ROTBLAT JOSEPH (1908-2005)

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Physicien britannique d'origine polonaise, Prix Nobel de la paix 1995 pour son engagement contre les armes nucléaires et son rôle dans le mouvement des conférences Pugwash.

Né le 4 novembre 1908 à Varsovie, Joseph Rotblat est l'un des sept enfants d'une famille juive prospère. Il travaille comme électricien dès l'âge de quinze ans mais réussit l'examen d'entrée à l'université. Il épouse une étudiante en littérature en 1930. Diplômé en physique, il soutient sa thèse de doctorat en physique nucléaire et obtient en 1939 une bourse pour poursuivre ses recherches à l'université de Liverpool avec James Chadwick, le célèbre découvreur du neutron (1932). La modestie du montant de la bourse oblige d'abord sa femme à rester à Varsovie. Tombée malade, elle ne peut l'accompagner lorsqu'il revient la chercher. Rotblat, qui, en septembre 1939, à la veille de l'invasion de la Pologne par les troupes allemandes, est retourné seul en Angleterre, n'en aura jamais plus de nouvelles.

Les recherches scientifiques de Rotblat à Varsovie puis à Liverpool lui permettent d'observer l'émission de neutrons qui accompagne les processus de fission de l'uranium et de comprendre qu'une arme nucléaire pourrait être mise au point. Il considère d'abord que ce n'est pas la tâche d'un physicien comme lui de s'engager dans de telles recherches appliquées, mais la guerre contre l'Allemagne nazie le décide à s'y intéresser puis à rejoindre au début de 1944 le projet Manhattan rassemblant les physiciens alliés à Los Alamos au Nouveau-Mexique. Cependant, l'immensité des moyens déployés par les Américains le convainc que les Allemands ne risquent pas de fabriquer avant eux la bombe atomique, car leur économie est trop éprouvée par la guerre. Assuré par Chadwick que les services de renseignement britanniques ont établi ce fait, il quitte Los Alamos à l'automne 1944 ; il sera le seul physicien à le faire avant la destruction de Hiroshima en août 1945. Rentré en Grande-Bretagne, il reprend ses recherches en physique à Liverpool. Il obtient la citoyenneté britannique en 1946 et est nommé professeur à l'université de Londres en 1949. Il y enseignera jusqu'en 1976, et orientera ses recherches sur les effets des rayonnements sur les organismes vivants, au sein d'une équipe de l'hôpital St-Bartholomew de Londres. Accusé d'espionnage au profit de l'Union Soviétique par les services secrets américains, il récuse ces allégations, mais on lui interdit de révéler les causes de son retour en Angleterre et il est interdit de séjour aux États-Unis jusqu'en 1951.

En 1955, un manifeste signé par onze scientifiques, dont le mathématicien et philosophe britannique Bertrand Russell, le chimiste Linus Pauling et les physiciens Albert Einstein, Frédéric Joliot-Curie, Max Born et Hideki Yukawa, met en garde les hommes politiques de tous les pays contre le danger nucléaire et appelle les scientifiques à assumer leurs responsabilités : « Souvenez-vous de votre humanité et oubliez le reste ! » Rotblat est le plus jeune de ces signataires et il joue rapidement un rôle moteur dans l'organisation d'un mouvement international pour l'abolition des armes nucléaires. Aidé financièrement par l'industriel philanthrope américain d'origine canadienne Cyrus Eaton (qui offre sa maison natale à Pugwash en Nouvelle-Écosse), ce mouvement tient sa première conférence en 1957. Vingt-deux scientifiques y échangent leurs points de vue sur les risques des rayonnements nucléaires et les possibilités d'un contrôle des armements. Les conférences se répètent ensuite tous les ans, en divers lieux ; y sont conviés des scientifiques de toutes nationalités qui s'y expriment en leur nom et non en tant que représentant de leur pays. Bien qu'il soit impossible de le prouver, l'influence du mouvement Pugwash semble avoir été décisive à plusieurs occasions : le dénouement de la crise des missiles de Cuba, la fin de la guerre du Vietnam, la signature du traité interdisant les missiles antimissiles sont des exemples souvent cités.

En 1995, après la fin de la guerre froide, l'attribution du prix Nobel de la paix au mouvement Pugwash et à son principal promoteur crée une certaine surprise. Il est pourtant clair que la fin de la guerre froide ne signifie pas automatiquement celle des arsenaux nucléaires. D'ailleurs, Joseph Rotblat doit lui-même prendre la plume pour demander au nouveau président français, Jacques Chirac, de renoncer à son projet de reprise des essais nucléaires. Anobli par la reine Élisabeth II en 1998, Rotblat reste actif jusqu'à sa mort. Incapable de faire le voyage jusqu'au Japon, il adresse à distance le discours de bienvenue aux participants de la 55e conférence Pugwash, qui se tient à Hiroshima fin juillet 2005. Après avoir affirmé que les dangers d'une guerre nucléaire restent réels malgré la fin de la guerre froide, il conclut : « nous devons chercher à abolir la guerre elle-même » et faire « un monde où la morale, la loi et le respect mutuel gouverneront les relations entre les nations ».

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Écrit par :

  • : directeur de recherche émérite au CNRS, centre de physique théorique de l'École polytechnique, Palaiseau

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Pour citer l’article

Bernard PIRE, « ROTBLAT JOSEPH - (1908-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joseph-rotblat/