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MOMPER JOOS DE (1564-1635)

Fils et élève du peintre et marchand d'art Bartholomeus Momper, franc-maître en 1581, puis doyen de la guilde des peintres en 1611, Joos de Momper dit Joos II le Jeune (lui-même petit-fils d'un peintre de Bruges, Joos I) paraît bien avoir mené presque toute sa carrière à Anvers où la présence d'apprentis dans son atelier est attestée dès 1591. L'hypothèse d'un séjour de Joos de Momper en Italie, quoique controversée, reste très séduisante, dans la mesure où elle insiste, à juste titre, sur les indéniables affinités de facture et de conception paysagiste qui réunissent Momper et le Malinois Toeput (1550 env.-1607) très vite fixé en Italie (où il prend le nom de Pozzoserrato) à Trévise et durablement marqué par Venise et par sa liberté picturale. Ce séjour ultramontain de Momper a pu avoir lieu entre 1581 et 1590/91. Il expliquerait mieux, en tout cas, la fraîcheur de vision qui anime l'artiste dans ses fascinants panoramas montagneux et une sorte de lyrisme solide, une largeur picturale (le fa presto des Italiens) et une puissance de construction et de mise en place qu'on ne saurait encore trouver à la même date en Flandre.

Le fait que très peu d'œuvres soient signées et que presque aucune ne soit datée (mis à part le Paysage rocheux de Würzburg qui est bien de 1634 et non de 1601 ou de 1609) ne facilite guère la reconstruction chronologique d'un œuvre peint, d'ailleurs très ample, fort dispersé et imité à proportion même du succès qu'a toujours rencontré cette peinture tout à la fois vigoureuse et poétique (vu le nombre des tableaux mompériens et leur inégalité, il est évident que Joss de Momper a eu un vaste atelier sous ses ordres). Quant aux motifs, ce sont principalement des montagnes et des horizons vastes (pictor montium, c'est ce que spécifie la légende placée sous la gravure du portrait de Momper dans l'Iconographie de Van Dyck, due à Lucas Vosterman), des cavernes et des escarpements rocheux pittoresques, mais aussi les traditionnelles vues d'hiver à la Bruegel avec surfaces gelées et arbres effeuillés se détachant en noir sur blanc dans un jeu d'effets graphiques. Bien entendu, comme il arrive si souvent chez les peintres nordiques, l'étoffage des figures est souvent d'une autre main et Momper a été ainsi aidé par Jan Bruegel l'Ancien et par son fils Jan Bruegel le Jeune, Vranck, Van Balen, Snayers, Teniers le Jeune...

La forte influence encore archaïsante, ou tout au moins maniérisante au sens agressif de Pieter Bruegel l'Ancien et de Hans Bol, jointe à une bravoure picturale à la Pozzoserrato pourrait caractériser une première période de Momper avec des vues imaginaires très accidentées, fortement construites en coulisses, vivement contrastées en tons clairs et sombres qui obéissent à la vieille division en trois plans (avant-plan brun faisant repoussoir, plan médian dans des tons blonds ou verts, dernier plan dans un bleu-gris clair). Dans les fonds, Momper use alors d'une technique punctiforme curieuse mais toutefois très caractéristique et qu'on retrouve de manière quasi analogue chez Pozzoserrato. C'est le cas du Paysage à la Tentation du Christ, du Moulin à eau (Dresde), du Paysage avec rivière (Louvre), qui est d'une conception très décorative, toute fantaisiste, voire romantique dans ses contrastes dramatiques de lumière, où les falaises rocheuses, comme chez Bruegel, s'incurvent latéralement selon un schéma orbital pour accroître la trouée médiane vers le lointain et la profondeur de l'horizon, tandis que la matière picturale garde un coulant docile à toutes les prouesses de l'écriture du peintre.

Cette heureuse formule trouvée, Momper ne fera que la soumettre à de minimes variations bien que l'on observe, avec le cours des années et selon une évolution commune à tous les peintres[...]

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Écrit par

  • : conservateur des Musées nationaux, service d'études et de documentation, département des Peintures, musée du Louvre

Classification

Pour citer cet article

Jacques FOUCART. MOMPER JOOS DE (1564-1635) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

  • NÉERLANDAISE ET FLAMANDE PEINTURE

    • Écrit par
    • 10 188 mots
    • 18 médias
    ...paysages. Les misérables de Pieter Bruegel n'attirent plus que le dédain ironique du citadin aux préjugés de classe étriqués. Il faut mentionner aussi Joos de Momper et Gilles van Coninxloo. Ce dernier vint à Amsterdam et exerça une profonde influence. Tous deux ont une grande expérience de la couleur...