ORIGINES DE L'URBANISME AU PROCHE-ORIENT

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Le développement des cités le long des grands systèmes fluviaux

C'est dans la plaine alluviale du Tigre et de l'Euphrate que semble s'être opéré le grand changement qui a marqué la fin du Néolithique et qui a conduit à l'urbanisation : telle est du moins l'image qui semble prévaloir actuellement.

La néolithisation du Proche-Orient, qui s'était accompagnée de l'extension de l'aire occupée par les villages, avait, semble-t-il, atteint plus tardivement les grandes vallées alluviales. L'irrigation qui est née d'après certaines recherches dans un contexte climatique différent – celui des collines du piémont du bourrelet iranien (Zagros) – a contribué, à partir de son introduction en Mésopotamie, à l'essor économique des régions fluviales parce qu'elle permettait de maîtriser un système hydrologique naturellement désordonné. Cette influence de l'irrigation sur le développement des régions fluviales était connue depuis longtemps, mais ce que l'on imaginait moins c'était le rôle de l'irrigation comme moteur essentiel du développement urbain.

Échanges et naissance de la ville

La ville n'est pas née n'importe où, mais dans un milieu où une économie d'échanges se développait et où, en l'absence d'autres moyens de transport, ces échanges ne pouvaient s'appuyer que sur les fleuves et les canaux, qui ont ainsi joué un double rôle dans l'essor de la civilisation sumérienne.

De cette situation initiale, qui a favorisé l'essor des villes, découle, à l'époque historique, la première caractéristique fondamentale des villes dans la plaine mésopotamienne ou de la vallée de l'Indus, à savoir l'étroite association entre le fleuve ou le canal et l'agglomération, le but étant certes d'assurer l'approvisionnement en eau, mais aussi de permettre les échanges économiques et sociaux. Ce n'est donc pas le point d'eau qui permet la ville, mais l'axe fluvial, c'est-à-dire l'eau qui court. La ville se développe ainsi le plus souvent sur l'une des berges du fleuve (Assur, Irak, ) ; il lui arrive aussi, comme à Babylone, de s'étendre de part et d'autre d'un pont qui franchit la voie d'eau et fait de cet endroit un véritable carrefour de voies d'eau et de voies terrestres.

Assur

Dessin : Assur

Assur, capitale de l'Assyrie (d'après W. Andrae, « Das Wiederstandene Assur », J. C. Hinrich, 1930).Le développement de cette ville, dès le IIIe millénaire, est lié au culte du dieu Assur (Ashour) et au commerce avec l'Anatolie (Turquie aujourd'hui). Au milieu du IIe... 

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Ville et pouvoir politique

Le passage du village à la cité, c'est aussi la manifestation ultime d'une évolution des structures de la société. Le village néolithique apparaît comme le rassemblement d'édifices identiques ou d'importance voisine ; il devait certes y avoir un chef de l'ensemble de la communauté, mais nous n'en trouvons guère de traces matérielles.

Au contraire, dès que l'on constate une transformation dans la structure des communautés néolithiques, on voit émerger une habitation ou un ensemble de bâtiments plus importants que les autres, aux murs plus épais, avec un plan souvent plus compliqué et une recherche plus poussée de l'organisation intérieure. Dans le bassin mésopotamien, un type de maison sur plan tripartite allongé, avec développement plus ou moins important des dépendances latérales, s'est imposé au Ve millénaire et est devenu l'exemple même de l'architecture monumentale de l'époque d'Obeid. On a longtemps voulu reconnaître dans ces édifices les premiers sanctuaires de la Mésopotamie ; mais les recherches des dernières décennies ont mis l'accent sur la fonction domestique de la plupart d'entre eux, et maintenant on y reconnaît soit des maisons communes de l'agglomération, soit, plus vraisemblablement ou en tout cas dans le plus grand nombre de cas, des maisons de chefs, lorsque ceux-ci voient leur rôle grandir comme maîtres de l'économie, protecteurs des ressources communes et redistributeurs des richesses.

C'est donc l'apparition de cette architecture différenciée qui devient un signe, car l'évolution ultérieure va donner à ce monument une place de plus en plus prépondérante dans l'organisation de la communauté.

Le centre du pouvoir est, en effet, devenu un foyer essentiel de l'organisation du cadre de vie de la communauté. Certes, la situation réelle dans les premières cités connues de l'histoire, Uruk et Suse, est encore tout à fait imprécise, d'une part parce que les rapports existants entre pouvoir religieux et pouvoir civil sont mal connus, d'autre part parce que les fouilles n'ont pas encore pu donner de ces cités les plus anciennes l'image exacte de leur organisation spatiale.

Villes de Mésopotamie

Dessin : Villes de Mésopotamie

Villes de Mésopotamie. 

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Mais, dès l'époque des Dynasties archaïques – ou D.A. – (première moitié du IIIe millénaire), le palais apparaît comme l'un des pôles essentiels de la communauté citadine. Il lui arrive d'être étroitement associé au centre religieux, mais sans être véritablement confondu avec lui : c'est le cas de Mari, où le Grand Palais Royal du IIIe millénaire existe sans doute depuis les origines de la cité dans un complexe où ont été réunis un grand sanctuaire religieux (l'Enceinte sacrée) et les quartiers royaux, l'ensemble étant adjacent au quartier des temples de la cité. À Ur (Irak), à Assur, on retrouve des situations très voisines que l'on a parfois cherché à expliquer en invoquant l'union systématique, dès l'origine, des pouvoirs temporel et spirituel, dans une même main ; mais, outre ce qu'une telle indifférenciation a d'hypothétique, rien ne permet d'étayer cette hypothèse, car très tôt des palais ont été détachés de tout contexte religieux : c'est le cas notamment à Eridu (Irak) ou à Kish (Irak) au D.A.

Un autre trait des cités mésopotamiennes concerne le nombre des palais qu'elles contiennent. On a fréquemment mis l'accent sur la domination sans partage qu'exerçait le palais, mais dès le D.A. il arrive que l'on trouve deux palais, voire plus, dans une même ville. Tell Asmar (Irak) en est un exemple parfait avec son palais Nord de la fin du D.A. auquel succède le palais des Rois du début du IIe millénaire, venant s'ajouter à ce dernier l'édifice d'Azuzum et le bâtiment inachevé. Ici, il apparaît clairement que le centre du pouvoir politique s'est déplacé au cours des siècles (palais Nord et palais des Rois), mais aussi que deux palais ont pu coexister au même moment : l'édifice d'Azuzum a certainement été subordonné au palais des Rois, tout comme le palais des Shakkanakku à Mari l'a été au Grand Palais Royal ; dans l'un et l'autre cas, on peut penser que la construction du petit palais a été réalisée parce que de grands travaux étaient nécessaires dans le palais principal ; il a donc servi au souverain dans des circonstances très particulières et, par la suite, à d'autres membres de la famille royale comme le montre l'exemple de Mari.

Chez les souverains assyriens du début du Ier millénaire, une forme de rivalité conduisit à multiplier de règne en règne les constructions palatiales ; mais, comme le plus souvent les nouveaux édifices étaient érigés [...]

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-4000 à -2000. Naissance de l'écriture

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Tepe Gawra, IVe millénaire

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Jean-Claude MARGUERON, « ORIGINES DE L'URBANISME AU PROCHE-ORIENT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/origines-de-l-urbanisme-au-proche-orient/