MALAVARD LUCIEN (1910-1990)

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Né à Marseille le 7 octobre 1910, décédé le 2 mars 1990, Lucien Malavard était membre de l'Académie des sciences. Remarquable professeur et grand scientifique, il a marqué des générations d'élèves par sa passion pour les sciences de l'ingénieur et, notamment, pour l'aéronautique. Licencié ès sciences mathématiques (1930), ingénieur civil de 1'aéronautique (1934), docteur ès sciences physiques (1939), Lucien Malavard fut choisi comme assistant, dès 1931, par Joseph Pérès, qui lui confia la tâche d'exploiter la méthode des analogies électriques pour l'étude des champs aérodynamiques.

Il mena en parallèle des recherches sur l'aérodynamique théorique et appliquée, sur les méthodes de calcul analogiques et hybrides, et sur les moyens de calcul informatiques. Ses premiers travaux, commencés à l'Institut de mécanique des fluides de Marseille et poursuivis à l'Institut de mécanique à Paris jusqu'en 1940, conduisirent au premier calculateur d'aile d'envergure finie qui fut perfectionné ensuite et largement répandu.

Le calculateur d'aile fut officiellement adopté par le service technique de l'aéronautique et les sociétés de construction. Ainsi, en 1938, Lucien Malavard entretint avec les sociétés françaises et britanniques d'étroites relations qui s'affermirent durant la Seconde Guerre mondiale. Pendant les hostilités, hébergé dans le laboratoire de physique de l'École normale supérieure, il commença l'élaboration de tables numériques pour les calculs d'ailes.

À partir de 1946, maître de recherches au C.N.R.S., chef de la division aérodynamique puis adjoint scientifique central de l'O.N.E.R.A. (Office national d'études et de recherches aéronautiques), il poursuivit ses recherches au Centre de calcul analogique dans deux directions complémentaires : celle de l'aérodynamique (calculateur de surface portante, aile à jet, adaptation et optimisation des ailes, aile annulaire, aile déformable, aile marine, hélice marine phénomènes transsoniques, aile supersonique) et celle de recherches plus fondamentales effectuées au sein du C.N.R.S. (écoulement d'Oseen, élasticité, réseaux d'impédances, écoulements dans les milieux poreux, échanges thermiques).

En 1954, Lucien Malavard fut nommé professeur à la faculté des sciences de Paris. Dès lors, son rôle fut de susciter, d'orienter et de surveiller des recherches. C'est en 1966 qu'il analysa les possibilités d'association des deux méthodes de calcul – analogique et numérique –, dites méthodes hybrides. Cependant, il fut convaincu que le calcul purement analogique, voire hybride, devait rapidement céder le pas au calcul numérique, grâce à l'utilisation des ordinateurs de la nouvelle génération. Il sut ainsi reconvertir les activités du Centre de calcul analogique en créant, en 1970, le Laboratoire d'informatique pour la mécanique et les sciences de l'ingénieur (L.I.M.S.I.), rattaché au C.N.R.S. Il y joua un rôle décisif : parmi ses travaux, résolument novateurs et précurseurs, soulignons les études numériques sur les écoulements instationnaires (systèmes portants et propulsifs), sur l'aérodynamique du T.G.V., sur la synthèse et la reconnaissance de la parole, sur la simulation de l'électrogenèse cardiaque et sur l'informatique graphique (tablette graphique, logiciel de dessin assisté par ordinateur Euclid).

Malgré ses nombreuses obligations, Lucien Malavard assura sans faille ses cours à l'université de Paris. Il stimula et encouragea des recherches inédites sur des thèmes variés (aérodynamique des profils d'aile en mouvement périodique, diffusion de la lumière par la turbulence, écoulements de fluides non newtoniens, hydrothermodynamique de l'hélium superfluide). En tant que directeur des recherches et moyens d'essais au ministère de la Défense, il anima et coordonna, entre 1961 et 1965, les travaux de cet organisme nouvellement créé. De 1974 à 1976, il présida le conseil d'administration de l'O.N.E.R.A. et, à partir de 1985, le Haut Conseil scientifique. Il participa avec Joseph Pérès et Theodor von Karman, à la mise en place du groupe consultatif pour la recherche et le développement aéronautique (A.G.A.R.D.), dont il fut le délégué national à partir de 1962 et présida en 1968 et 1969 le comité consultatif de la recherche scientifique et technique (comité des sages). Homme de science de renommée mondiale, il contribua à orienter la recherche francaise et à établir les structures pour développer l'activité scientifique nationale, notamment en élaborant, avec Paul Germain en 1980, le rapport de l'Académie des sciences sur « Les Sciences mécaniques et l'avenir industriel de la France ».

En 1980, Lucien Malavard retrouva une passion pour la propulsion éolienne : il avait rêvé de remplacer le gréement classique d'un voilier par un cylindre, autour duquel l'écoulement du vent serait contrôlé par aspiration de la couche limite.

Avec Jacques-Yves Cousteau, il réalisa un prototype et décida d'équiper l'Alcyone qui, le 10 mai 1985, quitta la France pour traverser l'Atlantique en direction de New York. Il venait d'inventer la turbovoile qui devait équiper la Calypso-II.

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Écrit par :

  • : docteur ès sciences, professeur à l'université Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie
  • : docteur ès sciences, maître de conférences à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie

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  • Écrit par 
  • André MAURIC, 
  • Jean-Charles NAHON
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Dans le chapitre « La propulsion éolienne des grands navires »  : […] Lors des crises pétrolières des années 1970, les voilures non traditionnelles ont connu un certain succès. En effet, les grands navires à voiles envisagés pour économiser le pétrole requièrent des forces propulsives importantes, c'est-à-dire de très grandes surfaces de voilure, peu compatibles avec les problèmes d'encombrement, de manœuvre et d'équipage réduit, des grands navires de commerce. Sur […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Claude LELIEVRE, Roger ROUCOUS, « MALAVARD LUCIEN - (1910-1990) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lucien-malavard/