ČAPEK KAREL (1890-1938)

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Avant toute chose, Karel Čapek a été le grand écrivain d'un petit pays. Ce point de vue national, on l'explique, on l'excuse, quand on veut bien se souvenir que ce petit pays, que rassurait la célébrité européenne d'un dramaturge de trente ans, c'était la République tchécoslovaque, à peine née du traité de Versailles. Mais ce rôle, Čapek le dut à sa valeur exceptionnelle. Là, les définitions pleuvent. Il y a ceux qui n'hésitent pas à appeler philosophique une œuvre nourrie de relativisme et consacrée à l'homme. Pour le grand public international, Čapek a été un fantaisiste brillant qui a su rendre parlant le monde des robots et des gadgets, le prophète de l'ère atomique. Pour ses concitoyens, il reste le conteur direct et drôle qui sait parler au petit bourgeois moyen, au « petit homme tchèque » qui dort en chacun d'eux. N'oublions pas le journaliste, le jardinier, le voyageur, le photographe, l'ami de T. G. Masaryk... Chaque image est vraie, aucune n'est exclusive, à elles toutes elles ne restituent pas la personnalité de Čapek. « Karel Čapek, cet inconnu ? » C'est vrai, il n'est pas facile de faire le tour d'un homme énigmatique, d'une œuvre multiforme. « Comprendre est ma première passion, a-t-il écrit. Exprimer, la seconde. Non pas m'exprimer moi-même, mais exprimer les choses. » Donc, Čapek se cache. Il n'y a que les choses, les rapports, qu'il a exprimés, et qui, dans ses meilleures œuvres, nous fascinent. Ne serait-ce pas parce que, derrière les choses, malgré tout, il y a Čapek, insondable et par là proche de nous ?

Un homme « ordinaire » ?

Čapek est-il, comme il le suggère, un homme « ordinaire » ? On le croirait à lire son œuvre. Elle s'inscrit pourtant dans une époque mouvementée. Čapek a vingt-huit ans quand s'effondre l'Empire austro-hongrois, et il meurt à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Écrivain engagé – à sa façon –, il n'a cessé de témoigner, de mettre en garde, d'exhorter, mais sans jamais quitter son confort de bourgeois. Il est né dans le nord-est de la Bohême, alors tranquille pays de montagnes, quarante ans plus tard pays des Sudètes. [...]


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Pour citer l’article

Jeanne BEM, « ČAPEK KAREL - (1890-1938) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/karel-capek/