MURET MARC-ANTOINE (1526-1585)

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Humaniste français, fils d'un juriste, Marc-Antoine Muret commence en province — selon un itinéraire encore mal connu — une brillante carrière de professeur. Parmi ses élèves figure Montaigne au collège de Guyenne. Le voici ensuite à Paris, au collège de Boncourt, et il contribue de 1551 à 1553 à révéler les textes anciens à Rémi Belleau ou Étienne Jodelle. En 1554, une accusation de sodomie le contraint à s'exiler en Italie, à Venise, où il fréquente l'éditeur Paul Manuce, à Padoue et à Ferrare. Rattaché à l'université de Rome à partir de 1563, il s'efforce d'y maintenir l'enseignement du grec, et pratique l'explication comparative des auteurs grecs et romains. Il enseigne aussi le droit, selon la méthode française de Cujas. Muret aime son métier, malgré l'indiscipline de ses élèves. Il est également l'orateur officiel des rois de France auprès des papes. Ce savant consulté de tous les points de l'Europe est fait citoyen romain. Il finit sa vie dans les ordres, sans cesser d'enseigner.

Muret est d'abord un philologue, qui a laissé des éditions de Catulle, d'Horace, de Térence, de Tibulle, et des commentaires de textes philosophiques, par exemple la République de Platon et certains traités de Cicéron. Ses Variae lectiones constituent un énorme labeur, même si l'annotation est parfois un peu rapide et superficielle, et elles passent de huit volumes dans l'édition de 1559 à vingt dans celle de 1580. Cette production érudite révèle les deux pôles de sa réflexion, la rhétorique et la philosophie. Cette union du beau langage et de la quête intellectuelle est encore un grand thème de ses nombreux discours, qui en fait sont souvent des leçons inaugurales. Muret y pose différents problèmes littéraires, manifestant ainsi son goût pour des spéculations plus théoriques, même si l'établissement des textes anciens lui apparaît comme la partie noble de son travail, dont il n'hésite pas à faire l'éloge.

Mais pour Muret la poésie n'est pas seulement matière à enseignement. Le recueil des Juvenilia (1553) se place sous le signe de la diversité. Des poèmes légers et voluptueux y voisinent avec une tragédie latine, Julius Caesar, dont la composition est antérieure, et qui est la première pièce de théâtre sur ce sujet au xvie siècle. Certains textes des Juvenilia sont adressés aux écrivains de la Pléiade, et l'intérêt de Muret pour la nouvelle école poétique est encore attesté par son commentaire français des Amours de Ronsard. Publiées en 1553 dans la seconde édition des Amours, ces notes savantes précisent les sources et élucident les allusions mythologiques, facilitant ainsi l'accès à une œuvre obscure. Quant aux Poemata varia (1575), qui contiennent surtout des éloges de saints, ils révèlent l'évolution de Muret vers une inspiration plus religieuse. Destinée à son neveu, l'Institutio puerilis (1578) manifeste quels rapports constants existent entre sa profession et la création poétique.

Muret a eu les mérites du philologue, car il a aidé des générations d'élèves à aborder des textes aussi ardus que l'Éthique et la Politique d'Aristote, les œuvres de Sénèque, les Annales de Tacite. Ses dons et son rayonnement personnel lui ont permis d'être un initiateur, et c'est à ce titre que ses talents ont été célébrés dès 1553 par les poètes de la Pléiade, par Dorat et par Ronsard, qui lui dédie sa traduction de quelques épigrammes grecques dans le Livret de Folastries. Muret avait consciemment collaboré à leur entreprise, comme le prouve la Préface latine de ses Juvenilia, éloge de leur commune tentative pour illustrer notre pays par l'imitation des Anciens.

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  • Gilbert GADOFFRE
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Françoise JOUKOVSKY, « MURET MARC-ANTOINE - (1526-1585) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marc-antoine-muret/