AMIS MARTIN (1949- )

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Fils du romancier Kingsley Amis, le Britannique Martin Amis est né le 25 août 1949 à Oxford, quatre jours avant le premier essai nucléaire soviétique inaugurant un monde nouveau, celui de la dissuasion, qui se désintègre dans sa fiction en un univers sans pitié pour l'homme (Les Monstres d'Einstein, 1984). Il se fait très tôt connaître grâce au Dossier Rachel (1973), roman largement autobiographique qui met en scène une jeunesse désemparée et dorée dans le Londres des années 1970, et qui lui vaut, dix-neuf ans après le fameux Jim-la-chance de son père, le prix Somerset-Maugham. Suivent une dizaine de récits : Dead Babies (1975), Success (1978), D'autres gens (1981), Money, Money (1984), London Fields (1989), L'Information (1995), Train de nuit (1997), Chien jaune (2003), La Maison des rencontres (2006) et La Veuve enceinte (2010). Une production diversifiée qui emprunte aux formats de la nouvelle, de la saga, du thriller ou encore de la satire (Lionel Asbo, l’état de l’Angleterre, 2012), et qui se double par ailleurs d'une floraison de chroniques publiées en revues (notamment le New Statesman, l'Observer, Vogue, Esquire), avant d’être regroupées en volumes : The Moronic Inferno (1986) et Visiting Mrs. Nabokov (1993), où Graham Greene figure au coude à coude avec, entre autres, Gabriella Sabatini, John Lennon, George Bush et Dan Quayle... Martin Amis a également publié le très autobiographique Expérience (2000), où il évoque notamment ses relations avec son père, l’écrivain Kingsley Amis.

Ce sont les mêmes qualités de satiriste aguerri et de styliste accompli que Martin Amis déploie de livre en livre. Implose notre époque, en butte à tout un arsenal de piques où l'humour et l'ironie sauvent de n'être que pur tour de force littéraire la gageure narrative que représente, par exemple, l'écriture à rebrousse-poil inversant le cours des événements dans La Flèche du temps (1991). Il y en a pour tous les goûts et tous les niveaux de lecture dans ces pages souvent nombreuses et toujours nerveuses : de quoi combler l'amateur d'histoires bien ficelées au risque de choquer certaines consciences bien intentionnées de l'ère postmoderne, de quoi surprendre au détour d'un chapitre le coureur de mystères sans lui livrer à la fin la clé de toutes les énigmes, de quoi éblouir l'admirateur des plumes brillantes et décaper l'habitué des visions au vitriol. Disciple autoproclamé de Vladimir Nabokov et de Saul Bellow (qui salue en retour son talent), maître de la nouvelle génération des Will Self et autres Tibor Fischer, Martin Amis respire l'air du temps et l'exhale en volutes tour à tour acides et allègres, en tableaux dévastateurs, en récits désabusés, en notations désinvoltes qui explorent tous les rythmes, tous les registres de la langue, sans que jamais il ne s'autorise d'autres concessions qu'à la célébrité ni d'autres compromis qu'avec les médias.

Le montant inégalé de l'à-valoir qu'il a perçu pour L'Information a propulsé Martin Amis à l'avant-scène de l'actualité littéraire et en première page des tabloïds d'outre-Manche, l'auréolant d'abord d'un succès de scandale avant que le livre ne remporte un éclatant succès de librairie. Le romancier y dissèque le petit monde de l'édition et fait se déchirer, entre Londres et l'Amérique, les beaux quartiers d'une noblesse déchue et les bas-fonds de gangs en mal de reconnaissance, deux romanciers dits confrères, l'un fat et insipide, l'autre ambitieux et raté. Les passions les plus (auto-)destructrices se font mesquines à mesure qu'elles se trouvent placées dans la perspective des lointaines galaxies et que, après les échappées belles de l'astrophysique dans London Fields, autre grand succès critique et populaire, la comédie cruelle a l'arrogance de se mesurer à l'universel et d’y faire résonner au moins un écho du rire fracassant des hommes.

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  • : agrégé de l'Université, maître de conférences à l'université de Caen

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Pour citer l’article

Frédéric MAURIN, « AMIS MARTIN (1949- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/martin-amis/