale. Toute dépendance vis-à-vis de l'Europe, à fortiori de l'ex-métropole, a disparu. Seules demeurent les influences de grands perturbateurs modernes, Joyce, Proust, Kafka, Faulkner, James et de partielles imprégnations […] Lire la suite

CHANT GÉNÉRAL, Pablo Neruda - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Claude FELL
  •  • 833 mots
  •  • 1 média

Le jour même de la mort de son père, le 7 mai 1938, Pablo Neruda (1904-1973) commence la rédaction du Chant général du Chili, qu'il intitulera plus tard, en raison de sa dimension continentale, Chant général . La mort de ses parents semble détacher à jamais Neruda du Chili de son enfance, de ce Temuco de la forêt, de la pluie et des chemins de fer que conduisait son père. C'est un nouveau proc […] Lire la suite

LARRAÍN PABLO (1976- )

  • Écrit par 
  • Pierre EISENREICH
  •  • 1 010 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Chroniques du coup d’État »  : […] Trois de ses films ont pour contexte la dictature militaire du général Augusto Pinochet, qui s’exerça du 11 septembre 1973, après son coup d’État contre le président Salvador Allende, jusqu’à son départ le 11 mars 1990, à la suite de sa défaite lors du référendum révocatoire du 5 octobre 1988. Santiago   73, post mortem ( Post mortem , 2010) débute précisément quelques jours avant le coup d’État […] Lire la suite

LARRAÍN SERGIO (1931-2012)

  • Écrit par 
  • Karen SPARKS
  •  • 362 mots

Le photographe chilien Sergio Larraín témoigna de la vie des rues de Santiago, notamment par ses portraits, d'une grande intensité, d'enfants vivant sur les rives du Mapocho. Il sut également capturer l'esprit de Londres à la fin des années 1950 à travers plusieurs séries de clichés. Sergio Larraín naît le 5 novembre 1931 à Santiago (Chili). Après avoir étudié la musique et la sylviculture aux Éta […] Lire la suite

Pour citer l’article

Bernard SESÉ, Marie-Claire ZIMMERMANN, « NERUDA PABLO - (1904-1973) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pablo-neruda/