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MUSICALES (TRADITIONS) Musiques d'inspiration chinoise

Mises au point

La hauteur absolue et le diapason

Plusieurs musiciens orientaux croient qu'il est de bon ton d'accorder leurs instruments d'après le diapason occidental et certains avouent avec gêne qu'en Extrême-Orient il n'existe pas de diapason. Ils confondent le diapason avec la notion de hauteur absolue.

Jacques Chailley, dans son cours Formation et transformations du langage musical (Sorbonne, 1954) et dans son ouvrage La Musique et le signe, a repris à propos du « diapason » la légende sur la création des douze sons étalons chez les anciens Chinois : Ling Lun, un maître de musique envoyé par l'empereur mythique Huangdi (2697 ?-2597 ? avant notre ère) au pays de Tai Ha, y trouva des bambous à section uniforme. Le son donné par une tige coupée entre deux nœuds correspondait au murmure du fleuve Jaune, le Huanghe ; il fut pris comme son fondamental, le huang zhong (la « cloche jaune »). Sur un arbre se posèrent deux phénix : le mâle chanta six notes, la femelle fit de même. Ling Lun coupa onze autres tiges pour fixer les hauteurs de ces douze sons. Ces tuyaux rapportés à l'empereur Huangdi donnaient les douze sons étalons, les (littéralement, les « lois »). Chailley les considère comme des « mesures de diapasonnage ». Par la suite, des théoriciens ont établi des règles pour déterminer la longueur du tuyau donnant le son fondamental, le huang zhong. Selon une théorie de Zai Yunding (xiie s.), rapportée par Maurice Courant, les nombres impairs 1, 3, 5, 7, 9 correspondent au principe mâle (le yang) et 9 est la perfection du yang ; 9 × 9 = 81 : on prend donc 81 grains de millet (panicum miliaceum) de taille moyenne et on les met les uns à côté des autres, la largeur de chaque grain étant une ligne ; 81 grains = 81 lignes : c'est la longueur du tuyau donnant le huang zhong. Le prince Zhu Zaiyu a réexaminé cette question. Plusieurs musicologues chinois et occidentaux ont refait les expériences mentionnées dans les traités chinois sur le huang zhong et on a trouvé que la hauteur absolue de celui-ci pourrait correspondre au fa3 (V.C. Mahillon) ou au mi3 (M. Courant), ou être voisine du mi3 (325 Hz, à la température de 20,5 0C sous la pression atmosphérique de 764 mm de mercure) selon Zhuang Benli. Le diapason occidental fut une invention de 1859. Les Chinois ont essayé de fixer le leur dès la plus haute antiquité.

À l'heure actuelle, la hauteur absolue est encore prise en considération en Corée dans la musique du temple de Confucius, au Japon dans la musique de cour (gagaku) et dans le chant bouddhique (shōmyō).

Échelle pentatonique ou gamme dite « chinoise »

Non seulement l'échelle à cinq sons n'est pas spécifiquement chinoise (on la rencontre en effet dans le monde entier), mais il existe non pas une échelle pentatonique, mais plusieurs. En parlant d'échelle pentatonique, on pense surtout aux deux aspects suivants :

ces aspects correspondent aux deux principaux types d'échelles gong et zhi (Chine), ryō et ritsu (Japon). La musique chinoise de tradition savante connaît cinq aspects différents d'échelle pentatonique :

(les notes du système occidental sont prises ici indépendamment de leur hauteur absolue ; les notes de l'échelle gong peuvent être : do ré mi sol la, ou fa sol la# do ré, ou sol la si ré mi).

Les deux principales échelles pentatoniques en Corée sont :

Au Japon, en dehors des échelles ryō et ritsu mentionnées plus haut, il existe d'autres échelles pentatoniques avec des demi-tons, comme l'échelle in : Do Ré Fa Sol Si do – do La Sol Fa Ré Do (on notera que l'échelle descendante est légèrement différente de l'échelle ascendante). Il existe également les différents aspects de l'échelle pentatonique connus dans la musique chinoise.

En Mongolie, l'aspect le plus courant est : [...]

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Écrit par

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., président et directeur des études du Centre des études de musique orientale

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Échelle pentatonique

Échelle pentatonique

Échelle heptatonique

Échelle heptatonique

Échelle pentatonique avec deux degrés auxiliaires

Échelle pentatonique avec deux degrés auxiliaires

Autres références

  • ALCHIMIE

    • Écrit par René ALLEAU, Universalis
    • 13 642 mots
    • 2 médias
    Les rapports entre la métallurgie et la musique sont mentionnés déjà par Strabon, par Solin et par Plutarque. Selon Aristide Quintilien, la musique désigne, en général, « ce qui régit et coordonne tout ce que la nature enferme dans son sein ». Ptolémée, dans ses Harmoniques, assimile les...
  • BACHIR MOUNIR (1930-1997)

    • Écrit par Éliane AZOULAY
    • 515 mots

    Irakien né à Mossoul d'une mère kurde et d'un père syriaque orthodoxe, Mounir (ou Munir) Bachir a été surnommé l'« émir du oud ». Au côté de son père, Abdel-Aziz Bachir, luthiste et chanteur réputé, il se familiarise avec les diverses facettes de la tradition irakienne, où se mêlent influences syriaques,...

  • BEBEY FRANCIS (1929-2001)

    • Écrit par Universalis
    • 242 mots

    Auteur-compositeur, écrivain, poète, chanteur et guitariste camerounais. En 1950, il vient étudier à Paris et joue avec son compatriote Manu Dibango. Il étudie ensuite le journalisme aux États-Unis puis regagne la France, où il entre comme reporter à la Sorafom (Société de radiodiffusion de la France...

  • BERIO LUCIANO

    • Écrit par Juliette GARRIGUES
    • 4 826 mots
    ...extra-européennes. Il s'est en fait intéressé aux expressions et aux techniques populaires qui lui ont permis d'embrasser des mondes apparemment hétérogènes : les folklores sicilien et serbo-croate, les chants arméniens, les polyphonies pygmées... À l'instar de Bartók ou de Stravinski, Berio a réussi à intégrer...
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Voir aussi