GAULTIER JEAN-PAUL (1952- )

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« À nous deux la mode ! » C'est sous ce titre de cape et d'épingles et sous la forme d'un roman-photo à la couverture « chromo » que Jean-Paul Gaultier, né le 24 avril 1952 à Arcueil, publie, en mai 1990, son autobiographie. Quatorze ans après sa première collection, l'« enfant terrible de la mode », selon la formule qui l'a consacré, propose là un bilan ironique de sa carrière. En maillot marin rayé, en collants de Lycra noir, Doc' Martens aux pieds, coupe en brosse platine, Jean-Paul Gaultier a bondi sur la scène de la mode des années 1980 au milieu de ses filles et de ses garçons fagotés n'importe comment.

L'enfant terrible de la mode

Que ses filles-fées à grosses lèvres portent leur chéchia de guingois, se chaussent de bottines-babouches de sept lieues, zippent les hanches de leurs redingotes-joggings ou se fassent pousser des seins-obus de soie et de velours, que ses garçons-sorciers s'attifent de provocants bas résille, roulent des mécaniques dans de noirs perfectos de cuir à dos lacéré, se glissent dans d'élastiques bodies cyclistes ou se pavanent en jupes pour hommes, on les dirait sortis du chapeau troué d'un éternel gamin facétieux.

Pierre Cardin lui-même, chez qui il entre comme assistant à dix-huit ans, ne lui a-t-il pas « appris que tout est permis, que rien n'est définitif et qu'on peut parfaitement fabriquer une chaussure avec un lambeau de tissu trouvé par terre ». Jean-Paul Gaultier retiendra la leçon, mais il lui faudra encore patienter avant de voir accepté par la mode et ses institutions un des principes actifs de son travail : la collecte comme collection. Après un bref passage chez Jacques Estérel, il rejoint en 1971 la maison Jean Patou, où il se heurte pendant deux ans à un conservatisme frileux qui lui interdit par exemple d'utiliser des mannequins noirs, pour ne pas effrayer la clientèle américaine. À l'exception d'Yves Saint Laurent, un des rares créateurs, avec Cardin, à regarder, écouter, interpréter son époque, le monde de la haute couture, et de la mode en général, semble alors figé dans les conventions qui ignorent trop souvent les nouvelles attitudes vestimentaires.

En 1974 et 1975, Jean-Paul Gaultier retourne chez Pierre Cardin, qui l'envoie à Manille dessiner des collections bas de gamme destinées aux États-Unis. En octobre 1976, enfin, après avoir fabriqué des bijoux électroniques avec son collaborateur Francis Menuge, il présente au palais de la Découverte sa première collection à son nom (robes « sets de table » en paille tressée) à l'étonnement scandalisé de l'assistance. Le rejet durera encore quelques années, le temps que la société française prenne en compte la crise de confiance qui mine une partie de la jeunesse et des intellectuels : l'apparence et le « look » sont promus au rang de valeurs. Les Sex Pistols et le mouvement punk d'un côté, Soljenitsyne et les nouveaux philosophes de l'autre enterrent provisoirement la période d'espérances révolutionnaires ou communautaires symbolisée par Mai-68 : la mode devient alors à la mode, la faucille et le marteau cèdent la place à l'aiguille et aux ciseaux. En 1977, lorsqu'il présente sous sa griffe sa première collection de prêt-à-porter féminin, Jean-Paul Gaultier fait référence à cet héritage hérétique du no future des jeunes Brits, avec leurs épingles de nourrice transperçant la joue, leurs kilts écossais, leurs jeans déchirés, leurs coiffures d'Iroquois et leurs grossières Doc' Marten, chaussures de proles (« prolos ») dans lesquelles ils battent les trottoirs excentriques de King's Road.

C'est dans ce contexte que Jean-Paul Gaultier, à court d'argent, trouve, en 1978 dans le groupe japonais Kashiyama, puis en 1981 chez les Italiens Gibo et Equator, les partenaires qu'il a en vain cherchés parmi les industriels français auxquels il ne cessera, comme toute la génération des « créateurs », de reprocher leur léthargie.

Les conditions sont alors réunies pour que la mode devienne la reine de la nouvelle décennie et Jean-Paul Gaultier son « enfant terrible ».

Dès 1979, avec l'esprit des années 1960 de sa collection « James Bond », ses mini-jupes, ses pantalons en Skaï et la version éraillée du célèbre My Way de Frank Sinatra par les Sex Pistols en guise d'accessoire, sinon de manifeste musical, « Gaultier », comme diront désormais ses inconditionnels en prononçant le «  [...]

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Farid CHENOUNE, « GAULTIER JEAN-PAUL (1952- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-paul-gaultier/