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La nouvelle vague, le cinéma des régions

La création en 1960 de la FFC (Film Finance Corporation) témoigne, de la part du gouvernement, du souci de se doter d’une infrastructure qui permette d’assurer la relève d’un cinéma d’auteur dont Satyajit Ray reste l’emblème. En finançant intégralement le projet d’un jeune cinéaste, le gouvernement jette la première pierre d’un édifice qu’il n’achèvera jamais. En effet, en ne créant aucun système de distribution approprié à ces films, en ne construisant aucun réseau de salles à leur échelle (du type « art et essai »), ces films, trop fragiles pour rivaliser avec le cinéma commercial, restent le plus souvent sans public, sauf dans les régions où la pression du film commercial est plus faible, comme au Bengale et au Kerala, leur survie étant liée aux festivals étrangers. C’est seulement avec l’arrivée de la télévision nationale, – la Doordarshan, fondée 1959 –, que ces films ont enfin trouvé une relative issue auprès des spectateurs, en étant diffusés à partir des années 1980. La création en 1975 de la NFDC (National Film Development Corporation of India) remplace la FFC et vise à favoriser le développement d’un cinéma de qualité. Elle a pour mission d’organiser, sous l’égide du ministère, les projets cinématographiques de toutes les régions et de les promouvoir, sous le label « Cinemas of India », désormais mis en ligne. Mais, le cinéma que la NFDC met en avant est assez uniforme et ne concerne qu’un nombre très restreint de films. Néanmoins, l’Inde voit naître en son sein toute une génération de réalisateurs.

Cette hypothétique nouvelle vague naît à Bombay, en réaction au cinéma hindī dominant. Son chef de file est Shyam Benegal, grand découvreur d’actrices (Shabana Azmi, Smita Patil), et l’homme du juste milieu, entre fresque à grand spectacle et chronique intimiste (Bhumika, 1977). À ses côtés, Mani Kaul et Kumar Shahani, anciens élèves de Ritwik Ghatak qui enseigne un temps à l’école de cinéma de Poona, le FTII (Film and Television Institute of India, vivier des futurs cinéastes des régions), revendiquent le dur prix de leur marginalité et de leur intransigeance. On doit au premier le très beau Duvidha (1973) ainsi que L’Homme au-delà de la surface (1981) et à Kumar Shahani Le Miroir de l’illusion (Maya Darpan, 1972) et Tarang (1982), avec Smita Patil. Dans les faits, le renouvellement du cinéma indien est venu du Sud, du côté du Karnātaka (Bangalore) et du Kerala (Trivandrum). Samskara (Rites funéraires, 1970) de Pattabi Rama Reddy, qui dénonce la religion et les préjugés de caste, est le film phare de cette renaissance. Ce cinéma du Sud, à l’écart de Madras, l’autre pôle du film musical commercial après Bombay, est un cinéma régional, enraciné dans sa culture, ce qui explique que Ray se soit reconnu en lui. Il se caractérise par un réalisme sensible, soutenu par une narration fluide et mélodique, conciliant beauté et émotion, ainsi que le démontre Le Tambour de Choma (1976) de B. V. Karanth. Au Kerala, au côté d’Aravindan disparu en 1991, laissant derrière lui quelques films marquants (Thampu, Le Chapiteau, en 1978 ; Oridathu, 1987), Adoor Gopalakrishnan, formé dans les années 1960 au FTII et admirateur du cinéma de Ray, s’est vite imposé, au fil d’une œuvre patiente et rigoureuse (Ascension, 1977 ; Le Piège à rats, 1981; Face à face, 1983 ; Monologue, 1988 ; Les Murs, 1990 ; Le Serviteur de Kali, 2002) comme la figure majeure de la nouvelle génération, en conciliant exigence formelle, fondée sur la contemplation de la nature, et peinture d’un univers où le basculement des hommes dans la folie (Le Piège à rats, Face à face) renvoie à l’absurdité du monde (ainsi du remords du bourreau du Serviteur de Kali, pour avoir exécuté un innocent).

Faute d’avoir pu résister aux pressions et aux sirènes de Bollywood, notamment pour ce qui regarde ses comédiens, très sollicités, l’éphémère nouvelle vague de Bombay a donné naissance à un double phénomène. Autour d’elle, notamment au Kerala et dans les régions du Sud, un cinéma régional s’est développé, construit sur le modèle du cinéma bengalī des années 1950. Il s’agit d’un cinéma d’artistes préoccupés par les dysfonctionnements de la société dans laquelle ils vivent. Sur place, à Bombay, est né un cinéma hybride, qui s’inspire des formes visuelles du cinéma de Bollywood tout en revendiquant un autre contenu. Les films de Mira Nair, de Salaam Bombay! (19 [...]

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Écrit par :

  • : docteure en études cinématographiques et audiovisuelles
  • : critique de cinéma, maître de conférences en histoire et esthétique de cinéma, université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Amandine D'AZEVEDO, Charles TESSON, « INDE (Arts et culture) - Le cinéma », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/inde-arts-et-culture-le-cinema/