LA CURÉE, Émile ZolaFiche de lecture

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La Curée est, après La Fortune des Rougon (1871), le deuxième volume des Rougon-Macquart. Avant même la publication complète en feuilleton dans le journal La Cloche, interrompue après trois chapitres pour cause de scandale et de menace judiciaire, Émile Zola (1840-1902) fait paraître le livre en janvier 1872 chez Lacroix, puis Charpentier. Ce tableau sans concession de la fièvre spéculative provoquée par les travaux d'Haussmann et, plus largement, d'une société gangrenée par le vice et l'appât du gain reçoit un faible écho, à l'exception de quelques journaux conservateurs qui taxent le roman d'obscénité. Il est vrai que la défaite de Sedan, l'abdication de Napoléon III et l'épisode sanglant de la Commune de Paris ont quelque peu gommé l'actualité de ce roman-charge contre le second Empire.

Un drame à trois personnages

Le livre, divisé en sept chapitres, s'ouvre sur une scène en forme de prologue. De retour en calèche d'un après-midi au bois de Boulogne, Maxime et Renée observent les figures du tout-Paris prises comme eux dans un embouteillage. Renée exprime son ennui d'une vie comblée et son envie d'« autre chose ». Suit une réception mondaine dans l'hôtel particulier des Saccard.

Dès le deuxième chapitre, le récit revient une dizaine d'années en arrière sur les circonstances de l'ascension d'Aristide Rougon, troisième fils de Pierre Rougon et petit-fils d'Adélaïde Fouque. À la fin de La Fortune des Rougon, Aristide s'apprêtait à quitter Plassans avec sa femme, Angèle, et sa fille Clotilde (son fils Maxime restant en pension au collège) pour rejoindre à Paris son frère Eugène, personnage influent proche de Louis-Napoléon Bonaparte, devenu entre-temps Napoléon III. À son arrivée, Eugène lui trouve un emploi, modeste mais stratégique, à l'Hôtel de Ville. Très vite au fait des grands travaux qui s'annoncent et sentant « venir ce flot montant de la spéculation », il se met en quête de fonds pour investir. Il va les trouver grâce à sa sœur, Sidonie, une intrigante et entremetteuse qui, au moment même où sa femme agonise, lui présente une opportunité : Renée Béraud du Châtel, une jeune fille de la haute bourgeoisie parisienne, issue d'une longue et prestigieuse lignée de magistrats, cherche à se marier pour échapper à la honte d'une grossesse à la suite d'un viol. Angèle à peine inhumée, Aristide, qui a changé son nom en Saccard pour ne pas gêner la carrière politique de son frère, épouse Renée, qui, peu de temps après, fait une fausse couche. Un contrat de mariage très avantageux et la complicité d'un agent d'affaires véreux lui permettent de s'approprier un immeuble appartenant à sa femme, qu'il ne tarde pas à revendre au quadruple de son prix. Cette première opération financière en appelle d'autres, plus ou moins frauduleuses... Saccard fait alors venir à Paris son fils, Maxime, âgé de treize ans. La jeune belle-mère se prend d'affection pour l'enfant et l'emmène partout avec elle. Tandis qu'une intimité se crée entre eux, Saccard devient un « brasseur de millions », accumulant les profits, notamment en escroquant la ville. Renée prend des amants. Maxime a grandi et commence à fréquenter les mêmes lieux de débauche que son père, qui songe à le marier à Louise de Mareuil, riche héritière contrefaite et de santé fragile. Saccard se fait bâtir un luxueux hôtel particulier donnant sur le parc Monceau...

Après ce récit rétrospectif, la narration reprend le fil amorcé au chapitre I. Comme pour remédier à son ennui, Renée devient la maîtresse de Maxime. Débute alors une relation quasi incestueuse, que l'une vit avec intensité et l'autre avec légèreté. Mais Saccard connaît bientôt des difficultés financières. Renée, qui a beaucoup emprunté pour financer son train de vie luxueux et entretenir son amant, renoue avec son mari afin qu'il règle ses dettes. Persuadé qu'elle a une liaison, Maxime décide de rompre et consent à épouser Louise de Mareuil. Au cours d'un bal costumé dans l'hôtel du parc Monceau, Renée, apprenant ce projet de mariage, menace Maxime de tout révéler s'ils ne partent pas ensemble pour l'Amérique. Saccard les découvre enlacés. Il en profite pour extorquer à sa femme ses derniers biens, des terrains qui laissent espérer un gros rapport.

Le dernier chapitre constitue l’épilogue. Trois mois ont passé. Saccard s'est remis à flots. Louise de Mareuil est morte au cours du voyage de noces, et Maxime profite en oisif de la fortune qu'elle lui a [...]

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Pour citer l’article

Guy BELZANE, « LA CURÉE, Émile Zola - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/la-curee/