LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE)La littérature

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Deux poètes, l'Espagnol Martial et l'Italien Juvénal, vont toutefois faire entendre un son nouveau. Le premier écrira ses quatorze livres d'épigrammes, qui se veulent eux aussi une chronique, cette fois versifiée, de la vie mondaine. Mais ici l'épigramme s'arme d'une pointe, et l'on retrouve des accents entendus chez Catulle – il y a bien longtemps ! Quant à Juvénal, qui écrit sous Trajan, il dénonce dans ses Satires la tyrannie de Domitien, et traite en hexamètres les lieux communs de la rhétorique. Il s'en prend aux mœurs du temps, aspire à la solitude. Mais de même que Martial n'avait pu rester à Bilbilis, sa patrie, il ne pourra quitter la ville qui est l'objet de sa colère. Juvénal regrette les temps antiques, qu'il embellit – mais Tite-Live ne faisait-il pas déjà de même ? Il entre beaucoup d'artifice et quelque courtisanerie à l'égard de la nouvelle dynastie dans cette poésie violente, intense et souvent pittoresque. Avec le iie siècle après J.-C., le silence retombe sur Rome, les voix qui commencent à s'élever viennent de l'Orient grec, qui bénéficie de la « paix romaine ». C'est alors l'apparition de la seconde sophistique, avec Plutarque, puis de toute une littérature de langue grecque. L'expression de langue latine devient moins urgente : Marc Aurèle écrit en grec, Dion Cassius aussi. Quelques grands noms subsistent parmi les écrivains de la langue latine : ainsi Suétone, fonctionnaire d'Hadrien, avec ses biographies de grammairiens, de rhéteurs, de poètes, et surtout avec ses Douze Césars qui, seuls, nous sont entièrement parvenus. La chronologie est incertaine, le récit des événements allusif, mais, en l'absence d'autres sources, cette œuvre nous reste précieuse. Le rhéteur Florus, lui aussi contemporain d'Hadrien, cherche à « concentrer » le propos de Tite-Live, mais son ouvrage sur les Guerres romaines n'est guère qu'une variation sur un thème très ancien, celui de la vie des États, qui naissent, deviennent adolescents et vieillissent. La vieille théorie aristotélicienne n'est plus ici qu'un artifice d'exposition.

Tout à la fin de la littérature latine vient l'ouvrage d'Ammien Marcellin (entre 379 et 398 environ), trente et un livres qui prétendent continuer Tacite. Les treize premiers sont perdus. Ce n'est plus l'histoire de Rome, ressentie dans sa continuité, qui nous est racontée, mais celle des maîtres successifs d'un Empire chancelant. Cependant se forme, dans des conditions mal connues, l'Histoire Auguste, biographie des empereurs d'Hadrien à Numérien, emplie de faits souvent fort suspects.

Pendant cette longue période, où les œuvres dignes de ce nom se font de plus en plus rares, quelques provinces de langue latine conservent mieux que d'autres les traditions littéraires. Ainsi de la Gaule et de l'Afrique. Celle-ci a donné le rhéteur M. Cornelius Fronto, sénateur, puis consul et précepteur de Marc Aurèle et de son frère Lucius Verus. Professeur, Fronton se tourne vers le passé : son style archaïque manifeste son goût pour une forme ingénieuse plutôt qu'une véritable pensée. Tout en l'admirant, il reproche à Cicéron de n'avoir pas su choisir des mots recherchés et qui surprennent. Fronton composera un Éloge de la fumée, un autre de la poussière. Apulée, autre Africain attiré par les provinces grecques, se dit philosophe platonicien. Orateur, il se plaît à des jeux semblables à ceux de Fronton. Pour nous, il reste l'auteur d'un roman, les Métamorphoses, où transparaît son goût pour le bizarre et pour toutes les formes de mysticisme. Ce roman nous raconte l'histoire d'un homme transformé en âne et sauvé par la déesse Isis. Mais, en s'appuyant sur ce thème inspiré d'un modèle grec (peut-être d'un certain Lucius de Patras), Apulée crée un véritable mythe platonisant. Et si les intentions de l'auteur nous restent dissimulées, le jeu, la liberté de la création transparaissent à tout moment. Dans ce monde du iie siècle africain, la magie, la théurgie, les religions de salut dominent la pensée. La philosophie perd son pouvoir d'ascèse spirituelle pour devenir une gnose. La tradition de la prose érudite, toutefois, subsiste : Aulu-Gelle, sous les Antonins, écrira [...]

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Buste de Cicéron, Ier siècle avant J.-C.

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Lucrèce

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres

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Pierre GRIMAL, « LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE) - La littérature », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/latines-langue-et-litterature-la-litterature/