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ECKHART MAÎTRE (1260 env.-env. 1327)

Maître Eckhart occupe une place à part par les problèmes qu'il soulève, par les discussions qu'il a provoquées, par les interprétations auxquelles il a donné lieu, qui lui ont valu d'être rattaché tour à tour à l'idéalisme hégélien ou au racisme pangermanique, cependant que d'éminents théologiens, spécialement des dominicains comme lui, le présen-taient comme un pur thomiste. Comment un seul personnage et une seule œuvre ont-ils pu conduire des spécialistes à d'aussi totales contradictions ? La raison en est sans doute que l'œuvre d'Eckhart représente, dans l'histoire de la spiritualité chrétienne, une synthèse d'éléments apparemment hétérogènes. Certes, les plus récents travaux ont montré que sa métaphysique, tout imprégnée de platonisme, n'est pas d'une absolue nouveauté : Albert le Grand et Thierry de Freiberg sont ses immédiats prédécesseurs. Ils lui ont ouvert les voies, mais aucun n'a tenté de conduire sa métaphysique jusqu'au système mystique et à l'enseignement spirituel, de la traduire en langue vulgaire pour des auditeurs avides d'en tirer une spiritualité, alors que Maître Eckhart l'a fait en des sermons allemands où l'audace paradoxale des formules s'efforce de relier l'expérience intérieure aux constructions savantes des philosophes. Les difficultés auxquelles il s'est heurté et le soupçon d'hétérodoxie qui a atteint son œuvre expliquent la passion avec laquelle l'époque moderne redécouvre Maître Eckhart, chez qui elle retrouve quelques-unes de ses orientations.

Un dominicain, cible de l'Inquisition

Né à Hochheim, en Thuringe, d'une famille de petite noblesse, Eckhart entra, vers 1275, chez les dominicains d'Erfurt et fut envoyé comme étudiant à Cologne. Sa formation théologique se fit dans une atmosphère imprégnée de la tradition platonicienne qui remontait à Albert le Grand, dont il fut peut-être l'élève. Vers 1293, on le retrouve lecteur au couvent Saint-Jacques à Paris. À une date antérieure à 1298, il est nommé prieur d'Erfurt et vicaire provincial de la province de Thuringe. Vers 1300, il enseigne de nouveau à Paris et commence à polémiquer contre les idées du franciscain Duns Scot. Vraisemblablement expulsé de France en juillet 1303 avec les autres religieux qui avaient refusé d'adhérer à l'acte d'appel au concile de Philippe le Bel, il rentre en Allemagne. Nommé, au début de 1304, provincial de la nouvelle province de Saxe, il assiste à ce titre, en 1307, au chapitre général de Strasbourg, où on lui confie en outre la charge de vicaire général pour la province de Bohême. Le chapitre de Plaisance (1311) ayant décidé une rénovation des études dans l'ordre dominicain, Eckhart est envoyé une troisième fois à Paris, où il se consacre très probablement aux commentaires de l'Écriture. En 1314, on le retrouve à Strasbourg, où il assume la direction du studium dominicain et se livre à un intense ministère de prédication et de direction dans de nombreux couvents de moniales dominicaines. Vers 1324, il revient à Cologne, où il préside au studium generale et continue son enseignement parmi les religieuses, dominicaines et autres. Peu après, il se heurte à l'archevêque de Cologne, Henri de Virnebourg, qui, hostile aux Dominicains, favorise ouvertement les Franciscains. Dès la fin de 1325 se manifestent des suspicions sur son orthodoxie, et Eckhart doit composer une première apologie de sa doctrine. Il est cependant énergiquement défendu par le visiteur pontifical Nicolas de Strasbourg, dominicain et théologien de grande réputation. L'archevêque de Cologne confie alors l'affaire à deux inquisiteurs visiblement peu impartiaux, l'un dominicain et l'autre chanoine de la cathédrale. Au cours de l'été 1326, ces derniers déposent une première liste de[...]

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Écrit par

  • : professeur à l'Institut catholique de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ANALOGIE

    • Écrit par Pierre DELATTRE, Universalis, Alain de LIBERA
    • 10 427 mots
    Poursuivie chez Ulrich de Strasbourg (1260 env.), la doctrine théologique de l'analogie a été abandonnée chez Maître Eckhart au prix d'une formulation nouvelle de la théorie de la grâce visant à résorber la théologie de l'assimilation intellectuelle dans une théologie de l'unité originaire de l'incréé...
  • SUSO (entre 1296 et 1302-1366)

    • Écrit par Maurice de GANDILLAC
    • 1 324 mots
    ...couvent dominicain de Constance ; après cinq années de noviciat, il se voue en chevalier spirituel à la « divine Sagesse » et s'astreint à des austérités. En 1320, ou un peu plus tard, il suit à Cologne l'enseignement spirituel d'Eckhart, qui le marque profondément. Mais, au lieu de viser le titre de docteur...
  • TAULER JOHANN (1300 env.-1361)

    • Écrit par Maurice de GANDILLAC
    • 1 302 mots

    Comme Suso et dans le même milieu que lui, les couvents et les paroisses citadines de Rhénanie, Tauler fut avant tout prédicateur et directeur de conscience. Avec Suso, il fut l'un des plus célèbres disciples et continuateurs de Maître Eckhart. Néanmoins, estimé de Luther, Tauler échappera...

Voir aussi