HAWTHORNE NATHANIEL (1804-1864)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

« La Lettre écarlate »

Toutes ces expériences, tous ces itinéraires convergent vers une même œuvre centrale : La Lettre écarlate (The Scarlet Letter, 1850). Hawthorne a fait dans ce livre la somme de son moi et de ses tendances contradictoires. On y trouve réunis, dans une même sphère de fatalité sans issue, dans un monde fermé où seules les fleurs du mal et de la souffrance trouvent un terrain favorable, des personnages torturés qui cherchent en vain à s'épanouir dans les limites imposées par la loi d'airain qui les opprime : le saint manqué, obsédé par sa faute, la femme adultère, l'alchimiste haineux et l'enfant sorcière. Dimmesdale, le pasteur, a la sensibilité d'un artiste, mais non la puissance créatrice (ou la foi) qui pourrait le sauver. Son âme est entièrement dominée, dévastée par la peur, sentiment négatif, destructeur. Il ne voit dans ses égarements sexuels que la cause irrémédiable de sa perte. L'amour à ses yeux n'a pas de valeur rédemptrice. La beauté d'Hester, sa générosité, sa tendresse maternelle pour l'homme misérable et traqué qu'il est devenu ne sont pour lui, en fin de compte, qu'autant d'images de la tentation de la chair, la chair haïssable qui rend la sainteté impossible. Chillingworth, le jaloux, le Iago hawthornien, précipite par des manœuvres dignes d'un psychanalyste sadique la désintégration de cette âme malade, achève d'y remplacer un Dieu sans amour par le désespoir. Enfin, s'il en était besoin, les puissances des ténèbres hésiteraient-elles à recourir à leur suprême auxiliaire, Pearl, la petite sorcière, dont le rire cruel attire le pasteur toujours plus avant dans le labyrinthe où le guettent la folie et le suicide ? La postulation de Dimmesdale vers la méfiance et la mortification (vers l'enfer, combien terrestre et moderne) l'emporte, en apparence, sur la postulation d'Hester vers l'amour, vers la vie.

Mais la signification évidente d'un livre et sa signification profonde ne coïncident pas toujours. Et l'homme qui refuse, pour des raisons platement « morales », par dépit secret, et surtout pou [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages


Écrit par :

  • : professeur de littérature américaine à la faculté des lettres de Clermont-Ferrand

Classification


Autres références

«  HAWTHORNE NATHANIEL (1804-1864)  » est également traité dans :

LA LETTRE ÉCARLATE, Nathaniel Hawthorne - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Michel FABRE
  •  • 1 058 mots
  •  • 1 média

Les expériences et les tendances contradictoires de Nathaniel Hawthorne (1804-1864), écrivain qui est peut-être le plus représentatif des États-Unis du xixe siècle, convergent dans La Lettre écarlate, son meilleur roman, publié en 1850, et que […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/la-lettre-ecarlate/#i_2617

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - La littérature

  • Écrit par 
  • Marc CHÉNETIER, 
  • Rachel ERTEL, 
  • Yves-Charles GRANDJEAT, 
  • Jean-Pierre MARTIN, 
  • Pierre-Yves PÉTILLON, 
  • Bernard POLI, 
  • Claudine RAYNAUD, 
  • Jacques ROUBAUD
  •  • 40 197 mots
  •  • 25 médias

Dans le chapitre « Le déraciné »  : […] Pendant longtemps, en effet, l'un des grands thèmes a été celui de l'enracinement et du déracinement, les deux faces d'un même problème. Hawthorne ou Cooper fouillent les origines de l'histoire nationale. D'autres, en revanche, se contentent du présent et, comme Whitman ou Twain, ils puisent dans l'expansion géographique et l'immensité du continent leur sentiment national. De même Faulkner crée s […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/etats-unis-d-amerique-arts-et-culture-la-litterature/#i_2617

JAMES HENRY (1843-1916)

  • Écrit par 
  • Diane de MARGERIE
  •  • 2 125 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Le regard »  : […] Dès l'abord, que ce soit dans ses vingt romans, dans ses nouvelles, qui dépassent la centaine, dans ses trois volumes autobiographiques ou même dans ses textes de réflexion critique, cette œuvre frappe par l'importance du regard. Pour James, en effet, voir c'est connaître, et connaître c'est posséder. Mais ce privilège est réservé à ceux de ses personnages qui acceptent de renoncer aux succès faci […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-james/#i_2617

Pour citer l’article

Jean NORMAND, « HAWTHORNE NATHANIEL - (1804-1864) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/nathaniel-hawthorne/