REED JIMMY (1925-1976)

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Le bluesman Jimmy Reed (de son véritable nom Mathis James Reed) naît à Leland, dans le Mississippi, le 6 septembre 1925. D'abord métayer sur une plantation dans son État natal, Jimmy Reed gagne en 1943 Chicago avec son ami le guitariste Eddie Taylor pour travailler dans une aciérie. Son chant paresseux qui mange les mots, son jeu de guitare très simple mais efficace, tout en walking bass (basse « ambulante ») et ponctué de riffs d'harmonica, instrument dont il joue avec un teneur, lui permettent très vite de se produire dans les clubs de la ville en compagnie de Taylor, de John et Grace Brim, de Big Daddy Kinsey ou d'Albert King, qui était alors batteur. En 1953, la nouvelle compagnie de disques de Chicago Vee-Jay, une des premières dirigées par des Noirs, prend conscience que ce style alangui et paresseux, à l'impact érotique évident, recèle un potentiel commercial important. En outre, Reed possède un répertoire sans prétentions, largement dû à la plume sentimentale, presque fleur bleue de son épouse Mary, dite Mama Reed, qui le place aux antipodes des thèmes machistes voire brutaux de Muddy Waters ou de Howlin' Wolf, et qui va être une des clés de son succès, lui permettant d'attirer un vaste public bien au-delà de la clientèle noire des ghettos.

Entre 1953 et 1960, Reed enregistre constamment pour Vee-Jay. Il est alors en pleine possession de ses moyens. Entouré de Eddie Taylor, du pianiste Henry Gray et du subtil batteur Earl Phillips, Jimmy Reed égrène des chefs-d'œuvre de décontraction, de swing et de légèreté : le « son » Reed, immédiatement reconnaissable, devient très populaire et la clientèle noire s'arrache ses disques. Reed effectue dans tous les États-Unis des tournées au sein des shows de rhythm and blues puis de rock'n'roll. You Don't Have To Go devient en 1955 un « tube » colossal, encore dépassé, en 1957, par Honest I Do, le premier blues à pénétrer dans le Top 50 de variétés ! Suivent Baby, What You Want Me to Do, Hush Hush, Big Boss Man, Bright Lights, Big City, Shame Shame Shame, You Got Me Dizzy, Ain't That Lovin' You Baby..., qui font de Jimmy Reed la plus grosse vedette commerciale de l'histoire du blues, très au-dessus de tous ses concurrents.

Son style est alors abondamment imité, parfois jusqu'à la servilité, Slim Harpo, Lazy Lester, Jimmy Anderson, Frank Frost, Juke Boy Bonner, parmi tant d'autres, reprenant une formule musicale qui leur apparaît comme la clé du succès. Mais les bluesmen ne sont pas les seuls à être fascinés par la musique de Jimmy Reed. Des rockers comme Elvis Presley, Billy Lee Riley, Bobby Gentry ou Sleepy LaBeef connaissent de gros succès en reprenant ses blues. Et les groupes britanniques des années 1960 – The Animals, The Yardbirds, The Moody Blues, les Rolling Stones, Them ou The Spencer Davis Group... – interprètent aussi nombre de compositions de Jimmy Reed, contribuant à en faire des standards internationaux.

Mais, épileptique, alcoolique et instable, Reed ne sait pas profiter de l'énorme impact de sa musique. Les années 1960 voient sa déchéance physique et intellectuelle. Imprévisible, coléreux, « ingérable », Reed fait le vide autour de lui ; son entourage, qui a si largement contribué à sa gloire, se détourne peu à peu de lui : sa femme Mama le quitte, tout comme Eddie Taylor, pilier incontournable de sa musique. Reed traîne alors de scène minable en label de seconde zone et meurt dans une quasi-misère, le 29 août 1976, à Oakland, en Californie.

Son œuvre, qui rayonne bien au-delà du blues, peut être appréciée par le coffret Jimmy Reed : The Vee-Jay Years (Charly), qui rassemble la totalité de ses enregistrements pour Vee-Jay.

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VEE JAY RECORDS

  • Écrit par 
  • Charlie GILLETT
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Propriétaires d'un magasin de disques, Vivian Carter (« Vee ») et James C. Bracken (« Jay ») fondent en 1953 le label discographique Vee Jay Records (la firme utilisera également les graphies VJ ou Vee-Jay). Avec l'aide de Calvin Carter, frère de Vivian, pour la production, et d'Ewart Abner, en charge de la promotion, Vee Jay devient le label dirigé par des Noirs le plus prospère de l'époque. Jim […] Lire la suite

Pour citer l’article

Gérard HERZHAFT, « REED JIMMY - (1925-1976) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jimmy-reed/