ALBÉNIZ ISAAC (1860-1909)

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La carrière d'Isaac Albéniz se déroule à l'époque où la musique espagnole, étouffée depuis plus d'un siècle par l'école italienne, connaît un renouveau inspiré des richesses et des possibilités de son folklore. Le réveil des nationalités qui se manifeste alors dans le monde entier est plus significatif encore en Espagne, où le peuple a gardé intactes ses traditions au long des décennies pendant lesquelles la noblesse et la bourgeoisie ne se sont intéressées qu'à l'art lyrique et au bel canto. Les petites comédies musicales – les zarzuelas – ont leur public, qui n'est pas celui des conservatoires, et que l'on tient pour méprisable, tout comme la tendance de leurs compositeurs à se référer aux chants et aux danses du terroir.

Isaac Albéniz

Photographie : Isaac Albéniz

Le pianiste et compositeur espagnol Isaac Albéniz (1860-1909) en 1900. Il composa des pièces pour piano inspirées de la musique populaire espagnole et écrivit plusieurs ouvrages lyriques. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Le retour à la « tradition généalogique », amorcé par Felipe Pedrell et brusquement encouragé par la vision d'une Espagne imaginaire que vient d'apporter la Carmen de Bizet, va donc s'affirmer dans le dernier quart du siècle, au détriment d'un art académique sans lien aucun avec l'âme atavique du pays. C'est cependant grâce à Albéniz que cette tradition va trouver la vérité d'un accent qui échappe au pittoresque facile, à l'esthétique des castagnettes et à la portée confidentielle de la zarzuela.

L'intelligente assimilation de la leçon des maîtres français – Debussy et Ravel, en particulier – a beaucoup aidé Albéniz à organiser un art raffiné à partir de motifs d'inspiration populaire, sans que leur puissance d'évocation en sorte affaiblie, et en les rendant « purifiés musicalement et ennoblis moralement » (Manuel de Falla).

Avec Granados et de Falla, Albéniz est le meilleur représentant d'un nationalisme musical fondé sur une nouvelle façon de sentir, mélodiquement et harmoniquement, l'apport de la terre natale.

Une jeunesse vagabonde

Une étonnante précocité marque le destin d'Albéniz, né à Camprodón, en Catalogne, le 29 mai 1860. Mis au piano dès l'âge de deux ans, il donne, deux ans plus tard, un concert à Barcelone. À six ans, il éblouit le jury du Conservatoire de Paris, mais un enfantillage lui en interdit l'entrée : à la fin des épreuves, il sort une balle de sa poche et la lance contre une vitre, qu'il fait voler en éclats ! Une vie d'aventures s'ouvre alors devant lui, d'abord sous la conduite de son père, qui l'exhibe dans toute l'Espagne comme « un nouveau Mozart », puis en solitaire, à la suite d'une série de fugues qui vont le conduire jusqu'en Amérique du Sud. Il n'a alors que douze ans ! Après des concerts en Argentine, au Brésil et en Uruguay, il regagne l'Espagne, mais c'est pour en repartir aussitôt avec sa famille, qui s'installe aux Antilles, et reprendre sa vie d'errant à travers les États-Unis... À quatorze ans, émancipé, livré à lui-même et sans guide spirituel, il part pour Leipzig afin d'y parfaire sa technique pianistique avec Carl Reinecke et Salomon Jadassohn. On le retrouve peu après à Bruxelles, grâce à une bourse d'études offerte par le roi Alphonse XII, puis, en 1880, à Budapest, où il réalise son rêve de rencontrer Liszt. Il accompagne le vieux maître à Rome et à Weimar, apprenant de lui, plus que les derniers secrets de la virtuosité transcendante, la portée universelle qui peut s'attacher à la vérité humaine fondamentale du chant populaire et à son « sentiment vivifiant ».

Ainsi s'éveille en lui un nationalisme d'esprit rapsodique, avec ce que ce mot sous-entend de liberté et de verve fantasque. Il abandonne dès lors le style des petites pièces de salon ou de fantaisie qu'il a déjà écrites et se tourne vers la zarzuela, en s'improvisant imprésario d'une compagnie qui parcourt l'Espagne et dont il alimente le répertoire. C'est alors qu'il rencontre Pedrell.

« Le compositeur, lui dit celui-ci, doit se nourrir de la quintessence du chant populaire, l'assimiler, le revêtir des délicates apparences d'une forme riche. » Ainsi avait procédé Chopin dans ses mazurkas et ses polonaises, et c'est à ce titre que l'influence de Pedrell sera décisive sur le génie créateur d'Albéniz en rejoignant celle de Chopin, bien au-delà des séductions immédiates de ses mélodies. Les pièces pour piano de la Suite espagnole (1886) ou des Souvenirs de voyage (1887), qui évoquent chacune une ville, un paysage ou une province, en portent déjà l'empreinte [...]

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André GAUTHIER, « ALBÉNIZ ISAAC - (1860-1909) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/isaac-albeniz/