JAPON (Arts et culture)La littérature

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Dans le domaine des lettres comme en bien d'autres, les Chinois avaient été les initiateurs des Japonais. Avec l'écriture, en effet, ceux-ci avaient importé, entre le ive et le viiie siècle, à peu près tous les écrits de ceux-là. Mais après une période d'apprentissage relativement brève, où le pastiche l'emporte, ils en viennent à s'exprimer dans leur propre langue et, dès le viiie siècle pour la poésie, dès le ixe siècle pour le roman, s'élaborent des chefs-d'œuvre qui, hormis quelques allusions, ne doivent plus rien aux maîtres continentaux.

Étroitement liée à l'évolution politique et sociale du pays, la littérature japonaise sera aristocratique et courtoise jusqu'au xiie siècle, d'inspiration épique pendant les siècles de luttes féodales, bourgeoise et populaire après la restauration de la paix par les Tokugawa dans les premières années du xviie siècle. Avec l'ouverture du pays, elle connaîtra enfin, après 1868, une profonde mutation, en réalisant une synthèse originale de ses traditions propres avec les techniques et la culture de l'Occident.

La littérature du Japon moderne est un labyrinthe. Nulle autre ne présente, dans le même espace de temps, une telle diversité, une telle richesse. Très tôt, on en mesura l'ampleur, en entreprenant de publier d'imposantes Anthologies de la littérature moderne. Elles comptent chacune une centaine de volumes, plusieurs centaines d'auteurs y sont représentés. Dans les bibliothèques, elles trouvent place à côté des collections de textes classiques ; et déjà se constitue une « seconde tradition », dont l'origine coïncide avec la naissance de la langue moderne. Elle est entretenue avec ferveur. Sans cesse se succèdent des éditions d'œuvres complètes. En 1963 fut fondée, grâce au concours de collaborations innombrables, la Maison de la littérature moderne, institution qui demeure à ce jour unique au monde.

Par une sorte de paradoxe, cette littérature est moins bien connue en Occident que les chefs-d'œuvre de la tradition classique. L'attribution du prix Nobel à Kawabata Yasunari, en 1968, puis à Ōe Kenzaburo en 1994, attira l'attention ; ce n'en fut pas moins une consécration fort tardive. Les traductions sont désormais nombreuses, même si d'immenses domaines restent encore dans l'ombre. Et un écrivain comme Murakami Haruki connaît une vogue planétaire.

La littérature classique

Les compilations du VIIIe siècle

Des siècles durant, le chinois sera pour les Japonais la langue juridique et religieuse, la seule digne d'être écrite, du moins jusqu'au viiie siècle.

De cette première période, très peu de textes nous sont parvenus. Les plus importants sont les écrits du prince Shōtoku-taishi (572-621) qui, gouvernant au nom de sa tante l'impératrice Suiko, fut le premier homme d'État japonais digne de ce nom. Fervent adepte du bouddhisme, qui le tient pour l'un de ses plus grands saints, il en fit la religion de la cour et composa lui-même des commentaires des textes sacrés ; il rédigea d'autre part une Constitution en dix-sept articles qui, plus qu'un code de lois, est un ensemble de préceptes de morale politique.

L'an 10 de son règne (682), l'empereur Temmu ordonna, afin que « les erreurs fussent redressées », que soient « vérifiées et examinées les traditions » et que soient « recueillies et enregistrées les chroniques des empereurs ». Ordre fut donné à cette fin à un certain Heida no Are – qui, semble-t-il, appartenait à la corporation des katari-be (« diseurs ») – de graver dans sa mémoire tables généalogiques et faits mémorables, et d'en dicter une synthèse à une commission de scribes. Interrompu en 687 par la mort de Temmu, ce travail ne fut repris et achevé qu'en 712, sur ordre de l'impératrice Genmei, après la fondation de Nara (710), première capitale stable de l'Empire. Le rédacteur de ces Notes sur les faits du passé, ou Kojiki, fut Ō no Yasumaro. L'ouvrage, destiné à établir la légitimité de droit divin de la dynastie, comprend trois livres : le premier, entièrement mythologique, contient une cosmogonie suivie de généalogies divines qui, en passant par Amaterasu-ō-mi-kami, la « Grande Divinité qui illumine le Ciel », font descendre les souverains en droite ligne des créateurs de l'Univers ; le deuxième et le troisième se présentent comme une chronique des règnes, depuis Jimmu-tennō, [...]

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  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales de l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle
  • : professeur des Universités à l'université Paris-VII-Denis-Diderot
  • : professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales

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Pour citer l’article

Jean-Jacques ORIGAS, Cécile SAKAI, René SIEFFERT, « JAPON (Arts et culture) - La littérature », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/japon-arts-et-culture-la-litterature/