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LAKṢMĪ

Viśnu, comme tous les dieux du panthéon hindou, est accompagné d'une parèdre qui lui est associée dans toutes les manifestations de sa fonction cosmique (la préservation du monde créé par Brahmā). Le nom le plus communément donné à cette déesse est celui de Lakṣmī ; il signifie, semble-t-il, « celle qui possède une immense fortune ». Et, de fait, le rôle principal de l'épouse de Viśnu consiste à répandre les biens matériels : richesses, prospérité, bonheur, beauté.

À ce titre, elle est comparable à la Fortune des Romains : les hommes ne comprennent pas pourquoi celui-ci bénéficie de ses largesses et pas celui-là, pourquoi la chance échoit à l'un et le malheur à l'autre. Bien que l'iconographie hindoue ne la représente pas avec un bandeau sur les yeux, le thème mythologique est le même qu'à Rome. Souvent identifiée à la vache-abondance (correspondant à la corne d'abondance de l'Antiquité classique), elle apparaît toujours dans un décor somptueux fait de riches étoffes, de joyaux, d'instruments de musique, d'animaux familiers. Sa « monture » (son animal emblématique) est le paon, image de la beauté, mais on lui associe également le cygne, la vache, etc.

Elle a aussi, en tant que dispensatrice de nourriture, un rapport avec la terre. On dit, par exemple, que, lorsque Viśnu s'est incarné en Rāma pour préserver le monde mis en danger par les puissances du mal, Lakṣmī naquit d'un sillon (en sanskrit, sita) pour devenir son épouse ; de la même façon, lorsque Viśnu s'incarna en Kṛṣṇa, Lakṣmī devint Rādhā son amante. Ce lien avec la terre féconde, et donc avec les forces germinatives, est symbolisé par la fleur de lotus sur laquelle la déesse se tient debout ; on l'appelle alors Śrī (le mot śri signifie « splendeur », « beauté », « bonheur », « bénédiction », etc.). Sous cette forme, on l'invoque constamment avant d'entreprendre quoi que ce soit ; et, comme tout personnage important paraît jouir de la protection de la déesse, on fait précéder son nom de celui de śrī.

Ainsi qu'il est de règle pour les divinités féminines, le tantrisme considère que la fonction cosmique de Viśnu est, en fait, assurée par Lakṣmī (alors regardée comme l'« énergie créatrice » de celui-ci, sa shakti), cependant que le dieu sommeille, impassible, indifférent, non agissant, sur le serpent śeśa flottant à la surface de l'océan cosmique.

Le culte de Lakṣmī est répandu dans toute l'Inde, et les temples qui lui sont dédiés sont particulièrement nombreux et riches.

— Jean VARENNE

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Écrit par

  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Lyon-III

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • DĪVĀLĪ ou FÊTE DES LUMIÈRES

    • Écrit par Universalis
    • 462 mots
    • 1 média

    La fête des lumières, Dīvalī (du sanskrit dīpavali, « rangée de lumières »), est l’une des plus importantes dans la religion hindoue. Les jaïna et les sikhs l’ont aussi reprise à leur propre compte. La fête dure cinq jours, du treizième jour de la quinzaine sombre du mois d’āśvina...

  • INDE (Arts et culture) - Les doctrines philosophiques et religieuses

    • Écrit par Jean FILLIOZAT
    • 16 660 mots
    • 3 médias
    ...celle des Āgama shivaïtes dans ses lignes générales. Viṣṇu tient comme Suprême Seigneur et dieu manifesté la place qu'occupe Śiva ; Lakṣmī est sa Śakti. Les manifestations de Viṣṇu dans le monde s'appellent vyūha et Viṣṇu se manifeste aussi en des « puissances » (...
  • INDE (Arts et culture) - L'art

    • Écrit par Raïssa BRÉGEAT, Marie-Thérèse de MALLMANN, Rita RÉGNIER
    • 49 040 mots
    • 67 médias
    ...durable. Il s'agit d'une femme aux formes opulentes, ayant pour piédestal un lotus, douchée par deux éléphants. Ce personnage n'est autre que Śrī ou Lakṣmī, la déesse de la prospérité, pour les hindous et les jaïnas, et Māyā, mère du Bienheureux, pour les bouddhistes. Point n'est besoin de souligner...
  • KRISHNA ou KṚṢṆA

    • Écrit par Marie-Simone RENOU
    • 2 454 mots
    ...et s'en alla fonder, aux bouches de l'Indus, la ville mythique de Dvārakā. Secrètement, les siens vinrent l'y rejoindre. C'est là qu'il épousa par rapt Rukminī-Lakshmī, fille du roi des Vidarbha. Ces noces donnèrent lieu à des fêtes splendides dont le récit se trouve dans le Bhāgavata-Purāṇa...

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