GRIGNY NICOLAS DE (1672-1703)

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Organiste et compositeur français de la fin du xviie siècle, Grigny occupe une place à la fois centrale et isolée. Son œuvre se résume en un seul ouvrage, le Premier Livre d'orgue contenant une messe et les hymnes des principalles festes de l'année (Paris, 1699). Nicolas de Grigny naquit et mourut à Reims. Sa famille compta quelques musiciens, organistes comme son père, son oncle et son grand-père ; c'est d'eux que, vraisemblablement, il reçut les rudiments de formation musicale. On sait qu'il fut à Paris l'élève de Nicolas Lebègue, l'organiste de Saint-Merry. Son frère, André de Grigny, sous-prieur des chanoines réguliers de Saint-Denis, fut certainement à l'origine du fait qu'il « toucha » les orgues de l'église abbatiale, de 1693 à 1695. En 1696, Nicolas quitte Paris pour Reims où il est nommé titulaire d'une tribune, peut-être celle de Saint-Pierre-le-Vieil ou de Saint-Hilaire, églises où avaient exercé les membres de sa famille. C'est l'année suivante qu'il sera appelé à la cathédrale où il demeura en fonction jusqu'à sa mort. Entre-temps, il se maria avec Marie-Magdeleine de France, fille d'un marchand parisien ; il en eut sept enfants, dont Louis qui lui succéda aux orgues de la cathédrale. A partir de 1702, Nicolas assura également les fonctions d'organiste en l'église rémoise de Saint-Symphorien.

Son Livre d'orgue (réédité en 1711) synthétise les apports de la tradition titelouzienne d'essence polyphonique et ceux de la tradition moderne plus décorative des organistes français après 1665 surtout. De la première, il a assimilé notamment l'écriture fuguée, telle que l'ont pratiquée E. Du Caurroy, J. Titelouze (Les Hymnes pour toucher sur l'orgue avec les fugues, 1623 ; le Magnificat, 1626), C. Racquet, F. Roberday, voire J. Froberger (qui vécut à Paris en 1652). Ses chefs-d'œuvre, où en même temps il déploie l'un des traits les plus caractéristiques et les plus expressifs de son art, sont les Fugues à cinq. Certes, d'autres organistes de ce temps ont composé à cinq voix, mais c'est beaucoup plus dans un style harmonique rappelant la symphonie lullyste ou le grand chœur de Delalande. Et comme N. Gigault, G. Jullien ou F. Couperin, Grigny écrit aussi des pleins-jeux à cinq voix sur cantus firmus d'anche de pédale (Et in terra pax).

Mais Grigny surpasse nettement ces émules par la richesse de son écriture contrapuntique où il demeure unique dans l'histoire de la musique d'orgue française. Pour ces fugues, il confie deux voix à la main droite sur un dessus de cornet par exemple, deux autres à la main gauche sur un cromorne, tandis que la basse qui déroule souvent des valeurs courtes (ainsi dans la Fugue à cinq, pièce no 12), ce qui est très rare à son époque en raison notamment de l'incommodité du pédalier à la française, sonne sur une « pédalle de flûte ». De la seconde tradition, il accepte les formes nouvelles de concert : duos, trios, récits, variation ornée, dialogue, pleins-jeux, grands jeux ; s'il n'innove pas dans ce domaine, du moins en traite-t-il avec une parfaite maîtrise. Ce faisant, il poursuit et parachève la leçon de Lebègue, Gigault, Raison, H. d'Anglebert, J. Boyvin, Jullien ; on ne peut raisonnablement le comparer qu'à Couperin le Grand. Le Livre d'orgue comprend deux parties : d'abord, une messe d'orgue, comprenant vingt-deux pièces, ensuite cinq hymnes (Veni Creator, Pentecôte ; Pange lingua et Verbum supernum, fête du Saint-Sacrement ; Ave maris stella, hymne à la Vierge ; A solis ortus cardine, Épiphanie) et l'ouvrage se termine par un Point d'orgue sur les grands jeux, le tout totalisant quarante-deux pages. Grigny s'y manifeste tout à la fois comme un harmoniste consommé, un mélodiste à la sensibilité fine et très aiguë, et un polyphoniste des plus expressifs du xviie siècle français. Dans ce qu'on a pu appeler un « chromatisme modal », se rencontrent l'univers des modes anciens et les perspectives nouvelles de la tonalité. L'organiste rémois accentue le contraste fort original que représente l'intrusion d'un plain-chant dont la ligne mélodique sauvegarde le caractère modal dans une harmonie tonale nettement chromatique. À ce propos, on évoquera Frescobaldi, dont Grigny a peut-être connu l'œuvre qui avait été présentée aux Parisiens par Froberger. Cette remarque sur l'harmonie de Grigny pourrait volon [...]

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  • : psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne, musicologue, président de l'Association française de défense de l'orgue ancien

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Pierre-Paul LACAS, « GRIGNY NICOLAS DE - (1672-1703) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nicolas-de-grigny/