NERUDA PABLO (1904-1973)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

1970 : « L'Épée de flammes » et « Les Pierres du ciel »

L'Épée de flammes (La Espada encendida, 1970) s'ouvre sur une citation de la Genèse (iii, 24) évoquant l'homme chassé de l'Éden, les chérubins et l'épée de feu qui s'agite de tous côtés, « pour garder le chemin de l'arbre de la vie ». Au seuil de ce livre, il est clair que le cataclysme universel a eu lieu. Un seul survivant, Rhodo le guerrier, contemple les statues disséminées, puis traverse la forêt mythique pour redevenir le « premier homme », porteur d'une « infinie solitude ». Surgit alors Rosie, la jeune Blanche nue, survivante de la légendaire Ville des Césars dont parle J. Vicuña Cifuentes dans Mythes et superstitions du Chili (Mitos y supersticiones de Chile, 1919), livre cité par Neruda à la fin du recueil. Rhodo reprend peu à peu conscience des merveilles de son corps et de l'évidence du désir. Tels « deux innocents perdus », Rosie et Rhodo se rejoignent charnellement et leur étreinte est à la mesure de l'immense paradis sauvage où ils se sentent à la fois neige, pierre et feu, où ils vivent un amour qui ne va pas sans haine, un plaisir qui est aussi une agonie anticipée. Mais l'épée de feu – ici représentée par un volcan américain – menace cet Adam et cette Ève du nouvel éden patagonien. Contrairement à la légende, le feu dévastateur n'ensevelira pas dans l'océan l'arche fragile où se sont réfugiés les animaux, autour du couple symbolique qui, libéré de Dieu, accède à son tour à la divinité.

Et la liberté de la mer les soulevaitdans son ventre spacieux :ils ondulaient sans route fixe et sans douleur sur la nef solitaire,de nouveau seuls, et pourtant maîtres désormaisde leurs artères, maîtres de leurs paroles, dieux communs et libres sur la mer.

Ainsi s'achève cette « sonate noire » où Neruda écrit une genèse du continent américain, suivant une dialectique qui restitue à l'homme ses pleins pouvoirs.

Les Pierres du ciel (Las Piedras del cielo, 1970) ne sont pas sans rappeler Les Pierres du Chili (Las Piedras de Chile, 1961). Chaque gemme du nouveau recueil, topaze, obsidienne, agate, cornaline, est célébrée dans un court poème où de somptueuses métaphores révèlent la beauté et le secret de la matière, pour conduire à la méditation sur la fragilité humaine : « chair et pierre : entités à jamais ennemies ».

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Médias de l’article

Pablo Neruda

Pablo Neruda
Crédits : Hulton Getty

photographie

Coups d'État au Chili et en Argentine, 1973 et 1976

Coups d'État au Chili et en Argentine, 1973 et 1976
Crédits : Pathé

vidéo

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur émérite des Universités, membre correspondant de la Real Academia Española
  • : agrégée de l'Université, maître assistante à l'université de Paris-IV-Sorbonne

Classification

Autres références

«  NERUDA PABLO (1904-1973)  » est également traité dans :

AMÉRIQUE LATINE - Littérature hispano-américaine

  • Écrit par 
  • Albert BENSOUSSAN, 
  • Michel BERVEILLER, 
  • François DELPRAT, 
  • Jean-Marie SAINT-LU
  •  • 16 294 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Vingt ans de plénitude »  : […] Les années 1960-1980 vont marquer un véritable moment de grâce. L'axe littéraire du monde hispanique semble bien alors se déplacer de l'Espagne vers l'Amérique centrale et méridionale. Toute dépendance vis-à-vis de l'Europe, à fortiori de l'ex-métropole, a disparu. Seules demeurent les influences de grands perturbateurs modernes, Joyce, Proust, Kafka, Faulkner, James et de partielles imprégnations […] Lire la suite

CHANT GÉNÉRAL, Pablo Neruda - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Claude FELL
  •  • 833 mots
  •  • 1 média

Le jour même de la mort de son père, le 7 mai 1938, Pablo Neruda (1904-1973) commence la rédaction du Chant général du Chili, qu'il intitulera plus tard, en raison de sa dimension continentale, Chant général . La mort de ses parents semble détacher à jamais Neruda du Chili de son enfance, de ce Temuco de la forêt, de la pluie et des chemins de fer que conduisait son père. C'est un nouveau proc […] Lire la suite

LARRAÍN PABLO (1976- )

  • Écrit par 
  • Pierre EISENREICH
  •  • 1 010 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Chroniques du coup d’État »  : […] Trois de ses films ont pour contexte la dictature militaire du général Augusto Pinochet, qui s’exerça du 11 septembre 1973, après son coup d’État contre le président Salvador Allende, jusqu’à son départ le 11 mars 1990, à la suite de sa défaite lors du référendum révocatoire du 5 octobre 1988. Santiago   73, post mortem ( Post mortem , 2010) débute précisément quelques jours avant le coup d’État […] Lire la suite

LARRAÍN SERGIO (1931-2012)

  • Écrit par 
  • Karen SPARKS
  •  • 362 mots

Le photographe chilien Sergio Larraín témoigna de la vie des rues de Santiago, notamment par ses portraits, d'une grande intensité, d'enfants vivant sur les rives du Mapocho. Il sut également capturer l'esprit de Londres à la fin des années 1950 à travers plusieurs séries de clichés. Sergio Larraín naît le 5 novembre 1931 à Santiago (Chili). Après avoir étudié la musique et la sylviculture aux Éta […] Lire la suite

Pour citer l’article

Bernard SESÉ, Marie-Claire ZIMMERMANN, « NERUDA PABLO - (1904-1973) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pablo-neruda/