CHRONIQUES LIVRES DES

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Tel un écho de ce que fut avant l'Exil la tâche du deutéronomiste, l'œuvre de l'auteur du Livre biblique des Chroniques s'affirme après l'Exil dans une manifestation théologique et littéraire aux tendances particulières et constantes. On la désigne du nom de sa première partie, les Livres I et II des Chroniques, la seconde étant constituée par les Livres d'Esdras et de Néhémie. Dans ce vaste ensemble, on remarque un même intérêt pour le Temple et son culte, ainsi qu'une identité de style et de vocabulaire, d'esprit et d'idées. Un doublet (II Chron., xxxvi, 22 et 23 et Esdr., i, 1-3) articule, avec la rigueur d'une charnière, les deux parties de cette œuvre unique, au demeurant anonyme.

Plusieurs indices montrent que cette collection fut composée vers ~ 300 : la généalogie davidique descend au moins six générations après Zorobabel ; la domination perse est une affaire lointaine ; la langue est volontiers chargée d'aramaïsmes.

Dans la Bible hébraïque, le Livre des Chroniques (I et II), dernier du canon juif, est appelé diberê hayyamim — « les choses des jours » (ou bien « événements du passé », ou encore « annales »). Pour les auteurs de la traduction dite des Septante, qui y ont vu un supplément aux Livres I et II de Samuel et I et II des Rois (à la suite desquels ils l'ont placé), il s'agit des Paraleipoména (« choses omises »). C'est à saint Jérôme qu'on doit l'appellation chrétienne devenue classique.

Le Livre des Chroniques commence avec Adam et se termine avec l'Exil. On peut le diviser en quatre parties : d'Adam à David (I Chron., i-x) — rappels historiques sous la forme de généalogies flanquées de détails historiques ; brève mention de la chute de Saül ; David (xi-xxix) — récit détaillé de son règne sur tout Israël avec accentuation spéciale de son œuvre cultuelle et de son intérêt pour le Temple, omission de ce qui n'est pas à la gloire du monarque ; Salomon (II Chron., i-ix) — son histoire est idéalisée et la construction du Temple occupe la place centrale ; les rois de Juda (x-xxxvi) — revue détaillée des règnes de Josaphat, d'Ézéchias et de Josias à cause de leurs réformes religieuses.

Le propos original du Livre se devine aisément : dans la sélection des sources (par exemple, les matériaux relatifs aux actions des rois judéens dans la mesure où elles concernent la vie du peuple de Dieu) ; dans les omissions (par exemple, la vie personnelle de David et l'histoire des rois d'Israël) ; dans les transformations (par exemple, attribution à Satan, en I Chron., xxi, 1, du dénombrement d'Israël que le texte II Sam., xxiv, 1 impute à Yahvé) ; dans les ajouts (par exemple, les préparatifs par David de la construction du Temple et la part que prit ce dernier à l'organisation de ses services).

Le chroniste écrit l'histoire en théologien : il élabore les conditions du royaume idéal et projette sur l'époque de David l'organisation cultuelle qu'il connaît. Le thème du Livre est la préparation et la fondation, sous David, puis la chute et les tentatives de restauration et de réforme de l'État théocratique : pour l'auteur, celui-ci fut réalisé d'une façon presque parfaite sous David, le modèle de tous les rois à venir.

Les sources des Chroniques sont complexes. La principale est constituée par les livres canoniques, de la Genèse aux Livres des Rois : utilisés librement, ceux-ci ne sont pas cités explicitement ni sous les titres que nous leur connaissons. Beaucoup d'ouvrages non bibliques peuvent aussi être invoqués : une vingtaine d'écrits auxquels le lecteur est renvoyé constamment et qui représentent peut-être une collection unique ; mais aucun d'eux ne nous est parvenu.

L'admission du Livre des Chroniques dut être favorisée par les courants pharisiens, face à l'opposition sadducéenne. Aussi s'explique-t-on son influence à l'époque de Jésus et du Nouveau Testament (c'est ainsi que Josèphe suit davantage les Chroniques que les Rois) ; elle fut grande chez les Juifs de Qumrān, héritiers de l'idéal communautaire et moral de ce livre, ainsi que dans l'Église primitive, pour qui le Messie était le descendant de David. C'est dans l'Évangile de Matthieu (généalogies, notamment) et dans l'Épître aux Hébreux que les traces de cette œuvre sont le plus explicites.

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André PAUL, « CHRONIQUES LIVRES DES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/livres-des-chroniques/