NEVELSON LOUISE (1900-1988)

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Avec Alexandre Calder et David Smith, Louise Nevelson est considérée comme l'une des instigatrices majeures de la sculpture moderne aux États-Unis. Partant des données du cubisme et de celles des ready-made de Marcel Duchamp, très fortement marquée par l'apport des cultures primitives, Louise Nevelson devait en effet jeter les bases d'un art singulier, où ses grands murs constitués de boîtes assemblées et superposées conjuguent austérité rigoureuse et entassement baroque, invitant le regardeur à aborder l'objet sculpté comme un élément d'un ordre cosmique beaucoup plus vaste dominé par l'ombre et la lumière.

Née à Kiev, l'artiste arrive aux États-Unis à l'âge de six ans. Son père, Isaac Berliawsky, s'installe à Rockland dans le Maine, et elle a raconté dans Aubes et crépuscules (1983) son enfance puis son adolescence dans cette petite ville austère contre laquelle elle réagira très vite. À seize ans, Louise Berliawsky a déjà décidé de sa vocation d'artiste ; elle réalise quelques aquarelles dans lesquelles elle fait preuve d'une grande acuité visuelle en détaillant de façon méticuleuse les différentes pièces de la maison de ses parents. C'est à Rockland qu'elle rencontre Charles Nevelson dont elle portera le nom, et c'est avec lui qu'elle s'installe à New York en 1920.

À New York, Louise Nevelson suit des cours d'art dramatique avec d'anciens collaborateurs de Max Reinhardt, travaille le chant avec une répétitrice du Metropolitan Opera et assiste aux débuts de Martha Graham avant de fréquenter l'Art Students League. Dès lors, rien de ce qui concerne la modernité ne semble échapper à cette femme hors du commun, assoiffée de vérité, qui souhaite intensément réussir sa vie et son œuvre. Au Museum of Modern Art elle découvre Le Nu descendant l'escalier de Marcel Duchamp et les œuvres de Picasso, qu'elle commente ainsi : « J'ai vu mes premiers Picasso et cela m'a donné une définition de la structure du monde et de chaque objet en faisant partie. »

En 1931, Louise Nevelson part pour Munich et suit les cours de Hans Hofmann sur le cubisme. « Attraction et répulsion, positif et négatif », dira-t-elle plus tard, « le cubisme vous donne un bloc d'espace pour la lumière, un bloc d'espace pour l'ombre. L'ombre et la lumière sont dans l'univers, mais le cube transcende et transforme la nature pour la faire devenir structure », ajoutant en pensant à son œuvre personnelle : « Il est évident que si vous examinez mon travail quel qu'il soit, il en porte toujours la marque, la boîte est un cube... »

De retour aux États-Unis, elle devient l'assistante du peintre mexicain Diego Rivera et, comme nombre d'artistes de sa génération, travaille pour la Works Progress Administration. De cette période, on connaît une série de nus féminins (1930-1932, Whitney Museum of American Art, New York) au raffinement matissien, marqués par des effets de masse et de volume, et qui indiquent déjà la place du dessin dans l'œuvre de l'artiste. Celle-ci affirme volontiers : « Je dessine tout le temps [...] lorsque je place des pièces de bois ensemble, j'applique les lois du dessin. »

De 1941 date sa première exposition personnelle à la galerie Nierendorf et de 1944 sa première exposition d'assemblages abstraits en bois. Du fait de la guerre et des restrictions, Louise Nevelson, qui refuse la soudure, a en effet trouvé son matériau de prédilection : le bois, et le bois de récupération, même si, par la suite, il lui arrivera de travailler l'acier, l'aluminium et le Plexiglas.

Lorsque Jean Arp verra au Museum of Modern Art de New York Sky Cathedral (1958), ce grand assemblage de boîtes noires au contenu hétéroclite et inattendu, il écrira un poème où il évoque « cette façade de l'Amérique », ces « bibelots monstres », ainsi que la parenté évidente de l'artiste avec Kurt Schwitters qu'à l'époque elle ne connaît pas. Quant à Claude Simon, il dira devant cette même pièce : « J'ai éprouvé la sensation soudaine et si rare de me trouver en présence de cette chose qui s'appelle la grandeur. »

Se définissant elle-même comme « architecte de l'ombre », Louise Nevelson met dès lors en place, et de manière définitive, un singulier système formel, où la construction rythmique et dynamique de structures abstraites se conjugue avec l [...]

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Maïten BOUISSET, « NEVELSON LOUISE - (1900-1988) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/louise-nevelson/