SCIPIONS LES

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Pendant trois siècles, les pouvoirs civils et militaires sous la République romaine sont exercés exclusivement par quelques grandes familles patriciennes, les Æmilii, les Claudii, les Fabii, les Valerii et, surtout au moment des conquêtes, par les Cornelii. C'est à la gens Cornelia, en effet, qu'appartiennent tous les Scipions. Le mot scipio signifie bâton, et l'on rapporte que ce surnom rappelle la piété filiale de l'ancêtre de la gens Cornelia qui avait soutenu son vieux père aveugle et lui avait servi en quelque sorte de bâton de vieillesse. Les Scipions forment une véritable dynastie et parviennent à l'apogée de leur puissance entre le milieu du ~ iiie siècle et celui du ~ iie siècle. Cette famille comprend un certain nombre de personnages qui ont su s'imposer à la tête des armées romaines et dans l'exercice des premières magistratures de la République.  On trouve un Publius Cornelius Scipio, au commencement du ~ ive siècle, maître de cavalerie, un Lucius Cornelius Scipio, surnommé Barbatus, vainqueur des Étrusques et consul de l'année ~ 298. Un Cnaeus Cornelius Scipio, surnommé Asina, fils du précédent, construit une flotte en ~ 260 pour s'opposer à la puissance maritime de Carthage, et s'empare ainsi de plusieurs places fortes puniques en Sicile. Son frère, Lucius Cornelius Scipio, consul en ~ 259, enlève à Carthage la Corse et la Sardaigne. Le fils de ce dernier, Cnaeus Cornelius Scipio, surnommé Calvus, consul en ~ 222, commence la conquête de la côte est de l'Espagne sur les Carthaginois, tandis que son frère Publius Cornelius Scipio, consul en ~ 218, s'oppose sur les champs de bataille d'Espagne et d'Italie à Asdrubal et à Annibal. Il est le père du célèbre Scipion l'Africain et de Scipion l'Asiatique, consul en ~ 190, qui remporte sur Antiochos III le Grand la victoire de Magnésie.

Le cas de Scipion Émilien, dit le Second Africain, est plus particulier. Né en ~ 185, il appartient par son père Paul Émile à une grande famille romaine, les Æmilii ; mais il a été adopté par la gens Cornelia. Scipion Émilien reste le grand vainqueur de Carthage en ~ 146, ainsi que de Numance en Espagne en ~ 133. C'est à lui que Cicéron pense lorsqu'il écrit « Le Songe de Scipion » dans son De republica. On y voit un Scipion Émilien, visionnaire, accomplissant sur terre la volonté des dieux.

On connaît enfin à Rome d'autres Scipions, liés par le mariage à la famille des Cornelii. P. Cornelius Scipio Nasica, né en ~ 219, fut, à l'âge de vingt-sept ans, proclamé par un sénatus-consulte « le plus honnête homme de la République » ; consul en ~ 191, il combattit victorieusement les Boïens de la Gaule Cisalpine. À la fin de sa vie, il fut désigné prince du sénat (princeps senatus). Scipio Nasica, surnommé Corculum, et gendre de Scipion l'Africain, prend part sous Paul Émile à la bataille de Pydna en ~ 168 ; il est consul en ~ 163 et en ~ 155, puis grand pontife en ~ 152 ; et c'est le fils de ce dernier, Scipio Nasica Serapio, qui lutte contre les lois agraires de Tiberius Gracchus, après avoir été consul en ~ 138. Un dernier Scipion, connu sous le nom de Metellus Scipio, donne sa fille en mariage à Pompée et s'oppose jusqu'à sa mort à Thapsus (~ 46) aux entreprises des partisans de César.

Le mot de République romaine ne doit pas être compris au sens moderne et démocratique. Telle est la leçon qui se dégage de l'étude des grandes familles romaines. La gens Cornelia, avec les Scipions, domine de très haut cette République oligarchique qui fut, pendant cinq siècles, le régime de la Rome antique.

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  • : diplômé d'études supérieures d'histoire, directeur de collections historiques

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Pour citer l’article

Joël SCHMIDT, « SCIPIONS LES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-scipions/