NICODÈME L'HAGIORITE saint (1748-1809)

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Principal rénovateur de la tradition hésychaste dans le monde grec à la fin du xviiie siècle, Nicodème, né à Naxos, fit ses études à Smyrne, bénéficiant de la renaissance intellectuelle grecque de l'époque. En particulier, il apprit le latin, l'italien et le français. Sa force devait consister à faire servir ses connaissances à l'élucidation de la grande tradition patristique et byzantine, qui était recouverte depuis un siècle par l'influence de la scolastique latine et de l'Aufklärung. À Naxos, puis à Hydra, il rencontre les moines « colyvades », qui, chassés de l'Athos en décadence, rénovent dans le monde grec la vie monastique et la pratique eucharistique. Il est ainsi initié à l'hésychasme. Il se lie au métropolite de Corinthe Macaire, défenseur des colyvades et rénovateur de la tradition.

Le renouveau reflue sur l'Athos, où Nicodème devient moine en 1775 (de là vient son surnom d'Hagiorite : « de la sainte montagne »). À partir de 1777, il collabore avec Macaire pour l'établissement de la Philocalie, dont il rédige les notices et qui paraît à Venise en 1782. Il publie simultanément un recueil plus bref d'enseignements des Pères, l'Évergétinos, collabore à l'édition complète, en grec moderne, de Syméon le Nouveau Théologien, écrit une Vie de Grégoire Palamas et prépare, grâce aux manuscrits de l'Athos, une édition complète des œuvres de celui-ci, malheureusement détruite à Vienne où se faisait l'impression. Nicodème expose lui-même la tradition hésychaste dans son traité La Garde des cinq sens, de l'imagination, de l'esprit et du cœur.

Les conceptions ascétiques et spirituelles de Nicodème présentent deux traits originaux : d'une part, il assume une partie de la spiritualité occidentale, traduisant et adaptant Le Combat spirituel de Scupoli et les Exercices de saint Ignace (influence qui ne va pas sans gauchir dans le sens d'un moralisme assez sombre la tradition orthodoxe) ; d'autre part, il enracine la vie spirituelle dans l'ensemble de la vie de l'Église, commentant les Écritures, recommandant la communion fréquente, la récitation à haute voix des prières secrètes pendant la liturgie, publiant, dans un esprit nettement juridique, un recueil complet et commenté des canons, le Pidalion (« gouvernail »).

Nicodème a été canonisé, à la demande de la Grande Laure de l'Athos, par le patriarche Athénagoras Ier, en 1955.

—  Olivier CLÉMENT

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  • : agrégé de l'Université, professeur à l'Institut Saint-Serge de Paris

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ATHOS MONT

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Dans le chapitre « Le cœur de l'orthodoxie »  : […] Dans un Orient chrétien qui n'a cessé de se diversifier par essaimage d'Églises sœurs, l'Athos a exprimé, au niveau spirituel, l'unité et l'universalité de l'orthodoxie, qu'il a sauvée deux fois, autour de 1300, puis vers 1800. À la fin du xiii e siècle, après une phase de décadence, saint Grégoire le Sinaïte ranime à l'Athos la tradition hésychaste de la « prière de Jésus », invocation intérior […] Lire la suite

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Olivier CLÉMENT, « NICODÈME L'HAGIORITE saint (1748-1809) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nicodeme-l-hagiorite/