GOTTWALD KLEMENT (1896-1953)

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Fils de paysans moraves, Klement Gottwald adolescent part à Vienne où il travaille comme apprenti charpentier. C'est là qu'il adhère à seize ans aux Jeunesses socialistes. De 1915 à 1918, il est soldat dans l'armée austro-hongroise. Il rejoint ensuite la gauche marxiste du Parti social-démocrate tchécoslovaque, noyau du Parti communiste fondé en 1921. Dès 1922, il figure parmi les permanents du parti. En l'occurrence, il travaille en Slovaquie où il est notamment chargé de la direction des organes de presse du parti (Hlas Ludu, Pravda Chudoby).

En 1924-1925, une grave crise secoue le puissant Parti communiste tchécoslovaque. L'Internationale appuie la tendance « gauchiste » et la nouvelle génération des apparatchiki représentée par Gottwald et ses amis (Guttman, Slansky et Šverma). Dans son célèbre article « Bolchéviser le Parti communiste », Gottwald préconise la rupture totale avec le centrisme parlementariste. Il plaide pour une réorganisation du parti sur la base de cellules d'entreprises, contre le gradualisme et le maintien de l'État plurinational. Enfin, il est le premier à prôner un alignement total sur l'U.R.S.S., sur le Parti bolchevik et sur le stalinisme. À la demande de l'ultra-gauche slovaque, il entre en septembre 1925 au comité central et au bureau politique où il est chargé de l'agit-prop (agitation et propagande). Il place alors aux leviers de commande les jeunes cadres ouvriers issus de la région de Prague, des membres des Jeunesses socialistes et des organisations des minorités nationales.

En 1928, il fait partie de la délégation tchécoslovaque au VIe congrès de l'Internationale qui l'élit à son comité exécutif. Tout en pourfendant les sociaux-fascistes » et la « droite historique », il se sert des « gauchistes » comme d'un simple moyen. Il attaque soudainement leur « amateurisme intellectuel et sectaire » et, grâce à l'appui de l'Internationale, devient secrétaire général du parti en février 1929 (VIe congrès). Il ouvre ensuite la direction à la droite repentante et entre, la même année, au Parlement tchécoslovaque et au présidium du comité exécutif de l'Internationale. Il s'affirme alors comme partisan inconditionnel de Moscou dont il suit, sans les gauchistes trotskysants, la ligne ultra-gauche jusqu'en 1934, malgré quelques tentatives prudentes en direction d'un frontisme tactique antinazi. Dans un pays où plus du quart des ouvriers sont en chômage, il organise des grèves insurrectionnelles. Un mandat d'arrêt est lancé contre lui à la fin de 1933.

D'août 1934 à février 1936, il se réfugie à Moscou. Sa connaissance parfaite des milieux dirigeants de l'U.R.S.S. et de l'Internationale (Dimitrov, Fried) lui permettra de prendre le virage du front populaire en abandonnant à temps l'antisocial-démocratisme tout en se désolidarisant de ceux qui, à Moscou ou à Prague, ont condamné ouvertement les responsables de cette ligne erronée. Au VIIe congrès de l'Internationale, en juin 1935, il entre au secrétariat de cette instance suprême où il demeurera jusqu'à sa dissolution en 1943. À Prague, de mars 1936 à octobre 1938, puis de nouveau à Moscou jusqu'en 1945, il épousera tous les avatars du stalinisme, se débarrassant chaque fois de ses opposants, quitte à reprendre leur ligne par la suite. Toutefois, il est personnellement acquis, dès 1938, au ministérialisme de type front national et se refuse à remettre en cause l'État tchécoslovaque, même pendant les années du pacte germano-soviétique. En 1943, il subit sa première crise cardiaque, ce à quoi s'ajoute un éthylisme de plus en plus prononcé.

À partir de 1945, il est président du parti, laissant le secrétariat à Slansky jusqu'en septembre 1951. Conciliant et populaire, il s'impose comme homme d'État, devenant en avril 1945 Vice-Premier ministre du gouvernement de front national et Premier ministre un an plus tard. Partisan d'une voie tchécoslovaque distincte de la dictature du prolétariat, il se soumet cependant à Staline quand celui-ci décide d'aligner totalement les démocraties populaires sur l'Union soviétique. Malgré ses convictions, il finit par rejeter le plan Marshall et élimine avec brio les partis non communistes en février 1948. Devenu président de la République quatre mois plus tard, il sacrifie Slansky sur l'injonction des Soviétiques (1951-1952) et procède à des purges sang [...]

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  • : docteur de troisième cycle, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, diplômé de l'École nationale des langues orientales, chargé de recherche au C.N.R.S., chargé de conférences à l'École pratique des hautes études

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Pour citer l’article

Vladimir Claude FISERA, « GOTTWALD KLEMENT - (1896-1953) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/klement-gottwald/