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ISAAC

Deuxième personnage de l'histoire patriarcale et de la généalogie qui la sous-tend, Isaac se situe comme fils d'Abraham et père de Jacob. « Isaac » est un nom théophore (dont l'élément divin se trouve absent : Yischaq, « que [Dieu] rie », ou « [Dieu] a ri ». Les trois documents qui s'entrecroisent dans le livre de la Genèse ont rendu compte, chacun à sa façon, de cette étymologie (il convient de remarquer d'ailleurs que la disponibilité sémantique du verbe-support était très large : « jouer », « être amusé », « se réjouir » et « sourire ») : « Abraham [...] se mit à rire, car il se disait en lui-même : Un fils naîtra-t-il à un homme de cent ans ?... » (xvii, 17 ; document sacerdotal) ; « Sara rit en elle-même, se disant : Maintenant que je suis usée, je connaîtrais le plaisir ! » (xviii, 12 ; document yahviste) ; « Et Sara dit : Dieu m'a donné de quoi rire, tous ceux qui l'apprendront me souriront » (xxi, 6 ; document élohiste). Autant d'allusions à la naissance d'Isaac d'une mère vieille et stérile.

Les textes ougaritiques parlent du sourire du dieu El. Une histoire hurro-hittite décrit un père qui prend son fils nouveau-né sur ses genoux et se réjouit à son sujet. De tels faits, symboliques ou non, n'étaient pas étrangers à la nomination d'un enfant et l'on peut expliquer ainsi l'origine du nom d'Isaac.

Dans le récit de la Genèse, Isaac, promis solennellement à Abraham (xxi, 1-8), épouse Rébecca (xxiv). Si dans la séquence biblique, pris entre les deux grandes figures d'Abraham et de Jacob, il n'est qu'un personnage effacé, l'histoire des traditions le met, par contre, au premier plan. Les légendes le concernant étaient liées aux puits et sanctuaires qui environnaient Gérar et Bersabée dans le Sud palestinien (xxvi). Lorsque la généalogie patriarcale fut organisée, à la faveur du regroupement des tribus, bien des traditions qui lui étaient propres furent alors imputées à Abraham, le grand ancêtre. Le souvenir d'Isaac est resté lié au fameux récit particulièrement émouvant du « sacrifice d'Isaac », qui concerne d'abord Abraham, mis à l'« épreuve » par Dieu (xxii). Il est curieux de constater l'évolution de cette histoire dans la littérature rabbinique : Isaac n'est plus un enfant, mais un homme dans la pleine force de l'âge (trente-sept ans), que son père, bien plus âgé, ne pouvait pas avoir lié contre son gré. On accentuait ainsi très fort le geste volontaire du fils destiné au sacrifice, signification reprise dans la symbolique chrétienne qui s'est représenté Jésus sous les traits d'Isaac s'offrant comme victime.

Dans son commentaire allégorique, Philon d'Alexandrie interprète la naissance des Patriarches comme l'engendrement divin de certaines vertus dans l'âme humaine, devenue peu à peu apte à acquérir la nature parfaite symbolisée par Isaac, ou encore à recevoir le don de la perfection, qui ne peut venir que de Dieu seul (De Cherubim et De Abrahamo). On est obligé de se référer à ces textes pour une étude génétique du récit évangélique de la naissance de Jésus (Matth., i).

— André PAUL

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ABRAHAM

    • Écrit par René Samuel SIRAT
    • 868 mots
    ...victorieusement dix épreuves ; la dernière et la plus dramatique est l'ordre qu'il reçoit de Dieu de se rendre sur le mont Moriah et de sacrifier son fils Isaac. Mais au moment où, obéissant comme toujours aux ordres de Dieu, il va le tuer, un ange l'appelle à deux reprises : « Abraham, Abraham, ne porte...
  • SARAH

    • Écrit par André PAUL
    • 256 mots

    Dans la généalogie des Patriarches, Sarah (sarah, à partir de Gen., xvii, 15 ; jusque-là : saray, forme qui conserve la trace d'une vieille tournure féminine ; les deux termes signifiant « souveraine », « princesse ») est la prétendue sœur (Gen., xii, 13 ; xx, 2) et la...

Voir aussi