LÉGIONELLOSE

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Une maladie émergente

Premiers cas aux États-Unis

La légionellose est une maladie récente dont l'histoire a commencé à Philadelphie, lors du 58e congrès de l'American Legion, programmé du 21 au 24 juillet 1976. L'hôtel Bellevue-Stratford est choisi : c'est un ancien hôtel « de luxe » de plus de 700 chambres et de 22 salles de réunion dont le déclin a commencé au début des années 1970. Le système de climatisation, installé en 1954, donne quelques signes de « fatigue ». Un employé de vingt-six ans est chargé de le contrôler, mais, le 20 juillet, il est « trop malade » pour continuer (maux de tête, courbatures...). Le 23 juillet, deux organisateurs et quelques légionnaires souffrent d'un « mauvais rhume ». Le 26 juillet, bon nombre des congressistes sont alités. Le 30 juillet, 4 légionnaires sont morts de pneumonie. De retour chez eux, à Bloomsburg en Pennsylvanie, 3 légionnaires sont atteints de fièvre étiquetée « typhoïde » et le Dr Ernest Campbell est le premier à faire un lien entre les patients qu'il traite pour une même symptomatologie fébrile et le congrès. De même, à l'hôpital de Chambersburg, l'infirmière hygiéniste, Geneva Baxter, note une pathologie identique chez 3 légionnaires hospitalisés qui avaient également assisté au congrès. Le Dr Campbell et l'infirmière font chacun un rapport à l'autorité sanitaire, mais c'est le week-end... Le lundi 2 août, on dénombre 16 morts et 66 légionnaires hospitalisés. Le même jour, à New York, une call-girl, qui a « travaillé » sur les lieux du congrès, est traitée et guérie par érythromycine pour une pathologie pulmonaire.

Au terme de cette première épidémie, on comptabilise 182 cas, dont 29 morts. De nombreuses hypothèses sont évoquées, y compris le bioterrorisme... Déjà, les journaux s'emparent de l'affaire avec des titres inquiétants : « la peur a signé le registre de l'hôtel » ou encore « la peur a réservé une chambre à l'hôtel Bellevue »...

Le C.D.C. (Center for Disease Control) est dépêché sur les lieux pour mener l'enquête. L'équipe est composée de 3 600 personnes, dont 200 épidémiologistes. Malgré ce déploiement de forces, après de nombreux mois de recherche intensive, aucun agent infectieux n'est retrouvé et les étiologies connues sont écartées. C'est le 27 décembre, alors qu'il examine un prélèvement du poumon d'un organisateur décédé, que Joseph McDade observe une nouvelle bactérie, dénommée quelques années plus tard Legionella pneumophila.

La France, milieu favorable ?

Fin 2003, dans la région lensoise, l'épidémie de légionellose va atteindre des proportions jamais observées en France, révélant sa dimension communautaire. Au moment où les premiers cas sont signalés à la direction départementale des affaires sanitaires et sociales (D.D.A.S.S), la D.R.I.R.E. (direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) relève que des analyses effectuées lors d'autocontrôles sur une tour aéroréfrigérante d'une usine pétrochimique de Harnes, petite cité à quelques kilomètres de Lens, montrent des taux de légionelles élevés (6 à 7 fois les limites réglementaires pour ces installations). La recherche d'autres cas, déclenchée par la D.D.A.S.S., conduit au recensement de 9 cas au 2 décembre 2003. En même temps, l'usine arrête la tour aéroréfrigérante pour la nettoyer. Malgré cela, le 12 décembre, 20 cas de légionellose sont déclarés dans la région, puis 50 au 31 décembre, 69 au 12 janvier... pour atteindre au total 86 cas confirmés, parmi lesquels on dénombre 18 décès.

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La Legionella pneumophila

La Legionella pneumophila
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Épidémiovigilance et légionellose (France)

Épidémiovigilance et légionellose (France)
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Écrit par :

  • : docteur en médecine, docteur d'État ès sciences, professeur des Universités en bactériologie, virologie, hygiène
  • : docteur d'État ès sciences pharmaceutiques, maître de conférences des Universités, praticien hospitalier

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2-6 janvier 2004 France. Épidémie de légionellose dans le Pas-de-Calais

Le 2, le préfet du Pas-de-Calais ordonne la fermeture de l'usine pétrochimique Noroxo, située à Harnes, « par précaution », à la suite d'une nouvelle vague de contamination par la bactérie de la légionellose. L'usine avait déjà été fermée et décontaminée en décembre 2003, peu après l'apparition dans le département des premiers cas de cette maladie respiratoire: une souche de bactéries avait été retrouvée dans une cheminée aéroréfrigérante de l'usine. […] Lire la suite

Pour citer l’article

François DENIS, Marcelle MOUNIER, « LÉGIONELLOSE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/legionellose/