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MESURES, économie

En tant que discipline intellectuelle susceptible de donner naissance à un corps théorique, l'économie fait l'objet de définitions variées. Ces définitions, et les développements qui en résultent, ont au moins en commun la nécessité d'observer – pour en proposer une interprétation rationnelle – un certain nombre de phénomènes sociaux. L'observation peut être, dans certains cas, purement qualitative, par exemple : « Les prévisions économiques des entreprises sont-elles plus optimistes ou plus pessimistes ce trimestre que le trimestre précédent ? » ou bien : « Tel pays est-il économiquement plus, ou moins, avancé que tel autre ? » En fait, l'approche qualitative demeure limitée, l'enrichissement de l'observation économique passe par une mesure des phénomènes, en ce sens qu'on cherche à les traduire par des chiffres, à les quantifier.

En s'efforçant de quantifier des phénomènes liés au fonctionnement des sociétés humaines, on pose en même temps, de façon particulièrement aiguë, le problème de la neutralité de la mesure. La diversité, qui peut aller jusqu'à l'incompatibilité des théories économiques existantes, est une première raison de douter a priori de cette neutralité ; de même qu'en physique il est bon d'accompagner le résultat d'une mesure de la description des conditions dans lesquelles elle a été faite, il est hautement souhaitable de chercher systématiquement à expliciter les hypothèses sous-jacentes à toute mesure économique, même si elles paraissent relever du simple bon sens et sont très largement acceptées par la collectivité des utilisateurs des résultats.

Les mesures, en économie, prennent des formes variées : niveaux absolus, proportions ou structures à un instant donné ou indices d'évolution au cours du temps. De même, les unités de mesure peuvent être assez diverses selon ce qu'on veut observer et la logique théorique qui préside à cette observation. Certes, dans nos sociétés dominées largement par l'échange marchand, les mesures en unités monétaires occupent la première place. Elles ne sont cependant ni les seules possibles ni les meilleures dans tous les cas ; des mesures en équivalents énergétiques, ou bien des mesures en équivalent-travail, peuvent, par exemple, être mieux adaptées à la mise en évidence de certains phénomènes économiques.

La nécessité de quantifier

La question de la légitimité d'une « mesure », c'est-à-dire d'une expression des phénomènes économiques par des chiffres, peut sembler exagérément naïve. Qui, aujourd'hui, ne considère peu ou prou les économistes comme des hommes de chiffres ? Il n'est pas moins évident que les différentes théories économiques, même les plus contradictoires, ont au moins en commun de postuler la mesurabilité des phénomènes qu'elles cherchent à expliquer.

Pourtant, on ne doit pas oublier que l'économie a l'ambition de décrire et d'expliquer toute une partie du fonctionnement des sociétés humaines ; de ce fait, l'homme est au centre de la réflexion économique, l'homme avec toutes ses aspirations plus ou moins bien révélées, l'homme à la fois objet et sujet de cette démarche. Or les aspirations de l'homme, son comportement social ne sont pas toujours aisément réductibles à des chiffres, que l'on se place au niveau de l'individu et de sa perception de l'environnement économique ou qu'on observe des groupes (plus ou moins larges) de personnes.

Cette opposition, voire cette apparence de contradiction, entre les buts et les moyens ne doit évidemment pas être poussée trop loin. On peut à ce stade suggérer deux types de réponses. D'un point de vue historique, les diverses théories économiques sont nées et se sont développées à des époques où toutes les sociétés[...]

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École polytechnique, administrateur de l'I.N.S.E.E., chef de la division des concepts et définitions statistiques et comptables de l'I.N.S.E.E.
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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