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MADURA, Inde

Le voile de légendes qui recouvre les origines de la ville de Madura (en tamoul : Maturai), située à l'extrême sud de la péninsule du Dekkan (Inde), ne permet pas de douter de sa haute antiquité ni de celle de la maison Pāṇḍya associée à sa gloire. Il y a des milliers d'années, dit-on, Madura s'élevait au bord de l'océan et était déjà le siège d'une académie littéraire, le Saṅgam, premier du nom ; mais les flots l'engloutirent, les poètes se transportèrent dans les terres et bien des siècles passèrent. Un jour, le roi Pāṇḍya fut avisé d'un prodige : près de la Vaikai, au cœur d'un bois de kadamba, arbres sacrés, le dieu Indra, dans l'espoir d'obtenir son pardon pour un crime dont il s'était rendu coupable, était venu se prosterner devant Śiva apparu sous la forme symbolique du liṅga. Le roi décida de bâtir en ce lieu privilégié un temple autour duquel serait édifiée la nouvelle capitale du royaume : ainsi fut fondé le noyau de l'actuelle Madura.

La Madura des Pāṇḍya

C'est à Madura que s'établit le troisième Saṅgam, dont l'historicité est certaine et qui prit fin au iiie ou au ive siècle de l'ère chrétienne, après avoir doté la littérature tamoule d'un cycle de poèmes profanes de très haute qualité. Là aussi s'incarna Taṭākai, plus connue sous le nom de Mīnākṣī, la belle « aux yeux de poisson », née du feu du sacrifice qu'un roi offrit à Śiva pour avoir la descendance qui lui avait été refusée jusqu'alors. À la mort du souverain, Mīnākṣī monta sur le trône et soumit par les armes tous les princes des alentours ; son ardeur belliqueuse s'éteignit soudain quand parut celui qui devait la subjuguer : le beau Sundareśvara-Śiva. Le mariage fut célébré et dès lors le couple divin veilla à la prospérité du royaume. Chaque année, une grande fête commémore cette union et attire des milliers de pèlerins. Madura fut le théâtre de plusieurs des « soixante-quatre jeux » auxquels se livra le dieu Śiva, l'Être suprême, daignant se mettre à la portée des hommes en vue de sauver ces dévots du mal et de l'erreur. Toutes ces données légendaires, éparses en des poèmes classiques ou systématiquement développées dans des textes de rédaction tardive, illustrent à merveille le climat religieux de l'Inde méridionale. L'héroïne guerrière représente dans la perspective shivaïte la Śakti, émanation active de Śiva, et son mariage avec le grand dieu l'assimilation d'un culte local par l'hindouisme.

D'un point de vue historique, maintes sources tant indiennes qu'européennes attestent l'ancienneté de l'État Pāṇḍya de Madura, depuis Mégasthène, l'émissaire de Séleucos Ier, auprès de Candragupta Maurya (fin ive s. av. J.-C.), jusqu'au Périple de la mer Érythrée et à Ptolémée (iie s. apr. J.-C.). Durant les siècles proches de l'ère chrétienne, les Pāṇḍya combattirent leurs rivaux et voisins – Cēra à l'ouest et Cōḷa au nord. Du viie au ixe siècle, ces trois dynasties durent compter avec la puissance grandissante des Pallava de Kāñcī ; mais quand ces derniers succombèrent face à des rois du Dekkan septentrional, les Cōḷa établirent leur hégémonie sur les provinces dravidiennes. Au xiie siècle, les Pāṇḍya recouvrèrent la souveraineté puis à leur tour ils dominèrent au Sud-Dekkan (fin du xiiie s.) ainsi que, momentanément, à Ceylan. Mais, au début du xive siècle, les musulmans envoyèrent vers le sud des expéditions qui furent fatales aux royaumes hindous ; celui des Pāṇḍya se morcela et Madura devint, pour quelques décennies, le siège d'un sultanat. Cependant, le jeune empire de Vijayanagar regroupait, à partir de 1336, les forces vives des États hindous démantelés et prenait la[...]

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Écrit par

  • : chargée de recherche au CNRS, chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • DRAVIDIENS STYLES

    • Écrit par Rita RÉGNIER
    • 821 mots

    Les mots sanskrits nāgara, vesara et drāviḍa, qui désignent dans les traités spécialisés des catégories de temples, sans toutefois s'accompagner de définitions précises, furent appliqués par J. Fergusson, un des pionniers de l'histoire de l'art de l'Inde, aux trois groupes de styles propres...

  • INDE (Arts et culture) - L'art

    • Écrit par Raïssa BRÉGEAT, Marie-Thérèse de MALLMANN, Rita RÉGNIER
    • 49 040 mots
    • 67 médias
    ...durent être rapportés en terre cuite pour éviter de compromettre dangereusement la solidité du bâtiment. On compte trois enceintes au grand temple de Madura, presque entièrement réalisé au xviie siècle, et les gopura extérieurs, aux arêtes légèrement concaves n'ont pas moins de 50 mètres de haut...

Voir aussi