DARWICH MAHMOUD (1941-2008)

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Poète palestinien, Mahmoud Darwich est né en 1941 à al-Birwa en Galilée. À la suite de la création de l'État d'Israël en 1948, sa famille quitte la Galilée pour le Liban. Un an plus tard, elle y retourne clandestinement et découvre que son village a été rasé. Elle s'installe alors à Dayr al-Asad, où l'enfant Mahmoud commence des études qu'il poursuit à Jdaydé avant de s'installer à Haïfa. Militant dès son plus jeune âge, il adhère en 1961 au parti communiste israélien Rakah. Incarcéré à cinq reprises entre 1961 et 1967 et assigné à résidence à Haïfa, il choisit l'exil en 1970.

Une poésie de l'exil

La découverte de l'Autre, l'exil à l'intérieur d'un pays qui n'est plus le sien et l'engagement dans la vie politique marqueront profondément les premières œuvres de Mahmoud Darwich. Six recueils de facture lyrique imprégnés d'un romantisme prononcé vont d'abord l'imposer comme poète révolutionnaire et chantre de la résistance. La bien-aimée, nommée Rita dans La Fin de la nuit (1967) et Les oiseaux meurent en Galilée (1970), la mère et la terre-patrie dans les recueils Feuilles d'oliviers (1964), Amoureux de Palestine (1966) et Ma bien-aimée se réveille (1970) sont souvent savamment fusionnées. Loin de toute référence idéologique, la résistance se nourrit ici des images puisées dans la vie quotidienne. Conscient de son rôle de poète, Darwich prône une écriture largement accessible. Cependant la large diffusion de certains textes, en raison de leur engagement national, alarma l'écrivain, qui redouta de perdre la maîtrise de son image.

En 1970, Mahmoud Darwich part à Moscou étudier l'économie politique. Il se rend un an plus tard au Caire qu'il quitte aussitôt pour Beyrouth. Rédacteur dans les journaux et magazines arabes comme al-Ittihād, al-Jadīd et al-Fajr avant son exil, il poursuit son activité de journaliste au Caire dans al-Ahram et à Beyrouth où il collabore au mensuel Affaires palestiniennes. Il travaille également comme rédacteur en chef au Centre de recherche palestinien de l'O.L.P., et fonde en 1981 la revue al-Karmil qu'il dirigera jusqu'à sa mort. Forcé de quitter Beyrouth en 1982 après l'invasion israélienne, il repart en exil : Le Caire, Tunis, Paris où il s'installe. En 1987, il rejoint l'O.L.P. qu'il quitte en 1993 à la suite des accords d'Oslo, et retourne en 1995 à Ramallah en Cisjordanie.

À partir de 1970, Mahmoud Darwich intègre pleinement le mouvement culturel arabe et y trouve un espace à la mesure de ses ambitions. Deux motivations animent alors sa vision poétique : la première s'inscrit dans la continuité d'un lyrisme de plus en plus collectif, voire universel, la seconde se fonde sur la rupture. Darwich, voulant se défaire de l'étiquette de « poète de la résistance », multiplie les expérimentations. Son objectif est alors davantage la recherche d'une perfection esthétique que le reniement d'une production antérieure. Ce projet poétique innovateur débute avec Je t'aime ou je ne t'aime pas (1972) et Telle est son image et voici le suicide de l'amant (1975) où une nouvelle architecture du poème est mise en œuvre.

La guerre libanaise déclenchée en 1975 et le départ de l'O.L.P. de Beyrouth en 1982 vont réanimer le sentiment de l'exil et constituer l'arrière-plan d'une poésie associant lyrisme et épopée. Le recueil Noces (1977) confère à la tragédie palestinienne sa dimension arabe et humaine. Le départ en bateau de Beyrouth, sous la pression des Israéliens, fut une blessure à l'origine de plusieurs poèmes et recueils. Éloge de l'ombre haute (1983) est un adieu au Liban et aux Libanais. Dans le recueil Siège des louanges de la mer (1984), la « mer » est une métaphore reprenant le thème de l'exode. Désormais Beyrouth, synonyme de blessure et lieu d'amour, hantera l'univers du poète.

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Écrit par :

  • : professeur de littérature arabe moderne à l'Institut national des langues et civilisations orientales

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Sobhi BOUSTANI, « DARWICH MAHMOUD - (1941-2008) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mahmoud-darwich/