HOOKER JOHN LEE (1917 ou 1921-2001)

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Le chanteur, harmoniciste et guitariste américain John Lee Hooker, dont tant de superstars du rock se réclament, fut avant tout un des grands maîtres du blues de l'après-guerre. Hooker restera aussi comme le bluesman qui a enregistré le plus de disques durant une exceptionnelle carrière de plus de soixante ans !

Né un 22 août (sans doute 1917) près de Clarksdale (Mississippi), au cœur de la région dite du Delta, John Lee Hooker est élevé et initié au blues par son beau-père, Willie Moore, un bluesman qui lui donnera ce jeu de guitare économique mais vibrant où même les silences sont expressifs. À l'adolescence, Hooker quitte le domicile familial et parcourt le Delta jusqu'à Memphis. Il vit de menus jobs saisonniers et de sa guitare. Plusieurs de ses rencontres – celles des bluesmen Tommy McClennan et Tony Hollins, notamment – auront un grand impact sur son répertoire. En 1937, Hooker fuit le Sud misérable pour s'installer à Cincinnati ; en 1943, il s'établit à Detroit, ville florissante du fait de la forte demande de l'industrie de guerre.

John Lee Hooker s'impose rapidement comme un des principaux bluesmen des cabarets du quartier noir de la ville. Vif et tout en muscles, showman fort sexy, Hooker est aussi un bluesman innovant et original, un des premiers à utiliser de façon très personnelle la guitare électrique. En 1948, il enregistre ses premiers disques : Boogie Chillen' dépasse très vite les juke-boxes de Detroit pour atteindre les sommets des hit-parades de rhythm and blues de tous les États-Unis ! Le style lancinant, surélectrifié de Hooker, ce mélange de puissance implacable et de fougue maîtrisée, ce son aux intonations rurales mais à la conception très moderne rencontrent les faveurs de toute une catégorie de jeunes Noirs qui durant la guerre ont quitté le Sud pour les ghettos urbains.

Entre 1948 et 1954, Hooker enregistre à Detroit un nombre impressionnant de titres pour de multiples labels locaux avec de nombreux succès commerciaux nationaux : Hobo Blues, Wednesday Evening Blues, I'm In The Mood... Tous ces titres sont enregistrés par Hooker en soliste avec sa guitare suramplifiée ou en compagnie d'un seul guitariste, comme Eddie Kirkland. Mais, à partir de 1953, ce style de blues minimaliste cesse d'être à la mode.

Avec une clairvoyance et le sens de l'opportunité qui caractérisera toute sa carrière, John Lee Hooker va comprendre et suivre les goûts du public. De bluesman soliste, il se transforme en vedette d'un des meilleurs orchestres de Chicago blues, emmené par le guitariste Eddie Taylor. C'est dans ce style qu'il enregistre à partir de 1955 pour le label Vee-Jay et obtient de nouveaux succès commerciaux.

À partir des années 1960, Hooker saura de la même façon comprendre toutes les évolutions du blues, saisir chacune d'elles et s'imposer partout. Devenu une figure incontournable du mouvement folk contestataire venu des campus universitaires et dont le public est uniquement jeune, nordiste et blanc, il débranche sa guitare électrique pour enregistrer une série d'albums acoustiques destinés à ce public et participe aux plus grands festivals folk, comme celui de Newport.

Ensuite, le Vieux Continent s'ouvrant au blues grâce à des groupes britanniques comme les Rolling Stones, Hooker se faufile en 1962 dans la toute première tournée européenne de l'American Folk Blues Festival et réussit à triompher aussi dans les ventes de disques en Europe grâce à Shake It Baby, enregistré pour la circonstance.

Enfin, John Lee Hooker est aussi capable de s'associer à la vague déferlante du blues-rock californien de la fin des années 1960 sur fond de mouvement hippy. S'installant à San Francisco, il s'insère dans la scène locale du blues-rock naissant. En 1970, il enregistre avec le groupe californien Canned Heat Hooker 'n' Heat, album au succès colossal qui fait de lui une institution, une figure patriarcale du rock que son blues souvent empreint d'une dureté implacable et d'un son saturé semblait annoncer.

Malgré tout, les années 1980 sont difficiles et John Lee Hooker semble envisager sans amertume une retraite bien méritée. Mais, à la fin de la décennie, un nouveau vent favorable au blues paraissant se lever, son guitariste Roy Rogers produit The Healer (1989), un album dans lequel Hooker trône en leader, entou [...]

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Gérard HERZHAFT, « HOOKER JOHN LEE (1917 ou 1921-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-lee-hooker/