ORIGINES DE L'URBANISME AU PROCHE-ORIENT

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Les villes orientales détachées des systèmes fluviaux

Apparue dans le contexte très particulier des grands systèmes fluviaux de la fin du Néolithique, la ville s'est assez rapidement détachée de son lieu et de son contexte de naissance, car le développement économique qui a causé son apparition s'est progressivement propagé à l'ensemble du monde oriental. Certes, toutes les régions du Proche-Orient n'ont pas vu fleurir les cités en même temps, mais, dans le courant du IIIe millénaire, des secteurs entiers de l'Iran, de la Syrie du Nord, de l'Anatolie, des pays du Levant ont basculé, à des rythmes différents, dans la nouvelle organisation. Mais les caractères ne sont pas restés ceux qui avaient marqué les premières villes, car les nouvelles cités ont été créées hors du système fluvial qui en avaient fait naître le principe. Certes, un approvisionnement en eau était toujours nécessaire pour la survie du groupe, et des rivières plus ou moins bien fournies au long de l'année, des nappes phréatiques permanentes l'ont assuré. L'axe fluvial comme transporteur, et donc comme lien économique fondamental, ne joue plus dans ces régions qu'un rôle très secondaire. Le changement apparaît très clairement avec une capitale comme Ebla en Syrie intérieure, au milieu du IIIe millénaire. Un dégagement, encore insuffisant pour que l'on puisse caractériser la ville de cette période ou de ses origines, a cependant clairement montré que ses relations économiques se faisaient par voie de terre, c'est-à-dire par caravanes, et que la voie d'eau n'y jouait aucun rôle : la situation géographique confirmait par ailleurs parfaitement cette particularité, qui n'est pas propre à Ebla mais à l'ensemble du territoire qui s'étend de l'Asie Mineure à la Palestine méridionale, à l'exclusion du bassin baigné par l'Euphrate.

Palais royal, Ébla

Photographie : Palais royal, Ébla

Vue du palais royal d'Ébla, Syrie. IIIe millénaire. Au premier plan, la salle des audiences. 

Crédits : G. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

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Plusieurs régions d'ailleurs se dessinent dans cet ensemble. Si la Palestine ne connaît, dans le courant du IIIe millénaire, qu'une civilisation citadine limitée à des points forts sans véritable développement urbain conçu selon le modèle mésopotamien, en Syrie on assiste très rapidement au contraire à un véritable essor de la cité, peut-être dû à des liens plus étroits avec le pays des deux fleuves : Ebla, au IIIe millénaire, le montre bien, comme le prouve aussi Ugarit au IIe millénaire. Cependant, le IIIe millénaire, malgré Ebla, ne semble pas avoir été très urbanisé , alors que le IIe millénaire a connu une floraison de cités qui n'ont cessé d'être particulièrement vivantes jusqu'à la fin de l'Antiquité orientale : Emar (Syrie) dans la boucle de l'Euphrate, Carcémish (Turquie) en amont, plus tard Arslan Tash (Syrie) et Til Barsip (Syrie) illustrent cette vitalité. Et, lorsqu'on remonte vers le nord, c'est-à-dire vers le monde plus tumultueux, géographiquement parlant, de l'Anatolie, on est frappé par l'existence d'un grand nombre de cités de moyenne importance jusqu'au moment de la formation de l'empire hittite. La puissance montante de cet empire donne alors naissance à la cité d'Attusha (Boghaz Keuï, Turquie), énorme complexe à la hauteur des prétentions de l'empire, mais qui ne dura pas plus que lui, c'est-à-dire, à l'échelle orientale, une vie très brève de quelques siècles. Cependant, la capitale de l'empire, tout en s'inscrivant dans des schémas urbanistiques qui ne sont pas exceptionnels, s'est développée avec une telle vigueur qu'elle reste un modèle d'urbanisme tout aussi symbolique que ce que les Assyriens seront capables de créer par la suite : un « burg » orgueilleux contenant les palais et les trésors des maîtres du pouvoir, dominant une ville qui a connu une expansion en plusieurs temps, que la structure des ruines remises au jour montre encore bien. Carcémish, capitale régionale de l'empire hittite en pays syrien, reproduit en fait un schéma très voisin.

Villes nouvelles de Mésopotamie et Syrie

Dessin : Villes nouvelles de Mésopotamie et Syrie

Villes nouvelles de Mésopotamie et de Syrie. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Villes de Syrie

Dessin : Villes de Syrie

Villes de Syrie. 

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Villes de Syrie

Dessin : Villes de Syrie

Villes de Syrie. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Avec l'arrivée des Perses, puis des Grecs, suivis des Romains, la ville orientale n'a pas immédiatement disparu. Monuments nouveaux et fondations nouvelles, surtout grecques, marquent leur passage. Mais, avec les Parthes, puis les Sassanides et, enfin, les Arabes, la cité orientale des origines se transforme irrémédiablement : la ville orientale, la première ville du monde, née d'une gigantesque mutation des modes de vie avait vécu.

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-4000 à -2000. Naissance de l'écriture

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Tepe Gawra, IVe millénaire

Tepe Gawra, IVe millénaire
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Jean-Claude MARGUERON, « ORIGINES DE L'URBANISME AU PROCHE-ORIENT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/origines-de-l-urbanisme-au-proche-orient/