THEODORÁKIS MÍKIS (1925-2021)

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On doit à Míkis Theodorákis, compositeur et musicien grec, une œuvre foisonnante qui fit connaître la musique et la poésie de son pays à travers le monde. Cet homme engagé ‒ un engagement qu’il paya jusque dans sa chair ‒ fut également un symbole de la résistance et une des grandes figures de la démocratie grecque.

Míkis Theodorákis naît le 29 juillet 1925 sur l’île de Chios, à quelques kilomètres des côtes turques, d’un père crétois, fonctionnaire au ministère de l’Intérieur, et d’une mère réfugiée originaire d’Asie Mineure. Au gré des nominations de son père, le jeune garçon passe son enfance dans les villes de Ioannina (1932-1935), Argostóli (1935-1937), Patras, Pyrgos puis Tripolis (1937-1939). C’est à Patras, à l’âge de douze ans, qu’il commence à composer.

En mai 1941, la Grèce est occupée par les armées germano-italo-bulgares. Le jeune Míkis est arrêté par les Italiens à deux reprises pour faits de résistance, en mars 1942 et à l’été 1943. Il s’installe ensuite à Athènes et entre au conservatoire. Il rejoint l’Organisation panhellénique unie des jeunes (EPON), puis le Parti communiste de Grèce (KKE) ainsi que l’Armée populaire de libération grecque (ELAS). En 1945 et 1946, il est blessé lors de manifestations contre la restauration monarchiste. Alors que la guerre civile reprend, il est arrêté en juillet 1947, déporté à Psitalia, puis sur l’île d’Ikaria, d’où il sera libéré le 7 septembre de la même année. Le Parti communiste devenu interdit, Míkis Theodorákis entre dans la clandestinité. Il est de nouveau arrêté à l’été 1948, déporté à Ikaria et, quelques mois plus tard, dans l’île-bagne de Makronissos où il est torturé et laissé pour mort à plusieurs reprises. Il sera libéré et soigné durant le printemps 1949. L’année suivante, alors qu’il est tenu de faire son service militaire, il réussit son examen du Conservatoire d’Athènes. À la même époque, il compose Assi Gonia (1947) ainsi que plusieurs œuvres en hommage à ses camarades morts telles que Première Symphonie (1953).

Libéré de ses obligations militaires à l’été 1952, Míkis Theodorákis épouse Myrto Altinoglou dont il aura deux enfants. En 1954, il entre au Conservatoire de Paris où il suit les cours d’Eugène Bigot et d’Olivier Messiaen. Il vit dans la capitale française jusqu’en 1960 et se consacre à la musique de chambre (Suite n°1 pour piano et orchestre en 1957), à la musique de ballet (Antigone, dont la représentation en 1959 au Covent Garden de Londres est un triomphe), tout en commençant à composer pour le cinéma (Honeymoon, 1959, de Michael Powell) et la chanson (« Epitaphios », notamment interprétée par Nana Mouskouri). La famille Theodorákis rentre ensuite en Grèce. Devenu une sorte de modèle pour la jeunesse de son pays, Theodorákis veut créer une nouvelle musique grecque qui soit ancrée dans la tradition et destinée à tous. À partir de 1960, il ajoutera à ses orchestres symphoniques des instruments folkloriques grecs avec des voix, dont la sienne. Il mettra en musique les poèmes de ses compatriotes Odysseus Elytis (Axion Esti), Angelos Sikélianós, Georges Séféris et Yannis Ritsos, mais aussi ceux de Pablo Neruda et Federico García Lorca.

L’art de Míkis Theodorákis va de pair avec son engagement. En 1963, il cofonde les Jeunesses Lambrakis, du nom du député de gauche qui vient d’être assassiné par le pouvoir à Salonique. Cet événement inspirera le scénario de Z, film de Costa-Gavras sorti en 1969, et dont Theodorákis composera la musique. En 1964, alors qu’il est élu député de la Gauche démocratique unifiée (EDA), parti regroupant des communistes et des socialistes, le compositeur signe la musique du film Zorba le Grec de Michael Cacoyannis, d’après le roman de Níkos Kazantzáki. Les images d’Anthony Quinn dansant le sirtaki font le tour du monde.

Après le coup d’État des colonels du 21 avril 1967, Míkis Theodorákis entre à nouveau dans la clandestinité jusqu’au jour de son arrestation le 21 août de la même année. Il faisait partie des dirigeants fondateurs d’un groupe de résistants, le « Front patriotique ». Grâce à sa notoriété à l’étranger et le soutien de personnalités telles que Dmitri Chostakovitch, [...]

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Écrit par :

  • : docteur en histoire du xxe siècle de l'Institut d'études politiques, Paris, journaliste, membre du comité de rédaction de la revue Confluences Méditerranée

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Christophe CHICLET, « THEODORÁKIS MÍKIS - (1925-2021) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mikis-theodorakis/