CAETANO MARCELO (1906-1980)

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Né à Lisbonne dans une famille aux ressources très modestes (son père était instituteur), Marcelo Caetano est un élève brillant ; il s'inscrit à la faculté de droit, mais est obligé de travailler comme journaliste dans la presse catholique. Jeune rédacteur des journaux A Epoca et A Voz, Marcelo Caetano aide à préparer idéologiquement le putsch du 28 mai 1926, dont l'ambiguïté initiale, due à la présence de quelques républicains historiques, est vite dissipée par l'instauration de la dictature militaire. Ce fut dans la première phase de la dictature que Marcelo Caetano lança la revue Ordem nova (Ordre nouveau) dont la couverture résumait agressivement le projet tout en définissant son parcours futur : la revue est « antimoderne, antilibérale, antidémocratique, antibourgeoise et antibolcheviste » ; elle est aussi « contre-révolutionnaire, réactionnaire, catholique, apostolique et romaine ; monarchiste, intolérante et intransigeante » de plus, elle est « non solidaire des écrivains, des journalistes ou tous autres professionnels des lettres, des arts et de la presse ».

Marcelo Caetano songe aussi à organiser une milice armée (la Milicia lusitana), qui n'a pas pu avoir d'existence, les militaires s'y étant opposés. Licencié en droit dès 1927, issu de la petite bourgeoisie, il se marie avec une femme issue de la grande bourgeoisie républicaine. Il restera toute sa vie fidèle à des options petites-bourgeoises, même lorsqu'il sera étroitement associé au pouvoir. La carrière universitaire de Marcelo Caetano a été fulgurante : premier docteur portugais en sciences politico-économiques, il ne tarde pas à devenir un spécialiste du droit administratif. Il est ainsi contraint de mener une triple carrière : celle d'avocat spécialisé dans le droit administratif, celle de professeur de droit, et enfin celle d'homme politique, défenseur d'un État fort et corporatiste, dont le modèle mussolinien et maurrassien sera aussi celui d'Oliveira Salazar. Sa carrière politique officielle débute par la fonction de commissaire national de la Jeunesse portugaise (Mocidade portuguesa) de 1940 à 1944, époque où l'endoctrinement des générations parvenues à l'âge scolaire s'imposait comme la tâche essentielle de la politique interne. Par une transition presque naturelle, Marcelo Caetano devient ministre des Colonies (qui se transformeront plus tard, sous la pression de la guerre coloniale, en « territoires d'outre-mer ») de 1944 à 1947, soutenant sans hésitation la rationalisation de l'exploitation coloniale, indispensable au développement du Portugal européen. Le théoricien du fascisme à la portugaise n'a pas de difficulté à « prouver » que les Africains doivent être civilisés dans et par le travail forcé, vu leur incapacité à assumer les projets économiques intéressant directement le Portugal. Pour Marcelo Caetano, l'infériorité génétique des Africains ne fait pas de doute et les colons portugais ont donc la dure mission de les « civiliser ».

Abandonnant la gestion des affaires coloniales, Marcelo Caetano assure, pendant deux ans (1948-1949), la présidence de l'Union nationale (U.N.), le parti unique du régime salazariste, qui ne peut être comparé à aucun autre parti des régimes fascistes : il ne s'agit pas d'un parti populaire, d'un parti de masses, mais plutôt d'un parti de notables, dans le droit fil de l'exaltation élitiste commune à Salazar et à Caetano. De 1949 à 1955, Marcelo Caetano est le président de la Chambre corporative (Câmara corporativa), fer de lance du corporatisme de type mussolinien, avant de devenir ministre de la Présidence, poste qu'il occupe de 1955 à 1958. Démissionnaire, Marcelo Caetano apparaît toutefois comme le dauphin de Salazar, image qu'il entretient dans l'opinion portugaise, même si celle-ci est un moment troublée par la brusque apparition d'Adriano Moreira sur la scène politique.

Son origine petite-bourgeoise, tempérée par une brillante carrière de professeur de droit, offre quelque symétrie avec celle du professeur Salazar. Cette position de dauphin se trouve brusquement confortée par une étiquette de « libéral », acquise lorsque, recteur de l'université classique de Lisbonne, il démissionne en 1962 pour protester contre la trop vigoureuse intervention des forces de police contre les étudiants en grève, tant à [...]

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Alfredo MARGARIDO, « CAETANO MARCELO - (1906-1980) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marcelo-caetano/