NANTCHAO ou NANZHAO

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Le royaume de Nantchao était situé dans le Yunnan actuel. Son histoire nous est connue à travers des textes chinois, ce qui explique que les noms de ses rois ne nous soient parvenus qu'à travers leur transcription en chinois, et de manière plus ponctuelle dans les annales et les stèles tant birmanes que khmères. Créé en 654 par un prince du nom de Si Nu Lo (651-674) par la réunion de six principautés dont on dit traditionnellement qu'elles avaient des Tay pour chefs, ce royaume allait se maintenir, avec des vicissitudes, jusqu'en 1253, année où les armées mongoles de Qubilai Qan le firent entrer définitivement dans l'empire chinois.

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Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Ces six principautés, qui n'étaient réunies que par des liens de vassalité, disparaissent au profit d'un état unitaire sous le règne de P'i Lo Ko (738-758). Celui-ci organisa un système de gouvernement très hiérarchisé, dans lequel les six principautés devinrent des provinces, ayant à leur tête un gouverneur supervisant des chefs des districts. Monarque absolu, P'i Lo Ko mit également sur pied un gouvernement central efficace, composé de responsables de différents secteurs (affaires étrangères, intérieur, agriculture, etc.), sous la direction d'un Premier ministre dépendant directement de lui. Sa politique extérieure se caractérisa par une alliance très étroite avec la Chine des Tang, avec laquelle il repoussa les attaques tibétaines.

Le fils et successeur de P'i Lo Ko, Ko Lo Fong (758-777), installa sa capitale dans la ville de Tali. Tout en poursuivant la politique intérieure de son père, il mena des guerres contre le royaume pyu de Prome, qui aboutirent, entre 757 et 763, à la conquête de toute la haute vallée de l'Irawadi, mais il se brouilla, à la suite d'intrigues familiales, avec les Tang qui tentèrent, à trois reprises sous son règne, de prendre le contrôle du royaume de Nantchao. Ces tentatives furent sans succès, d'autant que, vers la fin de son règne, ce monarque s'assura l'appui des Tibétains contre les Chinois.

C'est son petit-fils, I Mu Sun (777-794 ?) qui lui succéda. Au début de son règne, il poursuivit la politique d'hostilité à l'égard de la Chine des Tang mise en œuvre par son grand-père. Mais il se rendit compte que l'alliance tibétaine ne lui était pas d'une grande utilité et il décida d'opérer un renversement d'alliances, ce qui lui permit d'agrandir ses États au détriment de ses anciens alliés. Après lui, et jusqu'en 877, se succédèrent cinq monarques dont les règnes n'ont rien de particulier, sinon que les guerres avec la Chine reprirent de plus belle.

En 877 monta sur le trône un roi du nom de Lung Chun, plus connu, en Birmanie comme dans les pays tay, sous le titre de P'ra Chao Fah, et qui devait régner jusqu'en 897 : revenant à l'alliance chinoise, il réussit à redonner une certaine stabilité à son royaume. Malheureusement, son fils, Chun Wah Cheng, fut assassiné après quatre ans de règne (901), et ses successeurs ne purent s'opposer à une invasion, certes pacifique, mais nombreuse, d'immigrants d'origine chinoise. La relative grandeur du royaume de Nantchao n'avait duré que deux siècles et demi, les trois derniers siècles de son existence n'ayant été qu'une lente décadence.

En dehors de ces éléments historiques, qui sont essentiellement d'ordre militaire et politique, les renseignements sur ce qu'était véritablement le royaume de Nantchao sont très rares ; on ignore par exemple si ce peuple avait une écriture ou non, puisque aucune stèle, et encore moins, aucun manuscrit ne nous sont parvenus. On peut toutefois supposer, le royaume se trouvant sur les routes de liaison entre l'Inde et la Chine, par la haute Birmanie et le Yunnan, par lesquelles est passé le bouddhisme du Grand Véhicule, que le royaume connaissait ce culte, peut-être mêlé de croyances aux génies, lesquelles demeurent aujourd'hui vivaces en Asie du Sud-Est.

Le royaume de Nantchao est, dans l'imaginaire des T'ay de Thaïlande, le premier des royaumes qu'ont fondés leurs ancêtres (les T'ay dits T'ay conquérants sont ceux qui ont établi des États, Thaïlande, Laos, etc.) : c'est à partir de ce royaume qu'est née la vision de la descente des T'ay vers le sud. Des études récentes, fondées sur les noms des rois qui nous sont parvenus à travers les textes chinois, montrent que, si quelques monarques ont pu effectivement appartenir à cette famille ethnique, les peuples du Nantchao étaient soit de [...]

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Écrit par :

  • : professeur des Universités de langues et littératures thaï à l'Institut national des langues et civilisations orientales

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Pour citer l’article

Gilles DELOUCHE, « NANTCHAO ou NANZHAO », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nantchao-nanzhao/